Rick et Morty : les 10 meilleurs épisodes

La Rédaction | 21 juin 2020 - MAJ : 22/06/2020 17:50
La Rédaction | 21 juin 2020 - MAJ : 22/06/2020 17:50

À l'occasion de la fin de la saison 4, dont la première partie est désormais sur Netflix, on revient sur 10 épisodes cultes de Rick et Morty.

Inspirée d'une parodie sommaire et crado de Retour vers le futur (The Real Animated Adventures of Doc and Mharti), la série de Justin Roiland et Dan Harmon a su largement, très largement se démarquer de son postulat original pour finalement tourner en dérision la quasi-totalité des oeuvres et des concepts de la science-fiction.

Bien plus qu'une énorme parodie festive et barrée, elle s'est imposée au fur et à mesure des années et grâce à quatre saisons comme un des piliers de la pop culture moderne, obsédée par le passé. Mais contrairement à certains essais opportunistes, les 41 épisodes se sont renouvelés sans cesse et n'ont pas hésité à expérimenter un peu, produisant logiquement une pléthore de séquences cultes.

Il est difficile de rendre hommage à l'effervescence créative motivant toutes ces péripéties en ne sélectionnant que 10 épisodes. On aurait pu parler du pilote, du mariage crossover ou de l'irrésistible parodie de Ocean's Eleven, par exemple. Mais notre sélection est déjà extrêmement chargée en coups de génie.

 

PhotoRegarde cet article, Morty !

 

M. NIGHT SHAYM-ALIENS ! (S01E04)

Ça raconte quoi : Morty a beau croire que c'est une journée comme les autres qui commence, Rick n'est pas dupe. Il sait que tout ça est une simulation, créée par des aliens, et qu'ils sont à bord d'un vaisseau. Ne reste plus qu'à essayer de s'en échapper, et retrouver la réalité, la vraie.

Pourquoi c'est génial : Le titre annonce la couleur avec une référence au nom de M. Night Shyamalan, réalisateur de Sixième Sens et Le Village bien connu (et aimé) (puis moqué) pour ses scénarios à twist devenus une marque de fabrique. L'épisode sera donc une chasse aux indices et aux surprises, ce qui tombe bien puisque Rick et Morty sont piégés dans une simulation, d'une simulation... d'une simulation... et que la victoire des aliens Zigerions est en réalité un échec, puisque Rick les a piégés... mais que Rick continue à tellement douter qu'il hésite à égorger Morty à la fin.

L'épisode est un petit plaisir de course-poursuite contre le virtuel, qui donne lieu à un paquet de situations très drôles : les personnages qui glitchent un peu partout comme de mauvais PNJ, la radio qui annonce de la musique humaine, Jerry qui alterne enthousiasme et déprime face aux multiples "YES !", et bien sûr, la peur des pénis des Zigerions. Le tout à un rythme effréné, avec un paquet de tirs et de poursuites.

 

photoTrop niais pour être vrai

 

Le principe de réalités virtuelles est incontournable dans la SF, et Rick et Morty s'y est attaqué dès les premiers épisodes, pour s'amuser en le poussant dans ses retranchements - même si Dan Harmon et Justin Roiland auraient pu aller encore plus loin, avec encore trois ou quatre twists. C'est aussi l'occasion de charger le personnage de Jerry, le plus doux des losers, particulièrement génial dans sa capacité à se perdre, se réjouir, et jouir tout court, dans le plus narcissique des vides existentiels.

Mention spéciale à David Cross, inoubliable Tobias Fünke d'Arrested Development, qui prête sa voix au prince Nebulon et son anus décoloré, et rend ce ridicule personnage mémorable.

 

photoSelfie de fin

 

LA BOÎTE À LARBINS (S01E05)

Ça raconte quoi : Morty est mis au défi par Rick de les mener dans une aventure non-traumatisante mais non-chiante, tandis que la famille utilise une boîte à Meeseeks, qui n'existent que pour servir un but précis et ne peuvent pas disparaître avant d'avoir accompli leur mission.

Pourquoi c'est génial : Parce que le principe des Meeseeks mérite à lui seul le coup d'oeil, et reste l'une des idées les plus drôles de toute la série (il réapparaîtra d'ailleurs plusieurs fois par la suite). La mécanique comique de ces larbins est hilarante à tous les niveaux, de leur "I'm Mister meeseeks, look at me !" qui donne lieu à des dialogues absurdes, à leur prise d'otage finale après une phase d'hystérie meurtrière à coups de démembrements et utilisation frénétique de la boîte.

Le meilleur reste l'ironie géniale de la situation : alors que les souhaits de Summer et Beth (être populaire au lycée, être une femme accomplie) semblaient bêtement abstraits et donc catastrophiques, elles règlent leurs affaires rapidement, tandis que Jerry lutte pour simplement améliorer son jeu au golf, ouvrant ainsi les portes d'un certain enfer sur Terre.

 

photo "I'm Mister meeseeks, look at meeeee !"

 

Tout l'épisode repose sur la spirale du chaos, avec les Meeseeks donc, mais également la quête de Rick et Morty. Leur version des haricots magiques provoque la mort d'un géant, un emprisonnement et un procès, puis une agression particulièrement noire dans les toilettes d'un bar peuplé de créatures bizarres. Justin Roiland a expliqué à quel point ce moment n'était absolument pas comique et cartoonesque, et que l'idée était bien de montrer une violence réelle.

Une idée qui ajoute une autre dimension à ce riche épisode, qui tourne autour d'un trauma véritable, puisque l'agresseur se trouve être le bon roi des pauvres gens que Morty voulait absolument aider. Ce court, mais fort moment, où Rick comprend que ce machin informe nommé Jelly Bean a agressé son petit-fils est lourd de sens, et même si le rire reprend le dessus (papi va réduire en flaque translucide le vilain roi), c'est une note étonnamment noire au milieu du cirque.

 

photoLongue vie au roi

 

TÉLÉ... VISIONS (S01E08)

Ça raconte quoi : Alors que toute la famille se passionne pour le Bachelor, Rick installe un modem permettant de regarder toutes les chaînes du monde entier... et surtout celles des autres dimensions. Un casque de VR permet également à chaque personnage de se mettre dans la peau de sa version alternative, au point de remettre en question le sens de son existence dans le monde réel.

Pourquoi c'est génial : Parce que c'est déjà un tour de force de réussir à captiver et créer une histoire passionnante en plaçant simplement son duo principal devant un téléviseur. L'épisode est donc, en partie, une succession de clips et émissions plus dingues les unes que les autres : le mec qui vend de vraies fausses portes, la jungle des hommes bodybuildés, la bande-annonce se moquant des films d'action, la parodie du SNL, les enquêtes expédiées, un passage sur une des chaînes de Gazorpazorpfield (qu'ont visité Rick et Morty dans l'épisode précédent de la saison)...

Bref, c'est un condensé de clins d'oeil à la pop culture (Two Brothers fait sans doute référence à Bad BoysBall Fondlers parodie L'Agence tous risques) inspiré et délirant.

 

photoLa télévision, ce terrain de jeu infini

 

Cependant, l'épisode se révèle aussi extrêmement noir en explorant les questionnements existentiels de Jerry et Beth si Beth avait avorté de Summer. Un sujet lourd qui amène le récit au coeur d'une réflexion poussée sur la destinée, l'amour et la vie, et qui dévoile surtout la profondeur de la série, très loin de la débilité supposée de ses concepts meta et de sa posture vulgaire. L'épilogue de l'épisode est d'ailleurs terriblement touchant, Beth et Jerry comprenant que la gloire de leur version alternative n'est qu'une façade dissimulant leur regret et leur misère. Le moyen de les convaincre qu'ils ont fait un choix qu'ils n'ont pas à déplorer, mais au contraire à embrasser.

La scène post-générique, aussi extravagante soit-elle, propose d'ailleurs l'image magnifique d'une famille unie et heureuse, comme on ne l'avait que rarement vue jusqu'ici.

 

photoDes vacances inoubliables dans le monde des hamsters vivant dans l'anus des humains

 

ON VA VOUS FAIRE SCHWIFTER (S02E05)

Ça raconte quoi : Un visage géant apparait dans le ciel, causant au passage une suite de catastrophes naturelles qui déciment notre belle planète. Rick débarque alors au Pentagone pour expliquer à tout le monde que ces extraterrestres, les Cromulon, se nourrissent de tubes pop en mode Eurovision. Faute d'artistes compétents, tous explosés avec la cérémonie des Grammy Awards, Rick et Morty se lancent malgré eux dans une improvisation hasardeuse.

Pourquoi c'est génial : Dans la catégorie "épisodes cultes", le fameux Get Schwity pèse lourd, aux côtés des Meeseeks de la saison 1 et du Pickle Rick de la saison 3. Forcément, le tube en question y est pour beaucoup, d'autant plus qu'il s'inscrit dans une sorte de parodie de télé-réalité musicale aussi absurde qu'hilarante. Les références à Independence Day, à La Guerre des mondes, la présence de Bird-person et d'un Ice-T au nom très littéral sont également de sacrées clés du succès de ces péripéties.

On oublie aussi souvent le deuxième arc narratif, qui s'amuse à imaginer un culte autour des têtes géantes, culte se nourrissant des conséquences de l'arc principal ! Une belle démonstration de la part des scénaristes, qui développent ici tout le potentiel de leur structure, inattaquable.

 

photoUn concert de Talking Heads

 

Voilà une bonne représentation des rôles secondaires dans la série, existant grâce aux miettes du duo principal. Le ressort comique réside en effet dans le décalage entre l'ampleur de la situation et le déroulé des opérations. Comme souvent, Beth, Jerry, Summer et les autres ne comprennent pas grand-chose à ce qui se passe, et c'est justement leur aspect terre-à-terre qui donne son sel aux aventures méta-cosmiques délirantes de Rick Sanchez.

Parfois mis de côté, le reste de la famille est pourtant essentiel. Contrepoint très (Summer), voire trop (Jerry) crédule aux expérimentations scénaristiques délirantes de science-fiction, ils donnent à Rick l'occasion de prouver la qualité de son intellect et d'exercer son légendaire cynisme.

La façon dont ils sont utilisés dans cet épisode prouve aussi l'audace de l'équipe créative, qui met souvent l'absurde au premier plan par rapport à des thématiques en général traitées avec moins de légèreté. Ici, ils préfèrent le The Voice spatial au culte rédempteur, priorité non-sensique qui va dans le sens du reste du show et fait le bonheur de ses spectateurs.

 

photoUne secte très prise de tête

 

LES RICKS SONT TOMBÉS SUR LA TÊTE (S02E06)

Ça raconte quoi : Suite à une séance de cinéma inter-dimensionnelle particulièrement plaisante, Rick, Morty et Summer s’apprêtent à manger une glace. Malheureusement, la soucoupe volante ne daigne pas décoller. En cause, le moteur, qui fait des siennes. Rick et Morty rentrent alors à l’intérieur de l’engin et le scientifique dévoile à son petit fils une civilisation dédiée à faire avancer son tacot.

Pourquoi c'est génial : En à peine plus de 20 minutes, cet épisode nous montre les perspectives d'une sortie familiale dans une autre dimension, le développement de plusieurs civilisations entières, l'émancipation d'un peuple, une bataille d'égos surdimensionnés dans des méchas primitifs, une course poursuite effrénée, un paquet de gags hilarants et quelques prises de conscience existentielles, le tout alors que Summer se fait défendre par une machine tueuse, blessante, capable de créer la vie, puis de la détruire ou encore garante de la paix entre les humains et les araignées.

 

photoNous après chaque épisode

 

Le plan du duo se fondant en doigts d'honneur pour attirer les louanges de son peuple pourrait presque s'avérer autobiographique, tant Roiland et Harmon prouvent en permanence à leur public leur maitrise d'un univers pourtant super complexe. La clé de la réussite ? Un sens du rythme à toute épreuve, faisant de chaque gag, chaque interaction en arrière-plan, un moyen de relancer une intrigue à la fois hyperactive et parfaitement compréhensible.

Le procédé du "milking" - terme de scénariste signifiant une exploitation maximum d'un concept précis - est au coeur d'un tel épisode, où une voire deux idées géniales (l'invention de Rick est aussi machiavélique et nihiliste qu'ingénieuse) sont développées sans limites, quitte à remettre en question la vie entière de personnages rencontrés à peine 3 minutes auparavant !

C'est un modèle de narration à suivre, où l'humour n'est pas la finalité, mais le carburant. Et quel carburant ! Les Ricks sont tombés sur la tête est peut-être le plus drôle des épisodes de cette saison 2, et ce n'est pas un mince exploit. La façon dont le récit tourne en permanence en dérision les retombées presque philosophiques du problème s'avère irrésistible, et le sort peu enviable de ces peuples ne manque pas de faire éclater de rire. Tout marche, en définitive.

 

photoMeme generator

 

RICK-ORNICHON (S03E03)

Ça raconte quoi : Pour échapper à une session de thérapie familiale, Rick met au point un procédé aussi acrobatique scientifiquement que simple sur le papier : se transformer en cornichon. Son plan est de prime abord un succès, dont les conséquences vont le dépasser. Il vivra une aventure aux proportions épiques, qui l'amènera à massacrer une colonie de rats, tuer quantité d'agents secrets russes, s'allier à un mercenaire fou-furieux, pour mieux rejoindre les siens le temps d'une séance de thérapie cathartique.

Pourquoi c'est génial : Cet épisode réunit la veine la plus conceptuelle du show de Roiland et Harmon, tout en proposant un de ses chapitres les plus immédiatement comiques et divertissants. Les mésaventures de notre cornichon nihiliste s'avèrent hilarantes au premier degré, tant elles recèlent d'idées, de trouvailles et d'hommages, à tel point qu'on ne compte plus les images instantanément inoubliables qu'il charrie. Rick utilisant des cafards pour devenir une machine à tuer, Rick exécutant des rongeurs avec une créativité morbide incroyable, Rick rejouant un mélange de Die Hard et de Predator sauce concombre, Rick aux prises avec un super combattant... Voilà autant d'occasions de multiplier les idées de mise en scène et les gags ultra-violents.

 

photoLe Rambo des cucurbitacées

 

Le pastiche fonctionne parfaitement, et il offre à la série l'opportunité de montrer combien, au-delà de ses clins d'oeil, elle est admirablement mise en scène. Et entre deux répliques de notre savant fou préféré, on se surprend à écarquiller les yeux devant un plan iconique, un effet de montage spectaculaire, ou encore la créativité incroyable de Rick quand il s'agit de mettre à mort des anonymes, si possible innocents. Et progressivement, le récit réinjecte dans ce ride irrésistible une des idées les plus fortes de Rick & Morty, à savoir que le scientifique est simultanément le gentil ET le méchant. Rarement cette dualité aura été aussi bien menée par un épisode.

Enfin, Dan Harmon nous livre également une pure leçon d'écriture, qui culmine lors de la conclusion anti-spectaculaire de ce chapitre. On sait le scénariste particulièrement à cheval sur la structure de ses créations, et toujours attentif à l'architecture du parcours de ses héros. Il atteint ici un degré d'efficience, voire de pureté, qui mériterait d'être étudié en école de cinéma.

Chaque scène apporte sa pierre à l'édifice, nuance et enrichit l'histoire, à tel point que l'épisode peut se payer le luxe (ou prendre le risque) de se conclure sur un tour de force dialogué, rompant avec la frénésie qui a précédé. Mieux encore, l'écriture ciselée parvient à transformer cet échange avec une thérapeute remarquable (interprétée par Susan Sarandon) non pas en résolution verbeuse, mais bien en scène d'action émotionnelle. Du grand art.

 

photoUn cornichon pour les massacrer tous, et dans la saumure, les lier

 

CONTES DE LA CITADELLE (S03E07)

Ça raconte quoi : Dans cet épisode, nos chers protagonistes se rendent dans la cité perdue d'Atlantis. Par contre, nous n'y voyons pas la ville engloutie, on s'intéresse plutôt à ce qui se passe dans la Citadelle, la station spatiale où vivent les Rick et les Morty d'autres univers (introduite à la fin de la saison 1). Et il se trouve que les habitants de la Citadelle sont en pleine période d'élections présidentielles.

Pourquoi c'est génial : Même si notre duo régulier est absent, tous les personnages restent littéralement Rick et Morty, on ferait presque une overdose de la voix de Justin Roiland. Parmi les quatre intrigues que propose l'épisode, l'une d'entre elles suit le parcours d'un Rick fraichement recruté dans les forces de police de la Citadelle, ce dernier fait la connaissance de son nouveau partenaire : un Morty qui n'aime pas les Morty. L'intrigue qui se la joue Training Day et End of Watch s'inspire de l'atmosphère qui plane au-dessus des grandes villes américaines, une étrange atmosphère qu'on nomme "le racisme". 

 

CitadelÀ la recherche du multivers de demain

 

L'une des autres intrigues parvient à parodier Harry Potter et Stand by Me sans trop en faire. Mais la troisième va dans un délire plutôt déprimant en faisant une belle référence à Brazil de Terry Gilliam. Il est assez déchirant d'y voir plusieurs Rick travaillant comme de simples ouvriers malheureux dans une usine de sucreries (Willy Wonka, si tu nous lis). Le pire, c'est que celui qui s'insurge devient à son tour le symbole d'un mensonge dont tous les autres Rick seront victimes. L'épisode ne laisse aucune chance à la classe ouvrière et fait planer l'idée que le capitalisme l'emportera toujours.

Mais l'intrigue qui intéresse le plus les fans est celle du Morty candidat aux élections présidentielles. On y suit principalement le directeur de campagne du candidat. En plus de se moquer d'une grande partie de la classe politique américaine, l'histoire nous révèle la véritable identité du Morty qui remporte les élections. Il s'agit d'Evil Morty, cet antagoniste énigmatique dont on n'avait pas entendu parler depuis la saison 1.

On n'en a pas encore la preuve, mais Evil Morty est probablement le méchant le plus intéressant de la série, le seul à avoir une longueur d'avance sur Rick. La hype est donc très élevée lorsqu'on le voit à la tête de la plus puissante organisation du Multivers. Et comme il s'agit d'une fiction, on a hâte de voir ce que ça peut donner.

 

photoEvil Morty et Baby Rick, le duo qu'on mérite

 

LES SOUVENIRS EFFACÉS DE MORTY (S03E08)

Ça raconte quoi : Après une énième aventure traumatisante, Morty découvre que son grand-père a pris l'habitude d'effacer de sa mémoire les souvenirs négatifs, humiliants, ou de nature à broyer sa psyché fragile. Tous deux explorent cette bibliothèque de ratages, au risque de fragiliser une relation déjà passablement déséquilibrée.

Pourquoi c'est génial : Les épisodes en forme de best-of ou de mini-anthologie sont des défis à part dans la production d'une série. Ils réclament une créativité dopée, puisqu'on y évoque ou narre quantité de micro-histoires, lesquelles exigent pour fonctionner un art de la synthèse et de l'efficacité très dur à soutenir. En outre, ces chapitres bouleversent le tempo traditionnel des épisodes, puisque s'il demeure une intrigue de fond, cette dernière s'incarne à travers une multitude de vignettes, qui s'enchaînent selon un rythme potentiellement désordonné.

Autant dire que ce type de récits, souvent convoqué par des auteurs pour combler les trous d'une saison et gagner un peu de temps avec un épisode-concept évitant de trop développer le fond de l'intrigue, est un piège parfait. Mais pas pour ce bon vieux Rick.

 

photoUne bien belle bibliothèque

 

Au contraire, Harmon et Roiland utilisent ce défi pour étaler leur art consommé du "pan dans la tronche" et enchaînent à un rythme effréné les idées démentielles, parfois réduites à un minuscule gag, une simple image, et nous laissent rêveurs quant aux possibilités qui sont encore les leurs d'étendre leur univers. Et derrière cette patine de marrade galactique, se dessine une construction gigogne, qui permet une nouvelle fois aux auteurs de rendre hommage aux nouvelles et romans de Philip K. Dick, dont ils dupliquent les idées de conscience morcelée, transformée, et finalement incapable de saisir le sens du réel.

D'où un sentiment de vertige plaisant, qui culmine quand Summer rentre dans la danse, avec une ironie terrible, puisqu'elle nous rappelle que même cette prise de conscience terrible n'était finalement qu'une étape anodine dans une interminable spirale de manipulation et d'oubli. Et puis bon, un dessin animé dévoilant au monde qu'il est dominé par ces salopiauds d'écureuils est nécessairement une oeuvre indispensable, à mettre entre toutes les mains.

 

photoUn hommage cruel à Contact de Robert Zemeckis

 

LE VIEIL HOMME ET LA MERDE (S04E02)

Ça raconte quoi : Le stagiaire de Rick, un extraterrestre orné d'une mention "ne pas développer d'application" développe une application grâce à Jerry. Le grand-père génial n'est pas là pour réparer des dégâts causés par l'outil de rencontre : il profite de son coin WC, paradisiaque. Malheureusement, quelqu'un a déjà souillé l'endroit.

Pourquoi c'est génial : Comme souvent, l'épisode consiste en un montage alterné entre deux suites de péripéties connectées. La quête de Jerry et son fils pour arrêter une caricature terrifiante du Tinder idéal fait mouche, mais reste en retrait vis-à-vis de cette histoire de toilettes. Après une entrée en matière efficace quoique fort classique, la dernière saison prend une tournure inattendue en se permettant de transgresser un peu le caractère de ses personnages.

 

photoLe stagiaire d'Ecran Large en action

 

De fait, alors que Morty s'impose enfin comme le vrai cerveau dans un arc narratif, Rick fait l'expérience de sa propre humanité grâce à un combat atypique pour la tranquillité hygiénique. Taquins, Roiland et Harmon ne peuvent s'empêcher d'ancrer leur première vraie incursion émotionnelle dans une intrigue volontairement basse du front. De quoi prendre à revers un public habitué aux élucubrations cyniques et présomptueuses d'un protagoniste jusqu'ici intouchable.

Si on part du principe que la qualité principale de la série réside dans sa capacité à surprendre en permanence, cet épisode fait très fort. L'aventure solo de Rick se transforme progressivement en manifestation de sa profonde solitude. Plutôt que de se résigner à ressasser ses acquis humoristiques, le show tâte le terrain pour une vraie évolution dans le traitement de ses héros. On voit rarement ça dans le domaine de l'animation pour adultes américaine, où chacun correspond à sa fonction parodique.

Le dernier plan, résumant parfaitement cet éclairage apporté à la personnalité du scientifique pas si imperturbable, prend en traitre. Un coup de génie qui clôture également une saison plus audacieuse qu'on pourrait le croire.

 

photoUn roi sans divertissement

 

L'ÉPISODE DE LA CUVE D'ACIDE (S04E08)

Ça raconte quoi : Tout part d'une idée plutôt naze, Rick veut fuir une bande de mafieux en se jetant avec Morty dans une fausse cuve d'acide. Une fois sortis d'affaire, les protagonistes ont un débat sur l'ingéniosité de cette idée, cela nous mène à une histoire dans laquelle Morty possède une télécommande lui permettant de revenir à sa dernière sauvegarde faite dans la vraie vie.

Pourquoi c'est génial : Les scénaristes se sont juste demandé pourquoi tant de films des années 1980 ont tué des personnages dans des cuves d'acide. Toute l'intrigue tient sur cinq minutes, le réalisateur Jacob Hair s'est inspiré du livre Les Survivants de Piers Paul Read pour rallonger l'épisode. Grâce à son pouvoir de sauvegarde, Morty rencontre une fille avec qui il tombe amoureux et entame une relation très sérieuse. Cet amour connaît des hauts et des bas, il est mis à l'épreuve lorsque les amoureux partent en voyage. Leur avion s'écrase dans des montagnes où le couple devra apprendre à survivre pendant plusieurs mois. Cette partie ne contient aucun dialogue.

 

Vat of AcidOn fait tout comme le Joker

 

Ce qui est terrible, c'est qu'on sait pertinemment que cette relation entre Morty et sa copine cessera d'exister avant la fin de l'épisode. On a parfois envie qu'elle n'ait jamais eu lieu, puis on se réjouit de son existence, mais rien n'y fait, Rick a une longueur d'avance sur tout le monde. Et depuis quatre saisons, on s'habitue à ce que certains éléments du scénario soient vains dans Rick et Morty, Adult Swim aime bien jouer avec nos sentiments.

Il s'agit d'un énième "Je te l'avais bien dit" de Rick envers Morty. Mais cette fois, le scientifique alcoolique va très loin pour étayer son propos et surtout, pour avoir raison. On y retrouve un peu le plan machiavélique d'Eric Cartman dans l'épisode Scott Tenorman doit mourir de la saison 5 de South Park. Quoi qu'il en soit, cet épisode est relativement brillant, tout comme le reste de cette saison 4.

 

photo

commentaires

Miami81
23/06/2020 à 12:28

Je suis étonné que vous mettiez tant d'épisodes de la saison 4. Je pense qu'elle n'en mérite pas tant.
Perso, j'ai une préférence pour total rickfall (S02 Ep04) comme Jamescr sur les parasites.

Pseudo
23/06/2020 à 00:48

Série sympa comme archer, adventure time et plein d'autres etc

franck05
22/06/2020 à 11:13

le meilleur est passé visiblement quand on voit la saison 4, l'épisode dans le monde de la batterie du vaisseau pendant que Sommer est enfermée dans celui ci est très drôle

Jamescr2
22/06/2020 à 10:55

C'est aussi mon préféré

Jamescr
22/06/2020 à 10:04

Mon favori reste l'épisode où des parasites implémentent des souvenirs heureux pour faire croire qu'ils existent en tant que membre de la famille.

Entre Mr Boîte À Caca et Mme Frigo, j'adore.

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