Division des Opérations Spéciales

Zorg | 3 septembre 2006
Zorg | 3 septembre 2006

Si vous êtes à la recherche d'une distraction, de préférence inoffensive, pour tristement boucher un trou durant un dimanche après-midi pluvieux, DOS : Division des Opérations Spéciales (encore plus long, c'est possible comme titre, NDR ?) est la recrue idéale. Produit par ce bon vieux Jerry Bruckheimer, dont on reconnaît l'empreinte jusque dans le générique et la musique dopée aux flonflons qui lui sont chers, DOS est un drame militaire des plus quelconques, d'une banalité et d'une médiocrité consternantes, voire caricatural dans sa peinture des enjeux stratégico-politiques qu'il prétend aborder. Ou plutôt devrions-nous dire « était » car le show, diffusé sur NBC à la rentrée 2005, n'a même pas tenu une saison avant de passer à la trappe.


Imaginé par David McKenna, scénariste de S.W.A.T. et American history X, et Ken Robinson, un ancien militaire de carrière ayant servi dans tout un tas de services secrets, unités spéciales et autres commandos ninjas et devenu analyste militaire de haut rang pour CNN, ce show galonné nous plonge donc au cœur des affaires internes du Pentagone, dans le secret des commandos spéciaux et autres Delta Force qui sont censés protéger la Liberté et la Justice partout sur la planète. Son titre original, E-Ring, évoque à ce propos l'anneau extérieur du grand QG des forces armées américaines, censé être ce lieu d'une importance capitale, où sont prises les décisions les plus graves concernant le bien-être militaire des États-Unis.


Cette vaste rigolade, qui cherche à flatter l'orgueil du patriote américain qui verse une larme à chaque note du « Star-spangled Banner » ou pour qui la vision d'un missile tomahawk déclenche un début d'érection, n'offre aucune profondeur qui la rende digne d'intérêt. Si on ne disputera pas au créateur du show son expertise réelle en matière d'intelligence militaire, on mettra par contre en cause la pertinence des choix scénaristiques opérés. Voir deux quarterons de généraux de salon signer à tour de rôle un mémorandum autorisant l'exécution d'une mission (d'une importance capitale pour l'avenir de l'humanité, cela va sans dire) après l'argumentation poignante d'un sous-fifre de deuxième échelon selon laquelle non, on ne peut décemment pas laisser un homme derrière (alors que bombarder des populations entières pour le contrôle d'un puit de pétrole est au contraire moralement défendable), est peut-être une reconstitution fidèle de la réalité, cela n'en constitue pas moins un spectacle totalement dépourvu d'intérêt.


Autre défaut de taille : la platitude uniforme du design des personnages. Entre un Dennis Hopper au mieux de sa forme Républicaine en ganache paternaliste et goguenarde, et un Benjamin Bratt en faux jeune premier fraîchement débarqué de son commando pour finir sa carrière dans un bureau aveugle du cinquième sous-sol du Pentagone, il est bien difficile de trouver une âme à sauver, un soupçon d'intérêt. Pire, les quelques personnages secondaires sont tous plus transparents les uns que les autres dans la mesure où il n'apportent aucun contrepoint de quelque sorte. L'absence de toute contradiction à la perspective américaine sur les situations décrites, ainsi qu'un ton général aux relents de néo-conservatisme pro-Bush achèvent ce tableau d'une uniformité et d'une simplicité affligeantes.


À titre d'anecdote, on peut cependant souligner que dans le pilote original, celui qui est montré aux exécutifs du network et qui n'est théoriquement pas diffusé auprès du grand public, la situation personnelle du personnage de Benjamin Bratt était radicalement différente de ce qu'elle aura été dans le premier épisode réellement diffusé. Initialement, il était censé être un jeune père de famille marié à un ancien agent de la CIA, interprété par Sarah Clarke, la célèbre Nina Myers de 24. Dans la version définitive, le personnage de Sarah Clarke, qui a dû trouver plus intéressant à faire sous d'autres cieux, a été remplacé par une autre déclinaison, toujours agent de la CIA, mais sans anneau nuptial ni nouveau-né cette fois. Impossible de dire si l'actrice a flairé la mauvaise affaire et a pris ses jambes à son cou, ou si les producteurs ont jugé la situation matrimoniale du personnage central trop verrouillée pour démarrer, toujours est-il que cela n'aura pas fait une grande différence sur l'avenir du show.


D'un autre côté, s'il fallait s'abaisser à trouver ne serait-ce qu'une « qualité » à DOS : Division des Opérations Spéciales, c'est qu'au moins, ça ne durera pas longtemps. Après un lancement en fanfare en septembre 2005 sur son antenne, NBC a mis fin à la série sans clairons ni trompettes, après avoir diffusé quatorze misérables épisodes sur les vingt qui furent produits. Autant dire que ce la ne constitue ni une grosse perte, ni une injustice.

DOS : Division des Opérations Spéciales, c'est donc quarante-cinq minutes d'ennui mêlé de scepticisme qui ne risquent de réellement plaire qu'à un public restreint aux exigences limitées. On lui préfèrera à ce titre The Unit, nouveau drame de Shawn Ryan (The Shield) prévu sur M6 dans un avenir pas trop lointain, parlant lui aussi des Delta Force, et qui malgré certains défauts fait preuve de qualités nettement supérieures à celles de DOS (dont une bonne dose de réalisme).

DOS : Division des Opérations Spéciales, le dimanche à 17h sur France 2.

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