Medium – Saison 1

Par Stéphane Argentin
27 janvier 2006
MAJ : 21 mai 2024
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Nouvelle série lancée en 2005, Medium débarque à présent en France. Y rencontrera-t-elle le même succès instantané qu’elle a connu outre-atlantique ? Petite analyse de ce qui se cache derrière ces dons de voyance.

Une vraie medium…
Contrairement à de nombreuses autres fictions télévisées, Medium possède deux caractéristiques assez peu communes. Tout d’abord, elle est le fruit de l’imagination d’un vieux routard du petit écran, Glenn Gordon Caron, contrairement à plusieurs autres séries à succès apparues ces dernières années à l’initiative d’individus totalement inconnus au préalable (Anthony E. Zuiker pour Les experts, Hank Steinberg pour FBI : Portés disparus ou, plus récemment, Shonda Rhimes pour Grey’s anatomy). Caron pour sa part avait déjà œuvré sur Les enquêtes de Remington Steele au tout début des années 80 avant de créer Clair de lune (Moonlighting) en 1985, série qui révéla un certain Bruce Willis bien avant Piège de cristal et meubla le petit écran cinq années durant avec succès. Et si Caron connu ensuite une longue traversée du désert au cours des années qui suivirent l’arrêt de cette série – sa deuxième création télévisée en 1999, Un agent très secret (Now and again), fut interrompu après une seule saison –, Medium était donc déjà dès son lancement entre des mains expertes.

La seconde caractéristique de cette série, beaucoup plus rare celle-là, vient de son inspiration. En effet bien plus qu’un simple emprunt au qualificatif, Medium prend directement pour modèle la vie de la véritable Allison Dubois. Outre des séances de voyance et des ouvrages, celle-ci vient également en aide aux forces de l’ordre afin de résoudre des crimes là encore bien réelles. C’est donc tout naturellement que les producteurs se sont adjoints ses services en tant que consultante sur la série afin de coller au plus près à la réalité. Medium ou une nouvelle forme de télé-réalité ?


Patricia Arquette (à gauche) et Allison Dubois (à droite), une vraie medium.

Qui prédit un immense succès…
Le pilote de Medium, diffusée le 3 janvier 2005 sur la chaîne américaine NBC, remporte un succès immédiat, permettant à la série de se positionner en 19ième place des audimats au terme de la saison télévisée US 2004/2005 avec une moyenne de 14 millions de téléspectateurs (à titre de comparaison, Lost enregistra une moyenne de 16 millions cette même saison), devançant même la nouvelle déclinaison des Experts, Les Experts : Manhattan (13,6 millions).

Trois ans plus tôt, une autre série « extralucide » avait déjà ouvert une brèche sur la chaîne câblée USA Network avec Dead zone. Si les chiffres d’audimat ne sont nullement comparables à ceux d’un grand network comme NBC, l’adaptation sur petit écran du roman de Stephen King remporta néanmoins un succès bien réel, tant critique que public, pour susciter l’intérêt de certains. Mais plutôt que de créer un nouvel ersatz, Glenn Gordon Caron préféra miser sur un personnage principal du sexe féminin, soit un choix particulièrement « couillu » puisque la plupart des succès télévisés mettent en vedette soit des duos (X-Files), soit des équipes entières (Les experts, FBI : Portés disparus), soit des hommes seuls (24 heures chrono) mais pratiquement jamais des femmes (à l’exception récente de Cold case). Une décision qui, en matière de personnages disposant d’un « don particulier », ne s’était pas vu en fait depuis Profiler (1996-2000).

À une série humainement réussie…
De plus, outre le don de voyance, Allison dispose également de celui de pouvoir communiquer avec les morts. En dehors du macabre (des meurtres qui « tachent » énormément les murs), cette double faculté permet à la série d’osciller entre l’étrange (Allison déambulant dans un aéroport habillée en chaperon rouge) et le tragicomique (Allison se querellant avec son beau-père décédé). Car, au delà du fantasmagorique, le noyau familial est véritablement au cœur de la série, Allison devant jongler entre son emploi de consultante sur des affaires criminelles et son cocon familial constitué de son mari, Joe (Jake Weber), et de ses deux filles, Ariel et Brigitte (plus un troisième bambin en bas âge).

Sans pour autant tomber dans la sitcom ou la tragédie cathodique, Medium puise une grande partie de son attrait dans ce portrait de famille. Un parti pris qui n’est sans doute pas étranger au succès de la série outre-atlantique en plus de l’intérêt légitime du public pour le paranormal. Dans le rôle de l’épouse / mère de famille dont les facultés – héritées de sa mère et (peut-être) transmises à ses propres filles – ne lui facilitent en rien la tâche (des réveils systématiques en sursaut au beau milieu de la nuit suite à une vision), Patricia Arquette assure parfaitement son rôle de pilier central de la série. Après avoir joué sous la direction des plus grands au cours des années 90 – Tony Scott (True romance), John Boorman (Rangoon), Tim Burton (Ed Wood), David Lynch (Lost highway), Roland Joffé (Goodbye lover), Stephen Frears (The hi-lo country) ou encore Martin Scorsese (À tombeau ouvert), excusez du peu –, la comédienne avait enchaîné les rôles plus ou moins obscurs depuis le changement de millénaire. Sa prestation très remarquée dans Medium lui a valut un joli come-back aux yeux d’Hollywood (elle a remportée l’Emmy Awards 2005 et une nomination aux Golden Globes 2006).

Mais aux enquêtes éventées !
Si l’aspect purement humain de la série est très réussi, on ne saurait en dire autant de sa partie strictement policière, le « noctambulisme » de l’héroïne en guise de prologue de chaque épisode pouvant devenir plus ou moins contagieux auprès du téléspectateur. En effet, les différentes affaires sur lesquelles Allison apporte son expertise pour le compte de son patron, le procureur Manuel Devalos (Miguel Sandoval), et en collaboration avec le détective Lee Scanlon (David Cubitt), peuvent rapidement se révéler fastidieuses et sont loin d’être aussi bien ficelées que les séries dont Medium cherche à se démarquer (on citera au hasard les NCIS : Enquêtes spéciales, Experts, FBI : Portés disparus et autres NYPD Blue). La « faute » sans doute à une équipe de scénaristes plus expérimentée en matière de fantastique que de séries dites « procédurières », la plupart des scénaristes de Medium ayant travaillé auparavant sur Dark angel (la série créée par James Cameron), La 13ème dimension, Les 4400 ou encore Star trek : Deep space nine (sans oublier bien sûr Un agent très secret, la plupart étant donc d’anciens collaborateurs de Glenn Gordon Caron).

C’est bien là le seul reproche (et non des moindres puisque les enquêtes occupent environ la moitié des épisodes) que l’on puisse imputer à Medium, une série à dimension humaine très touchante entre drame et comédie et dont l’aspect purement surnaturel n’est ni marginalisé ni tourné en dérision. Il ne reste donc plus qu’un petit effort d’investigation policière à faire de la part de ses artisans s’ils souhaitent élever Medium dans la division supérieure.

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