True Blood : HBO peut-elle encore sauver la série des vampires ?

Simon Riaux | 26 juin 2014
Simon Riaux | 26 juin 2014

Portée par une hype faramineuse, emmenée avec talent par un trio de comédiens sexy, True Blood déchaîna les passions, apparaissant comme l'antidote aux bluettes vampiriques, Twilight en tête. Outrageusement sexuelle, passablement gore et dotée d'un humour réjouissant, la série s'est forgée grâce au savoir-faire de HBO en matière de communication, une excellente réputation. Hélas, à force de diluer son récit principal dans d'innombrables sous-intrigues, de multiplier les personnages et d'abandonner progressivement son second degré, le show est devenu la caricature de lui-même. Alors que débute la septième et ultime saison, la chaîne câblée peut-elle encore redresser la barre afin de sauver une série en voie de coagulation ?

 

 

ATTENTION SPOILERS

 

Malgré quatre échecs successifs et autant de saisons allant du passable au minable, l'annonce de la fin de True Blood a été accueillie avec une relative bienveillance, voire avec un franc enthousiasme. Car si le programme semble à des kilomètres du projet d'origine et de ses jouissives orientations, les ingrédients de base sont toujours là n'attendant qu'un cuisinier de talent. Malgré d'innombrables amourettes à l'intérêt inexistant, le charme de Sookie fait encore effet. En dépit des insupportables revirements de leurs personnages, le sort d'Éric nous inquiète toujours. Quant à Bill, il demeure la machine à charisme du show. Jason, pour sa part, aura beau nous avoir trop souvent embarqué dans des sexcapades ridicules, demeure une source inépuisable de fous rires.

 

 

 

Il ne manque donc au show qu'un bon coup de balais, un recentrage salutaire, doublé d'un jeu de massacre à la hauteur des fatals enjeux de cette dernière chevauchée. Car à force d'ajouter sans cesse de nouvelles couches à sa mythologie, True Blood a perdu de vue l'essentiel : l'opposition entre les humains et les vampires, le conflit entre un sud conservateur pour ne pas dire madérisés, et les aspirations libertaires d'une partie de sa population, la friction sensuelle entre un christianisme pudibond et les pulsions sexuelles des hommes et des femmes qui se dissimulent derrière lui. Au lieu de se focaliser sur ses riches contradictions, la série d'Alan Ball a préféré adjoindre à cet univers déjà riche sorcières, loups garous, métamorphes, fées, ménades et autres joyeuseté. Un amoncellement qui nuit finalement à la lisibilité de l'ensemble, tout comme l'acharnement à conserver certains personnages.

 

 

 

Tara est sans doute devenue l'exemple même de la lente déconfiture True Blood. Les exécutifs du show se sont refusés à sacrifier un personnage apprécié du public. Et la walkyrie sudiste de se transformer en insupportable pimbêche, toujours prête à survivre aux pires atrocités, jusqu'à une transformation vampirique tellement malvenue et artificielle qu'elle aura dégoûté nombre de spectateurs d'une série tournant en boucle. Le constat est tout aussi triste pour Lafayette, zigouillé dès le début des romans originaux mais sévissant encore dans son adaptation télévisuelle.

 

 

 

 

À ce titre, le premier épisode de la saison 7 a de quoi nourrir les pires craintes. En effet, HBO donne ici le sentiment d'avoir purement et simplement abandonné True Blood à ses démons, quitte à laisser l'œuvre se décrépir en direct. Chaque embryon de bonne idée se révèle ainsi une cruelle déception. Tara est éliminée hors champ, avec une absence de mise en scène qui signe soit le mépris de la série pour ses spectateurs, soit son total abandon créatif à moins de nous concocter un énième rebondissement faisandé. Le nouveau couple formé par Sookie et Alcide n'existe absolument pas à l'écran, Jason est encore empêtré dans une histoire de domination rébarbative (quoiqu'indéniablement sexy). De leur côté, Bill et Éric jouent à cache-cache avec nous, l'un restant aux portes de l'intrigue et l'autre entretenant savamment le mystère quant à sa possible survie. On ne pourra pas dire autre chose de Sam, Jessica ou Andy Bellefleur, qui s'agitent ici et là quasiment sans réelle motivation, la séquence introductive de la saison manquant terriblement sa cible. La très brève attaque des vampires atteint par l'hépatite V ne constitue ni une surprise, ni un choc et ne nous propulse pas au cœur de l'action comme elle le devrait. Ainsi nous moquons-nous gentiment de ce début d'enquête déjà vu mille fois.

 

 

 

 

Pourtant l'idée de faire de la fièvre hépatique un ressort important de cette dernière saison pourrait lui permettre de renouer avec sa gloire passée. Soudés par une véritable menace, à savoir une épidémie vampirique transformant les suceurs de sang civilisés en sauvages drogués de l'hémoglobine, les personnages pourraient retrouver un peu de leur superbe. Sans compter que face à un danger véritable, peut-être verrons-nous enfin certains d'entre eux souffrir, disparaître ou retrouver leur panache passé, sans nous faire rouler une fois de plus dans la farine par les scénaristes.

 

 

 

À bien des égards, True Blood semble déjà morte, série zombifiée attendant patiemment sa propre disparition. Pourtant, ses personnages hauts en couleur, ses montées de fièvre, hémorragiques ou sexuelles, nous taquinent encore et son plaisant décor ne demande qu'un petit dépoussiérage pour nous enchanter à nouveau. Reste à savoir si à l'heure de True Detective et du très attendu The Leftovers, HBO est véritablement désireuse d'offrir à ses vampires un dernier rayon de soleil.

 

 

 

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