Nip/Tuck : retour sur la saison 3

Zorg | 9 juin 2006
Zorg | 9 juin 2006

Attention Chérie, ça va trancher

La deuxième saison de Nip/Tuck s'est terminée sur un grand ‘schlack' (ou ‘zouip', c'est comme vous voulez). Quand nous avons lâchement abandonné les Dr McNamara et Troy à leur issue, Christian se trouvait dans une situation disons pour le moins inconfortable. Le sinistre Carver venait en effet de jeter son dévolu sur notre plasticien préféré, fermement décidé à lui exposer ses vues sur les vertus de la chirurgie esthétique tout en lui redessinant les contours du visage à grands coups de bistouri, sans anesthésie de préférence.

Quelques mois après ces tragiques événements, il est donc grand temps de repartir pour la Floride et de répondre à toutes ces angoisses bien légitimes.

 

 

Suspense à tous les étages

Avec l'insoutenable suspense du cliffhanger de l'an dernier, les questions en ce début de saison sont donc légion. Qui se cache derrière le masque du Carver ? Sera-t-il démasqué avant d'avoir défiguré tout ce que Miami compte de liftings et d'implants mammaires ? Sean et Julia surmonteront-ils leurs différents pour sauver leur mariage ? Christian sera-t-il défiguré au point de devoir sortir dans la rue avec un sac en papier sur la tête pour ne pas effrayer les petits enfants et les grand-mères ? Matt s'avouera-t-il son homosexualité latente ? Annie a-t-elle le don d'invisibilité ou bien les scénaristes oublient-ils simplement son existence au jour le jour ? Gina pourra-t-elle aimer un homme sans l'insulter comme du poisson pourri ? Famke Janssen est-elle vraiment un homme ?

Sans pour autant lâcher la moindre parcelle de révélation qui ruinerait sans coup férir le plaisir de la découverte, on peut tout de même affirmer sans guère prendre de risques que la troisième saison de Nip/Tuck est à ce jour la meilleure de l'histoire de la série. Mieux encore, elle l'assoit définitivement comme l'une des toutes meilleures de la télévision contemporaine, un must-see qu'on ne saurait recommander autrement qu'au plus grand nombre.

 

  

Une fois n'est pas coutume, Ryan Murphy et son staff de scénaristes ont repoussé leurs propres limites pour nous servir une quinzaine d'épisodes qui forment un ensemble d'une richesse et d'une profondeur remarquables. Même si l'on peut citer plusieurs candidats à la palme de meilleur épisode de la saison, son point culminant reste bien évidemment l'ultime chapitre, qui dévoile après moult rebondissement et coups de théâtre le secret le mieux gardé de la série, l'identité du Carver.

 

The Julian McMahon Show 

Ballotté entre fausses pistes et faux-semblants quant à l'identité du « Sculpteur de Chairs », le spectateur est d'ailleurs envahi petit à petit d'une forme aiguë de paranoïa. Incapable de se fixer sur un coupable (il est soit trop idéal soit complètement abracadabrantesque), on finit en désespoir de cause par soupçonner tour à tour chacun des membres du casting comme le plus anonyme des figurants. De Sean à Christian en passant par Julia, Matt, Liz, Gina ou encore la petite Annie McNamara et le livreur de pizzas, tout le monde y passe jusqu'à la révélation finale.

 

  

Même si chacun a son heure de gloire au cours de la saison, Julian McMahon se taille cependant la part du lion et éclabousse une fois de plus le show de son charisme et de son talent. Son interprétation intense de Christian Troy, un jour fragile et complètement désemparé, le lendemain froid et amoral au dernier degré, fait du personnage le plus fascinant et le plus humain des salauds, une bête blessée dont on ne sait si on doit l'admirer ou la haïr, la plaindre ou la mépriser.

Le seul bémol à ce tableau presque idyllique, s'il fallait en émettre un, est qu'il phagocyte toujours un peu plus l'attention du spectateur, perturbant l'équilibre du show. Son alter ego et collègue, Sean McNamara (Dylan Walsh), bien que lui aussi en proie à de multiples problèmes et névroses, tous très intéressants, pâtit immanquablement de l'ombre portée par la beauté froide et vénéneuse de Christian, comme une pierre semi-précieuse pâlit face à un gros diamant.

   

 

Rhinoplasties Unlimited 

Quoi qu'il en soit, les auteurs ont réussi à trouver un équilibre presque parfait entre l'intrigue du Carver et le quotidien du cabinet McNamara/Troy tout en poursuivant leur réflexion affûtée comme un scalpel sur le rapport à l'image quasi pervers de notre société. A l'escalade inévitable du bourreau qui défigure et viole d'innocentes victimes répondent les cas médicaux les plus poignants, tandis que nos vaillants chirurgiens sont confrontés aux dilemmes les plus cornéliens.

Nip/Tuck réussit une fois de plus le tour de force de captiver à chaque épisode, en alternant le sordide et le poétique, le sanglant (voire le carrément gore, âmes sensibles s'abstenir) et le tragique. De Momma Boone à Sal Perri, d'Abby Mays à Frankenlaura, elle ne recule devant aucun tabou pour faire avancer son propos, et même la provocation la plus gratuite (du moins en apparence) sert à merveille la psychologie de ses personnages. 

Le plaisir, presque sadique, de les voir évoluer et se dépêtrer dans leurs névroses croît à mesure que la saison avance, et le dénouement final, aussi libérateur qu'il fût vis à vis du Carver, n'apportera guère apaisement et sérénité au sein de la famille McNamara-Troy. Pire, aucun des protagonistes ne ressort sans des bleus à l'âme supplémentaires, et le faisceau d'histoires démarrées en cours d'année nous fait piaffer d'impatience à l'idée de retrouver Christian, Sean et les autres pour une nouvelle année de souffrances, de joies et de liposuccions.

 

 

 

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