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Sherlock : les 5 meilleurs épisodes de la série

Par Ange Beuque
6 novembre 2022
MAJ : 24 mai 2024
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Benedict Cumberbatch en sociopathe de haut-niveau et Martin Freeman en blogueur vétéran s’associent dans le Sherlock de la BBC. Retour sur 5 incontournables.

Couverture Martin Freeman, Benedict Cumberbatch, Lara Pulver

Le célèbre détective de Baker Street est en pleine bourre autour de 2010 : Guy Ritchie l’a dépoussiéré au cinéma avec un Robert Downey Jr. option krav maga et CBS fourbit sa version avec Lucy Liu dans la peau de Watson. La BBC fait appel à Mark Gatiss et au showrunner de Doctor Who, Steven Moffat, pour dégainer le sobrement nommé Sherlock, qui se démarque par sa transposition dans le Londres contemporain et son rythme échevelé.

Benedict Cumberbatch et Martin Freeman endossent les deux rôles principaux avec pour objectif de rompre avec l’excès de révérence et revenir à l’essence du personnage. Ainsi que l’a revendiqué Moffat, « les histoires de Conan Doyle ne parlaient pas de redingotes et de lampes à gaz ; elles parlaient de brillantes déductions, d’affreux méchants et de crimes à glacer le sang« .

Cette modernisation est un succès : Sherlock remporte le BAFTA de la meilleure série dramatique en 2011. Son format hybride, son rythme de diffusion irrégulier et ses saisons resserrées, achevées par des cliffhangers dantesques, créent l’attente et contribuent à sa popularité. Retour sur les cinq épisodes qui en ont fait une série culte.

 

Sherlock : Benedict CumberbatchHolmes sweet Holmes

 

Le Grand jeu et La Chute du Reichenbach

Ex aequo – Saison 1 épisode 3 et Saison 2 épisode 3

 

Sherlock : Benedict Cumberbatch, Andrew ScottMemento Moriarty

 

C’est quels épisodes de Sherlock déjà ? Des otages en situation critique, un immeuble éventré, un coup d’éclat à la tour de Londres, un procès court-circuité, un quartier transformé en tanière d’assassins et de vieilles affaires criminelles exhumées. Dans les coulisses, un prénom tout juste murmuré : Moriarty…

Pourquoi c’est l’épisode le plus « Batman mégalo contre le Joker » ? Si le pilote a marqué les esprits par sa réalisation dynamique et sa modernisation astucieuse (la montre à gousset devenue téléphone portable), le second épisode était plus laborieux. Autant dire que pour clore une première fournée de seulement trois segments, le dernier se devait d’être à la hauteur pour faire basculer définitivement la réputation de la série. Et, surtout, réussir le fameux antagoniste de Sherlock…

 

Sherlock : ReichenfallLoup hiatus ?

 

Le Grand jeu fait patiemment monter la tension autour de Moriarty en le laissant dans l’ombre de manière à polir son aura de grand manitou du crime. Calé sur son tempo de chien fou mégalo, l’épisode puise dans tout le canon holmsien (Les Plans du Bruce-Partington, Le Traité naval…) pour orchestrer un jeu de piste trépidant, hyper référentiel et ludique, au sein duquel énigmes et micro-résolutions s’enchâssent sans répit.

Et lorsque Moriarty daigne enfin se révéler – en deux temps, puisque le bougre sait également se dissimuler en pleine lumière – Andrew Scott livre une performance habitée. Aussi à l’aise dans la jubilation cabotine que le stoïcisme désaxé, il hante la série de son intensité jusqu’au final de la saison 2 qui, miroir indissociable du premier, couronne merveilleusement sa trajectoire mortifère.

La Chute du Reichenbach approfondit son duo passionnant avec Sherlock, dans une confrontation inspirée de Le Dernier Problème. Ils sont à la fois deux électrons libres dans des systèmes trop ordonnés, deux sociopathes flirtant avec la bromance autour d’une tasse de thé, deux scénaristes aux capacités cheatées qui essaient d’imposer leur récit du monde et deux enfants qui jouent à cap/pas cap sans pouvoir s’arrêter.

 

Sherlock : Benedict Cumberbatch, Andrew ScottL’un de ces deux personnages a une tête dans son frigo, et il n’est pas à droite du cadre

 

Au-delà du fait qu’il utilise à merveille les outils modernes pour décupler son pouvoir de nuisance, Moriarty est aussi celui qui a le mieux compris la principale faille de Sherlock : l’hybris, l’arrogance qui le pousse à se créer ses propres ennemis et les conditions de sa déchéance. Liés par un rapport personnel comme tout bon couple d’antagonistes, ils se reconnaissent l’un en l’autre (à travers la problématique dévorante de l’ennui) tout en détestant l’image qui leur est renvoyée.

Leur relation culmine dans le brouillage habile de leurs rôles et statuts au cœur de La Chute du Reichenbach, dont la réinterprétation du titre se révèle très représentative de la manière dont Steven Moffat décompose et dissémine un marqueur canonique jusqu’à former un puissant réseau de sens.

 

Un scandale à Buckingham

Saison 2 épisode 1

 

Sherlock : Lara PulverLara Pulverise la concurrence

 

C’est quel épisode de Sherlock déjà ? Une certaine Irene Adler connaît sur la famille royale d’Angleterre quelques secrets aux côtés desquels les perversions du prince Andrew, le passé nazi d’Edward VIII ou les caprices de Meghan Markle font figure d’aimables plaisanteries. En parallèle, un mort rate son avion et un campagnard semble périr d’un pot d’échappement pétaradant.

Pourquoi c’est l’épisode le plus troublant ? Elle était avec Moriarty l’autre grande figure attendue de pied ferme. Chargée d’ouvrir la seconde saison, Irene Adler jouit d’une entrée en matière pleine de culot qui marque les esprits autant que la rétine. Captivante et redoutable, prompte à commuer son sex appeal en arme létale, elle est parfaitement servie par une Lara Pulver incandescente.

 

Sherlock : Benedict Cumberbatch, Lara PulverBrain is the new sexy

 

Son job de dominatrice a généré quelques critiques autour d’un supposé sexisme : le sexe est pourtant clairement ici utilisé comme un moyen d’emprise et de pouvoir, de ceux que ne renient pas les hommes sans s’exposer à de telles suspicions. « La Femme » est une figure tragique écartelée qui combat avec ses armes physiques et intellectuelles pour survivre.

Sa confrontation avec Sherlock se révèle complémentaire de Moriarty : là où le premier opère volontiers dans l’ombre, elle se place systématiquement en première ligne – au corps à corps, oserons-nous dire. Leur opposition contrainte en raison d’intérêts divergents se double d’une puissante tension sexuelle, qui détourne la vraie-fausse ingénuité du héros (le gag aussi crétin qu’irrésistible de la sonnerie de portable…) au profit d’un flirt magnétique.

 

Sherlock : Lara PulverL’anomalie sapiosexuelle

 

Magnifiée par un scénario largement inspiré de Un scandale en Bohême, Irene Adler s’impose comme la plus fascinante énigme de Sherlock, celle à laquelle il est condamné à succomber. Paradoxalement, cette passion aux contours toxiques le pousse à s’humaniser, ainsi qu’en atteste le sort du malheureux qui a osé menacer l’inestimable Mrs Hudson (Una Stubbs).

 

Le cercueil vide

Saison 3 épisode 1

 

Sherlock : Benedict Cumberbatch, Martin FreemanDes envies de petit meurtre à l’anglaise

 

C’est quel épisode de Sherlock déjà ? La nature, le complotiste et le fan ont en commun d’avoir horreur du vide. De pauvres hères traumatisés par le final de la saison 2 se rassemblent pour faire le boulot des scénaristes et emplir ce cercueil de leurs théories… dans la fiction comme dans la réalité.

Pourquoi c’est l’épisode le plus méta-troll ? La mise en scène du cliffhanger de La Chute du Reichenbach avait astucieusement disséminé quelques os à ronger qui ont ouvert un festival de théories « à la John Snow ». Lorsqu’est enfin venu le moment pour les scénaristes de s’expliquer, le risque était double : décevoir en proposant une solution largement éventée, ou oser un jump the shark from the top of the building dont la suspension d’incrédulité pourrait ne pas se relever.

 

Sherlock : Martin FreemanUne moustache inattendue

 

La nonchalance bravache avec laquelle avait été désamorcé le cliffhanger de la première saison (dans un contre-pied certes cohérent avec Moriarty lui-même) aurait dû mettre la puce à l’oreille : Steven Moffat choisit tout simplement de… ne pas répondre à son grand mystère, proposant à la place plusieurs théories abracadabrantesques, dont certaines qu’on jurerait directement exhumées des forums.

Refusant de céder aux exigences des fans, dont elle épingle au passage l’obsession pour le shipping, la série pousse le clin d’œil jusqu’à les incarner dans sa diégèse à travers le personnage d’Anderson. Cet ancien sceptique devenu idolâtre anime un groupe de parole visant à comprendre ce qu’il s’est passé. Las : même lorsque le scénario fait mine d’abattre ses cartes, c’est pour mieux instiller le doute dans un geste à la lisière du coup de génie méta et du troll pur et simple.

 

Sherlock : Martin Freeman, Benedict CumberbatchMoffat vs fans

 

Jeu avec les attentes du spectateur, relecture décomplexée, profusion référentielle, rebondissements en cascade : Le Cercueil vide offre un condensé du système d’écriture de Steven Moffat. Au-delà du dialogue direct avec les fans, il livre un vrai bon épisode rythmé et hilarant, qui approfondit intelligemment la relation de Sherlock et Watson via l’épreuve vécue par ce dernier. Quant aux puristes, ils pourront difficilement hurler avec les loups, ce rebondissement énorme étant directement tiré de Conan Doyle…

 

Le signe de trois

Saison 3 épisode 2

 

Sherlock : Martin Freeman, Amanda AbbingtonUn mariage et un possible enterrement

 

C’est quel épisode de Sherlock déjà ? Arrogant, abscons, prompt à l’humiliation, doté d’une sensibilité toute relative et d’un surmoi social déficient : Sherlock Holmes est à peu près la pire personne à qui vous voudriez confier votre toast de mariage. Mais puisqu’il est le meilleur ami de Watson, il se retrouve aux commandes de son union avec Mary… alors qu’un meurtre est sur le point d’être commis.

Pourquoi c’est l’épisode le plus one great man show ? La série nous a habitués à ses montages dynamiques et ses narrations entrecroisées, mais jamais sans doute elle n’avait opéré une telle symbiose entre la réalisation et la personnalité fantasque de son héros. Le prétexte du discours qui charpente l’épisode permet à Sherlock d’accaparer la scène et d’impulser un rythme aussi virevoltant que sa réflexion.

 

Sherlock : Benedict CumberbatchFinalement, le Joker, c’est bien lui

 

L’épisode reprend le personnage du major Sholto du roman Le Signe des quatre pour orchestrer un cocktail jubilatoire de mystère et de comédie de mariage relevé par quelques pointes d’émotion. Les allers et retours temporels fluides autorisent des ruptures de ton irrésistibles, en entrecroisant gags hilarants – l’enterrement de vie de garçon, les moments de gêne épiques – et course contre-la-mort.

De passionnant, Le Signe de trois (nouvelle réinterprétation brillante du titre, dont le sens ne se révèle que dans les dernières minutes) devient carrément trépidant lorsque la parole se fait performative, contrainte de se prolonger d’une manière ou d’une autre pour alimenter le fil de vie d’une future victime. L’enquête par messageries interposées, astucieusement matérialisée dans le palais mental de Sherlock; constitue également un sommet de réalisation inventive.

 

Sherlock : Benedict CumberbatchEt maintenant, laissez-moi vous raconter l’histoire du trou du c…

 

Bien sûr, l’épisode vaut aussi pour Mary (Amanda Abbington), dont l’intelligence, la malice et le répondant l’élèvent instantanément au niveau de Watson et Sherlock. Son alchimie avec le premier est d’autant plus flagrante qu’elle était en couple avec Martin Freeman depuis de nombreuses années. Son interprétation impeccable et son écriture consistante lui permettent de compléter idéalement le désormais trio.

 

L’effroyable mariée

Spécial Nouvel An 2016

 

Sherlock : photo, Benedict CumberbatchL’effroyable attente entre deux saisons

 

C’est quel épisode de Sherlock déjà ? Une femme se suicide et tue son mari, dans cet ordre. Mycroft exige de Sherlock qu’il échoue dans une enquête. La crinoline revient des enfers auxquels l’avait vouée Steven Moffat, car le tout se passe à la fin du XIXe siècle. Ou presque.

Pourquoi c’est l’épisode le plus féministe victorien (ou victorieux) ? L’attente entre les saisons ne faisant que s’allonger, un épisode spécial est intercalé pour casser les trois années séparant la troisième fournée de la quatrième. Ce retour aux sources permet à Sherlock de jouer avec ses propres codes et ses choix d’adaptation, avec par exemple un Mycroft qui retrouve son obésité originelle (ce dont les dialogues s’amusent malicieusement).

 

Sherlock : Photo Abominable mariée 2Où sont les femmes dont le rôle tient sur un télégraaaaamme ?

 

Vaguement inspiré des Cinq pépins d’orange, L’Effroyable Mariée clôt en quelque sorte la boucle du riche jeu intertextuel de la série, allant jusqu’à remaker la scène de la rencontre de Sherlock et Watson. Il tire profit du cadre victorien pour développer une atmosphère de manoir hanté tout à fait raccord avec son sujet de fantôme vengeur.

Ce clin d’œil à l’époque d’origine du détective pouvait laisser imaginer un filler déconnecté. Or, des dissonances narratives dévoilent peu à peu le pot aux roses : l’épisode s’insère parfaitement dans le fil rouge de la série. Justifiant son pas de côté temporel par un palais mental aux dimensions de l’univers, il trouve une nouvelle manière, non moins créative que Le corbillard vide, de gérer les attentes nées d’un cliffhanger massif.

 

Sherlock : Martin Freeman, Benedict CumberbatchLa relève de Basil (Rathbone), détective privé

 

L’Effroyable Mariée encapsule des problématiques contemporaines sous ses atours vintage. Après avoir amorcé sans avoir l’air d’y toucher la question de l’effacement des rôles féminins dans l’entourage du détective (que la préparation passe si facilement pour un gag constitue une démonstration en soi) elle dévoile son vrai sujet qui, avant le raz-de-marée MeToo, traite de cette colère sous-jacente avec beaucoup d’à-propos.

La porte du 221b de Baker Street n’a jamais été officiellement sherlockée, et Steven Moffat lui-même laisse planer l’idée d’une suite. Reste que la notoriété qui a rempli les agendas de Benedict Cumberbatch et Martin Freeman a pour le moment bloqué les compteurs à ces 13 épisodes enlevés, stimulants, parfois frustrants, souvent brillants. De toute évidence, Sherlock Holmes n’aurait pu rêver meilleur hommage qu’une série à son image.

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pop

C’est pas mauvais mais j’ai rarement vu une série aussi surcoté.

Chompchomp

Une grande série ! Ingénieuse mais aux scénaristes qui se regardent parfois trop écrire. La dernière saison est un poil trop tiré par les cheveux mais a offert de magnifiques scènes (John qui frappe Sherlock dans la morgue, puis la réconciliation dans le living room et le superbe « it is what if is », le monologue final de Mary avec la musique Who you really are).

J’espère un revival d’ici 10 ans avec des héros cinquantenaires !