Rock'n'roll : Critique égotique

Créé : 15 février 2017 - Simon Riaux

Après l’échec de Blood Ties, Guillaume Canet revient avec un film dans lequel lui et ses proches jouent leurs propres rôles et traitent des états d’âmes de l’artiste. Le réalisateur des Petits Mouchoirs suit-il l’enseignement de Spike Jonze et John Malkovich, ou se paye-t-il une psychanalyse de luxe à la Maïwenn ?

Photo Marion Cotillard, Guillaume Canet
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CRISE D’OBSOLESCENCE

Rock’n Roll débute comme une proposition de science-fiction radicale, et plonge le spectateur dans un monde dystopique où Guillaume Canet serait un cinéaste installé et un type sympathique. Fort de ce point de départ un brin mégalo, le scénario met son héros aux prises avec une double remise en question identitaire, à la fois crise de la quarantaine et tentative de se racheter une image plus remuante que celle du bon père de famille, fan d’équitation et époux modèle.

Une situation de comédie méta qui va occuper la première heure du récit, et de fort abominable manière. Non seulement on n’a pas grand-chose à faire de ce qui nous est raconté, mais Canet n’ayant pas une aura suffisamment magnétique pour que le procédé de mise en scène excite véritablement, on a du mal à se passionner pour ce partage en cacahouète. D’autant plus que la caméra opte le plus souvent pour un style proche du documentaire, qui nuit au tempo comique et ne nous propose rien de bien folichon d’un point de vue formel.

 

Photo Guillaume Canet

 

À moins d’être un fanatique de Guillaume Canet, les soixante premières minutes du film tiennent d’une forme de torture inédite et cruellement sophistiquée. Jusqu’à ce que soudain, le film dévisse. Totalement. Dès lors que le scénario s’aventure sur le terrain de la transformation physique, son centre de gravité bascule, et son ton mute, pour aboutir à une proposition frappadingue et plutôt passionnante.

 

Photo Guillaume Canet, Camille Rowe

 

ROCK THAT BODY

La seconde partie de Rock’n Roll sort alors du strict champ de la comédie people, pour aboutir à un portrait glauquissime du métier de comédien, de ses atermoiements et de sa perpétuelle quête du désir de l’autre. À partir d’un mécanisme qui n’est pas sans rappeler l’ahurissant Steak de Quentin Dupieux, le métrage évoque aussi bien les transformations de Thierry Mugler ou des frangins Bogdanov.

 

Photo Marion Cotillard

 

Ce qui pourrait n’être qu’un ressort d’humour gras ou une pirouette un peu absurde prend de telles proportions, est assumé avec tant de candeur par Canet, que Rock’n Roll atteint alors de vrais sommets de malaise, tandis que le film s’hybride pour devenir une œuvre-monstre, aussi audacieuse, absurde et génialement difforme qu’un Cineman plongé Dans la Peau de John Malkovich.

Canet est aidé dans son entreprise par Marion Cotillard, qui prend un pied délicieux à jouer les divas foutraques, obsédée par les rôles à performance, sorte d’éponge égotique incapable d’appréhender les humains autrement que par le biais de leurs métamorphoses. Elle offre à Rock’n Roll quelques unes de ses très belles scènes, où se mêlent sans qu’il soit possible ni souhaitable de les dissocier égo trip, poésie démente, body horror et cinéma kamikaze.

 

Photo Guillaume Canet

 

 

Résumé

Mou et vain durant une bonne heure, Rock'n Roll se transforme soudain en une curiosité kamikaze, dérangeante et passionnante.

commentaires

4lstrom 16/02/2017 à 16:42

Bonne critique même si je ne la partage pas
Je suis plutôt déçu du film, j'ai préféré la première partie plus réaliste que la seconde, ridicule selon moi.

Marie L 16/02/2017 à 14:38

Avec toute cette presse et la popularité des acteurs.. film tres décevant..

Carlie 16/02/2017 à 13:10

Je ne partage pas cette critique... La deuxième partie est nulle à souhait.. Pas aboutie, absurde, traînant en longueur et qui n'apporte rien au film.
A la fin, je ne savais plus ce que je regardais, passant d'une comédie française classique (qui permettait tout de même de passer un bon moment) à pire qu'une caricature de l'une des séries américaines sans objet. 1 heure de trop, ou tout se passe en 5 minutes. Bref déçue.

Philmencre 15/02/2017 à 17:39

Vu la casserole , que dis-je, la marmite en plomb, que Canet traine depuis ses Petits mouchoirs bien cracras c'est sûr que j'attendrais (enfin attendre, façon de parler vu que d'ici là j'aurai oublié...) de pouvoir aussi passer en accélérer pour voir ce que cette deuxième partie a dans le ventre. En même temps quand je lis "une œuvre-monstre, aussi audacieuse, absurde et génialement difforme qu’un Cineman plongé Dans la Peau de John Malkovich" je commence à sérieusement douter : Cinéman? Vraiment ? Et accolé au film de Spike Jonze ? C'est l'effet du film de Canet...

Jonathan83 15/02/2017 à 16:27

Vue en debut d aprem et le film est vraiment sympas :)

Zanta 15/02/2017 à 14:56

Bon ben y'a plus qu'à attendre la sortie vidéo pour passer en accéléré.

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