Nip/Tuck : retour sur la saison 1 de la série-phénomène

Sandy Gillet | 3 février 2006
Sandy Gillet | 3 février 2006

Nip/Tuck suit l'existence légèrement mouvementée de deux chirurgiens plasticiens installés dans une clinique à Miami où se rend une humanité tourmentée par sa solitude et par cette envie chevillée au corps d'intégrer la société telle que fantasmée dans les magazines. Nanti de ce matériau de base, Ryan Murphy, le créateur du show, développe dès lors une trame qui passe principalement par l'incidence systématique qu'à ce bestiaire (c'est-à-dire un représentant par épisode) sur la vie privée des deux amis. Soit, d'une certaine manière, un clin d'œil appuyé en forme d'hommage à l'autre série du moment produite par HBO, à savoir l'extraordinaire Six Feet Under qui semble de fait avoir institué le procédé en règle scénaristique. Ainsi, quand à chaque début d'épisode un macchabée atterrit chez les frères Fisher, croque-mort de leur état, ou qu'un nouveau patient vient « consulter » nos deux médecins (avec en introduction la phrase rituelle : « Tell me what you don't like about yourself. »), c'est à leur propre interrogation de la vie et plus particulièrement de leur existence que le « gimmick » renvoi avec insistance et brio.

 

 

C'est de cette interaction, sans cesse renouvelée et enrichit, que procède l'intérêt pour cette série mais aussi son côté extraordinairement « adulte » et mature dont les deux personnages principaux en sont, bien entendu, les meilleurs porte-flambeau.

 

 

Il y a d'abord Sean McNamara (Dylan Walsh) qui tente, tant bien que mal, d'être le bon père de famille qu'il n'a pas eu la chance d'avoir, mais qui finit par tromper sa femme avec une de ses patientes à qui il a permit de « récupérer » une poitrine perdue à la suite d'un cancer des deux seins (sic !). À ses côtés on trouve donc sa femme, Julia (Joely Richardson), que l'on pourrait décrire comme une éternelle insatisfaite dont l'obsession est de rattraper le temps perdu en retournant à la fac et de devenir le médecin qu'elle a toujours rêvé de devenir, ainsi que son fils aîné Matt (John Hensley, le sosie parfait de Michael Jackson version qui fait peur aux enfants) qui, tel l'adolescent archétypal en mal de reconnaissance, s'auto circoncit afin de plaire à sa copine ou plonge dans le coma une étudiante qu'il a auparavant accidentellement renversé en voiture et littéralement défiguré (re-sic!).

 

 

Il y a ensuite et enfin le playboy Christian Troy (Julian McMahon que l'on verra très prochainement dans l'adaptation au cinéma des Quatre Fantastiques) qui n'hésite pas à écumer les soirées « hype » de Miami pour ramener de la chair fraîche sur la table de billard de la clinique. Il est de loin le personnage le plus complexe et donc le plus intéressant de tous car il symbolise à la fois le phantasme de l'homme moderne ainsi que sa propre déchéance.

Série profondément incisive (sans jeux de mots aucun), jouissivement cynique et décadente à souhait, Nip/Tuck prouve encore une fois, s'il en était encore besoin, de l'extraordinaire vitalité de la création américaine à la télévision (ici la chaîne FX qui produit et diffuse aussi The Shield), medium où actuellement les contraintes et censures que s'imposent son concurrent cinématographique n'a semble t'il pas raison d'être.

 

 

 

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