Esprit Cathodique - numéro 1

Patrick Antona | 3 février 2008
Patrick Antona | 3 février 2008

Parce qu’il n’y a pas que le ciné et les DVD dans la vie. Et parce qu’il y a aussi la TV et qu’avec le nombre de chaînes hertziennes, celles de la TNT sans oublier surtout celles du câble et du satellite, il y a de quoi devenir fou à éplucher les programmes pour trouver THE film à voir confortablement installé dans son canapé. Ecran Large a décidé de mettre à votre service son plus fin limier, Patrick Antona et ses 17 255 films vus (compteur arrêté au 18 janvier 2008) pour vous offrir une sélection de ce qui serait sympathique de voir chaque semaine. Pas forcement le best of the best mais un melting-pot savamment préparé par le maestro. Donc, le concept est fort simple : un soir = un film. Voici le choix de cette semaine allant du 2 février au 8 février.

     

Samedi 02 Février   TCM   19:10

 

 

Où est passée mon idole ?



Il n'y a pas meilleure manière de débuter cette rubrique par la diffusion d'un film exploitant avec sens et humour de tout ce qui fait le sel des relations ambiguës  entre le monde du  cinéma et celui de la télévision. Ce petit bijou c'est Où est passée mon idole ? réalisé en 1982 par Richard Benjamin où Peter O'Toole excelle en tout point en ex-star survoltée et alcoolisée de l'age d'or d'Hollywood (s'inspirant dans les grands traits d'Errol Flynn) dont le passage du monde du cinéma du muet à celui du prime-time TV  ne se fera pas sans dégât.

 

Brassant à la fois les thèmes de la vampirisation des médias, de la fascination du fan envers ses idoles et de la nostalgie du cinéma d'antan (déjà en 1982 !) Où est passée mon idole ? est aussi l'occasion de revoir la trop rare Jessica Harper (Phantom of the Paradise, Suspiria) au zenith de sa beauté. Rien que pour cela, vous pouvez faire durer votre apéro du samedi soir pour déguster cette brillante comédie, avant d'aller au cinéma en évitant Astérix aux Jeux Olympiques ! Ou alors osez tenter la comparaison ...

 

 

Dimanche 03 Février  France 3 00:30

 

 

 

Lucrèce Borgia


 

 

On reste dans le domaine du cinéma d'antan avec une perle du cinéma français (merci le ciné-club !) : Lucrèce Borgia d'Abel Gance, fleurant bien son millésime 1935. Film en costumes mettant en scène l'histoire de la petite sœur de Cesar Borgia dont les charmes furent utilisés pour mener à bien l'expansion politique de la famille, l'objet, un peu théâtral sur les bords, vaut le coup d'œil pour les nombreuses scènes d'orgie qui émaillent le récit, et le fait que Edwige Feuillère (grande sociétaire de la Comédie Française) ne dissimule rien de ses charmes dans une scène de bain restée célèbre.

 

Ce genre de salacité demeure une des constantes du « maître » Abel Gance (visionnez pour l'exemple La Fin du Monde ou La Tour de Nesles) et qui a beaucoup fait dans la renommée du cinéma français dans le monde. Et c'est ce qui faisait dire à Groucho Marx pour calmer les attentes déçues du public ricain en manque de scène coquine : « What did you expected ? We're not in a French movie ». Vive la France !

 

Lundi 04 Février  Arte  21:00

 

 

Arizona Dream



 

Pour tout ceux qui ont été franchement déçus par le dernier Kusturica et pour qui les gesticulations de Johnny Depp dans Sweeney Todd ont laissé de marbre (ne cherchez pas je suis le premier), revoir Arizona Dream sera comme une bonne bouffée d'air frais. Tout a été dit sur ce film de funambule, déroutant et attachant, et sur la qualité de l'interprétation : de Lili Taylor à Vincent Gallo, ils sont tous parfaits. Mais la plus incroyable des performances demeure celle de Jerry Lewis (Martin Scorsese l'avait déjà employé à contre-emploi dans La Valse des pantins) qui malheureusement est un peu aux abonnés absents depuis.


Pour la petite histoire, l'incontournable et mondialement connue ritournelle de Goran Bregovic, que tout le monde a au moins fredonné une fois, est en fait un pompage d'une chanson populaire corse : Sur la Plage de Solenzara de Regina & Bruno. L'affaire s'est conclut au tribunal et les auteurs originaux ont pu récupérer quelques millions. Comme quoi, même un Serbe appuyé par Hollywood n'a pas intérêt à trop faire chier les Corses !

 

 

 

Mardi 05 Février   Paris Première  22:25

 

 

Devdas



 

Incontestablement il y a un avant et un après Devdas. Pour beaucoup de spectateurs français, ce fut le premier contact avec le monde de Bollywood et quel contact. Avec ses décors magnifiques et des explosions de couleur en veux-tu en voilà, sa superbe musique et ses chorégraphies étourdissantes, le film demeure le nec plus ultra du mélodrame musical indien. Et fut aussi la consécration de deux véritables dieux vivants, Shah Rukh Khan et l'ex-Miss Univers Aishwarya Rai. Depuis le premier garde toujours son statut incontesté de mega-star asiatique et a fait beaucoup pour la préservation du pull blanc à col roulé, la seconde est devenue le fantasme number one de nombreux mâles de la planète et a fait explosé les ventes de fard à paupières d'une grande marque de cosmétique.

 

Pour les inconditionnels de la belle indienne, je leur conseillerai de s'arracher un tant soit peu de la contemplation de ses jolies yeux bleus et de faire attention au personnage de la prostituée Chandramukhi interprétée par Madhuri Dixit : son interprétation alliant révolte et sens du tragique, toujours accompagnée de cette bonne dose de sensualité se révèle être supérieure à celle de sa consoeur.

 

Pour ceux qui restent ostentatoirement hermétiques aux sirènes du cinéma indien (n'est ce pas Greg ?), il leur reste la diffusion des Valeurs de la famille Addams à la même heure sur NRJ12, preuve que parfois une suite est bien meilleure qu'un premier volet qui était bien poussif. Dommage que le public n'ait pas suivi à l'époque...

 

Mercredi 06 Février  Ciné FX   21:00

 

 

L'enfant du diable



 

Le nom du réalisateur Peter Medak ne vous dit franchement pas grand chose. Et pourtant, cet anglais d'origine hongroise est derrière les ricanements diaboliques de la maffieuse Lena Olin dans Romeo is Bleeding ainsi qu'à l'origine des débordements cul et craspecs de La Mutante II. Artisan touche-à-tout qui œuvre toujours au cinéma et à la TV (dernièrement sur les Masters of Horrors) et ce depuis les années 60, Peter Medak a signé deux chefs d'œuvre : The Ruling Class, comédie noire dans la veine de Noblesse Oblige avec Peter O'Toole et cet Enfant du Diable daté de 1980 avec le monstre sacré George C. Scott. Vous verrez comment un bon metteur en scène sait allier maîtrise et sens du suspens, sans renier les effets gore, pour flanquer vraiment la pétoche, et noter les similitudes évidentes avec la vogue japonaise des films de fantômes avec petite fille aux cheveux sales.

Reste à espérer que la copie proposée par Ciné Fx soit des plus potables.

 

Jeudi 07 Février  Arte   21:00

 

 

Caché



 

Les diffusions de films à la TV ont cela de bien qu'elles permettent  de découvrir des films dont la sortie nous  a échappé auparavant. Bien que Funny Games et La Pianiste m'avaient bluffés, le souvenir des ratages que sont Le Temps des Loups et Code Inconnu (dont Caché me semblait être une forme de suite non avérée) m'avait éloigné de la séance cinéma. Du coup, ce soir c'est visionnage du film obligatoire, poussé par la tableau de cotation d'Ecran Large qui est plutôt élogieux. Et enfin, je pourrais répondre à tous ceux qui me posent la question cruciale sur comment comprendre ce long plan final qui devrait amener la résolution de l'énigme....Du coup je vais me l'enregistrer pour bien décortiquer le truc et amener des arguments, et éviter de passer pour un blaireau lors de mon prochain échange avec Vincent Julé !

 

Vendredi 08 Février  France 3   14:55

 

 

 

Asphalte

 


 

Il était un temps où le succès du cinéma français était tributaire d'un phénomène que l'on peut comparer aux hotties du cinéma américain contemporain : ce phénomène c'était les starlettes. Mutines et provocantes, gouailleuses et sensuelles, elles étaient le fruit défendu qui faisait rêver les bons pères de familles et se déchaîner les ligues de bonne vertu.

Si seule Brigitte Bardot est demeurée dans l'inconscient collectif comme la reine de ce star-system, elles étaient plusieurs à pouvoir briguer la couronne dans les années 50, de Mylène  Demongeot à Estella Blain en passant par Françoise Arnoul.

 

Cette dernière illumine de son irradiante beauté le drame bourgeois Asphalte, plongée dans les affres du couple français pré-68 et des débuts du rock'n'roll dans notre bon pays. Avec ses blousons noirs (ancêtres de la racaille des banlieues parisiennes chère à notre Président) qui dansent et foutent le boxon pour un rien et un chandail moulant parfaitement la jolie poitrine de Françoise Arnoul, le film d'Hervé Bromberger peut être vu comme un document sociologique sur un monde aujourd'hui disparu.

 

Et pour les réfractaires à la nostalgie du bon cinéma français à l'ancienne et qui préfère la vision des pectoraux de Dolph Lundgren à ceux de Françoise Arnoul, Les Maîtres de l'univers débarquent à 21h00 sur CinéFX dans ce qui demeure un des plus beaux fleurons du nanar friqué des années 80, à l'esprit plus proche de Au Théâtre ce Soir que du vrai space-opera. Le seul effet positif de cette baudruche, c'est qu'elle mit un point final, par son échec, aux ambitions des Golan-Globus et de leur compagnie Cannon (oui, Laurent ce fut une bonne chose !) 

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