Titanic : critique insubmersible

Johan Beyney | 24 janvier 2018 - MAJ : 02/02/2019 16:43

Un budget de 200 millions de dollars pour 2,1 milliards de dollars de recettes dans le monde, 20,7 millions de spectateurs en France, 14 nominations aux Oscars et 11 statuettes remportées : le Titanic de James Cameron semble aujourd'hui ne plus se résumer qu'à une série de chiffres colossaux. Digne récompense pour un chef-d'oeuvre du cinéma diront certains, preuve que le film ne repose finalement que sur une histoire de gros sous clameront les autres.

Photo Kate Winslet, Leonardo DiCaprio
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PRÈS, LOIN, OÙ QUE TU SOIS

Car l'incroyable succès du film, au-delà d'un compte de résultat largement créditeur, a été en son temps à l'origine d'un véritable phénomène de société, objet de toutes les discussions et de tous les conflits. Les fanatiques (« J'y retourne pour la 57è fois tellement c'est formidable »), les adolescentes prépubères (« J'y retourne pour la 57è fois tellement Leonardo DiCaprio il est trop beau ») ou les simples amateurs (« Que voilà un bon film ») s'opposaient alors aux réfractaires du genre (« C'est une guimauve à faire vomir »), aux élitistes (« Tout le monde l'a vu, tout le monde en parle, ça m'énerve, j'irai pas le voir ») ou aux crétins (« Je vais pas y aller, on connaît déjà la fin »). Gageons qu'avec le recul, les passions se sont assagies et que Titanic a pu redevenir ce qu'il est avant tout : un très bon film.

 

Photo Kate Winslet, Leonardo DiCaprioUn couple de cinéma devenu légendaire : Kate Winslet et Leonardo DiCaprio

 

En s'appropriant l'un des plus grands mythes contemporains, mais également les codes d'un certain classicisme cinématographique, James Cameron a composé une fresque épique aux dimensions elles-mêmes titanesques. L'histoire est simple et tragique : un paquebot moderne, fleuron de l'industrie navale, réputé insubmersible, sombre dans les eaux de l'Atlantique Nord lors de sa première traversée.

Loin d'être un simple fait divers, ce naufrage constitue un témoignage politique, technologique, social et sociétal du monde occidental du début du XXé siècle. De nombreux documentaires sont par ailleurs revenus sur cet évènement et ses implications historiques. Cependant, James Cameron ne signe pas ici un documentaire mais bien un film, destiné au grand public. Or, quoi de plus universel pour remporter l'adhésion qu'une belle histoire d'amour ? Une solution d'autant plus efficace qu'elle permettra au réalisateur de cristalliser l'ensemble des thèmes abordés par son film.

 

Photo

OLD BUT GOLD

Jeune artiste sans-le-sou, libre et frondeur, Jack Dawson embarque in extremis sur le Titanic pour aller tenter sa chance dans le Nouveau Monde. Rose Dewitt Bukater, jeune aristocrate engoncée dans son corset trop serré doit quant à elle épouser un homme qui représente tout ce à quoi elle rêve d'échapper. C'est un peu la princesse et le paysan, Roméo et Juliette, que l'on retrouve dans ce couple que la société empêche de s'aimer. Une histoire d'amour qui, si elle ne croule évidemment pas sous l'originalité, reste une belle histoire, dont l'emportement et la force sont portés par des personnages bien écrits et des interprètes très inspirés. De plus, ce parti-pris scénaristique s'avère extrêmement pratique pour trois raisons.

 

Photo Kate Winslet, Billy ZaneQuand ton date Tinder se passe mal

 

1- En faisant suivre à cette idylle un parcours somme toute classique au cinéma, il lui donne un souffle universel qui renforce le processus d'identification ;

2- Alors que l'issue est inéluctable, elle ajoute un enjeu nécessaire au maintien de la tension dramatique (la bateau va couler certes, mais vont-ils s'en sortir ?) ;

3- Leurs origines sociales et la nécessité de fuir les regards vont être le relais permettant au réalisateur de faire ce qui lui importe vraiment : montrer le bateau et ses passagers.

Sans Rose, pas d'accès aux cabines de luxe ou à la salle de bal, pas de rencontre du monde aristocratique ou des membres de l'équipage. Sans Jack, pas de visite des étages populaires, pas de fête irlandaise. Sans leur histoire d'amour, pas de cale, de soute ou de salle des machines. Voilà qui aurait été fort dommage tant le minutieux travail de reconstitution est époustouflant.

Décors, costumes, machinerie, accessoires, c'est bien le Titanic qui refait surface sous nos yeux, magnifié par la photographie de Russel Carpenter. James Cameron a alors l'intelligence de ne pas trop en faire. Convaincu de la force réaliste de ce qu'il filme, il arbore, malgré quelques scènes où la caméra virevolte de manière grandiloquente, une mise en scène qui ne fait pas dans l'esbroufe inutile, laissant parler l'image et les personnages.

 

Photo Kate Winslet, Leonardo DiCaprioRose et Jack

 

Bien entendu, Titanic ne serait pas Titanic sans son naufrage. Là aussi, James Cameron nous en met plein la vue avec ce qui restera sans doute l'un des plus grands moments de l'histoire du cinéma. Malgré l'incroyable longueur de la catastrophe (une heure et demie tout de même), il réussit l'exploit de nous tenir en haleine grâce à des images ébouriffantes de réalisme et un sens aigu du cadre et de la mise en scène. Du grand spectacle certes, mais qui n'est pas gratuit.

En effet, la partie du film consacrée au naufrage permet au réalisateur de revenir sur tous les jalons qu'il a posés depuis le début : le mépris pour les classes sociales populaires, l'hypocrisie des classes bourgeoises, la confiance aveugle de l'homme envers sa création. Il en profite également pour aborder des thèmes qui lui sont plus personnels et qu'il a déjà développés dans des films comme Terminator ou Aliens (si si) : le potentiel destructeur de la technologie, la volonté et la force des femmes. Et le Titanic de devenir le symbole d'une société technologique arrogante et déshumanisée qui, faute d'avoir pu empêcher son propre naufrage, ne peut que demander s'il reste des survivants.

 

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Résumé

Prouesse technologique, fresque historique, épopée romantique, Titanic a été désigné comme un classique dès sa sortie. Il l'est encore !

commentaires lecteurs votre commentaire !

Mickael
23/07/2019 à 20:11

Ce film fera toujours parti des blockbusters hollywoodiens, ce chef d'oeuvre m'a ébloui à la première entrée au cinéma il y'a 21 ans déjà. Toutes les recettes sont présentes pour s'émerveiller de la vie à bord, cette histoire d'amour envers deux personnes qui sont aux antipodes financières, et surtout de la qualité et du réalisme sur la scène finale du naufrage.
Ce film me touche émotionnellement plus que tout autres, aussi et surtout qu'il n'est pas imaginaire du genre SF comme avatar ou avengers endgame, mais qu'il relate une histoire vraie et triste, qu'on gardera tous à l'esprit pour l'éternité.

technoloco
10/05/2019 à 15:47

Alors , comment vous dire.......Moi personnellement ce film ne me touche mais alors absolument pas...Cette amourette à l'eau de rose (c'est le cas de le dire) m'a toujours ennuyé au possible. Certes la mise en scène est efficace , les images sensationnelles mais ça s'arrête là...
Un film réussi techniquement mais qui m'endors à chaque fois....Bref je n'adhère pas....Mais je comprend votre point de vue.

Gaspard
26/01/2019 à 02:25

Un très très grand film sans esbroufe, juste ce qu’il faut, et où la technique ne supplante jamais le récit et l’enorme pouvoir d’evocation du mythe qu’il met en scène. Ce film se paye le luxe de me faire comprendre pourquoi cette histoire de base m’avait choque sans même en avoir vu une image, juste par le récit que m’en avait fait mon père!

Zoom7
25/01/2019 à 11:33

Un film légendaire , indémodable et tragique. Des répliques cultes qui restent encore dans nos têtes des années après. Une musique à couper le souffle tout est inoubliable dans ce film à commencer par la réalisation les acteurs la photographie les effets spéciaux et la remarquable reproduction du bateau. Ce n est pas seulement un film guimauve car il traite pas mal de sujets concernant la société les classes la suffisance de l homme et son hypocrisie.

Kouak
25/01/2019 à 11:06

Bonjour,
Rien à redire effectivement sur ce long métrage réalisé de mains de maitre par "le réalisateur aux poches percées" de Hollywood...
Pour la petite histoire, ce qui me fascine, dans le contexte de cette catastrophe, c'est ce livre sorti en 1898, écrit par Morgan Robertson intitulé « Futility, or the Wreck of the Titan » (Le naufrage du Titan) un paquebot réputé insubmersible grâce à ses caissons étanches, qui percute un iceberg dans l'atlantique et qui coule en laissant peu de survivants fautes de canots de sauvetages...
J'en reste baba !
Il a aussi écrit en 1914 un ouvrage (Beyond the Spectrum) relatant une attaque japonaise sans déclaration de guerre, sur des navires américains se rendant à Hawaï et aux Philippines...
Etonnant...Non ?
Bref...

Opale
25/01/2019 à 10:36

Revu hier soir, fatigué je me suis dit je vais regarder 10 minutes, bah je suis allé jusqu'au bout, happé une fois de plus par ce formidable film. Rien à redire. Total chef d'oeuvre.

Arnaud
25/01/2019 à 10:29

Je suis jamais dans la surenchère et le troll quand on parle de goût cinématographique car je pense que tous les goûts sont dans la nature et que la diversité des opinions est essentielle pour partager

Néanmoins j’affirme haut et fort que quelqu’un qui n’aime paz ce film n’aime pas le cinéma, tant c’est un chef d’oeuvre a tous les niveau. Histoire d’amour, satyre siciale, témoin d’une époque qui nous semble révolue en terme d’inegalite mais qui ne l’est pas tant que ça, film historique sur un événement tragique qui en son temps changea les codes maritimes
La technique, la réalisation, la photographie, l’interprétation, la lumière, la musique ... tout est réussi dans ce film

Il y a des certitudes meme dans le cinéma et Titanic en est un (comme Autant En Emporte Le Vent ou Ben-Hur ou bien d’autres films)

djoik
25/01/2019 à 10:24

@Dirty Harry c'est clair. Le cinéma de nos jours et je dis globalement ne prends plus aucun risques. Nous sommes noyés dans les licences et les remakes. Ou sont les nouvelles histoires ? les coups d'un film ? Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du cinéma qui fait que j'ai déserté les salles de cinema ces dernières années pour me rendre dans des petites salles qui passent les films d'avant pour revivre ce sentiment qu'était le plaisir de voir un bon film

Dirty Harry
25/01/2019 à 10:18

@ Djolk : je partage ton sentiment, le cinéma offrait au moins ce genre de film deux à trois fois par décennie autrefois : un producteur fou avait envie de produire un gros machin sur une histoire "noble" ou un beau sujet, une sorte de David Lean était recruté ou le réalisateur proposait lui même un projet titanesque (haha cet adjectif) à un producteur, les différents départements artistiques étaient occupés par des cadors et le public se ruait en masse pour aller vivre un moment de cinéma...même un Anthony Minghella me manque des fois !

Raoul
25/01/2019 à 10:14

Grand film certainement, chef-d'oeuvre, faut voir. En tout cas ça se regarde toujours sans problème, même si on l'a tous vu 10 fois! Est-ce qu'on a eu depuis un autre film équivalent?

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