Séries

Love, Death & Robots : le premier ratage total de David Fincher ?

Par Simon Riaux
21 mars 2019
MAJ : 21 mai 2024
113 commentaires

David Fincher s’est associé au réalisateur de Deadpool pour lancer une série de science-fiction unique et provocatrice. Que vaut ce Love, Death & Robots ?

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À l’heure où les projets d’anthologies se multiplient, voir David Fincher et Tim Miller chapeauter une collection de courts-métrages de science-fiction était particulièrement alléchant. Love, Death & Robots se présente donc comme une collection de dix-huit histoires courtes, rassemblées sous le pavillon Netflix.

 

photo« Lucky 13 »

 

LES CREATURES DE L’ESPRIT

Sur le papier, tout était réuni : un réalisateur surdoué et prestigieux, un spécialiste des effets spéciaux déjà passé derrière la caméra (pour Deadpool) et rompu à l’impertinence, oeuvrant pour un géant du streaming doté d’une assise financière l’autorisant à produire confortablement des projets audacieux. Malheureusement, si le résultat se voudrait une résurrection punk de l’esprit Metal Hurlant, le résultat tient plutôt du mauvais trip potache.

Pourtant, le premier contact avec Love, Death & Robots semble prometteur, tant le court-métrage L’Avantage de Sonnie se pare d’atour visuellement éclatants. Récit en image de synthèse, dont la direction artistique évoque par endroits celle de la saga Dishonored, il jouit d’un niveau de finition et d’une finesse de rendu plus qu’appréciable. Les propositions suivantes s’avèrent majoritairement satisfaisantes sur le plan technique, malgré quelques choix discutables.

 

photo« Good Hunting »

 

Si les segments animés sont presque tous variés et enchanteurs pour la rétine, on s’étonne (et on regrette) du nombre de propositions qui cèdent à la tentation du photoréalisme. Le résultat a beau être régulièrement saisissant, il condamne fatalement beaucoup de ces récits à se ressembler, en plus de convoquer régulièrement le fantôme de la Vallée de l’Etrange. Ainsi, et malgré une poignée de trouvailles, quelques très impressionnantes compositions, un sentiment de monotonie s’installe rapidement.

Sentiment d’autant plus regrettable que quasiment tous les épisodes essayant de s’extraire de cette équation « réaliste » proposent des univers plutôt attrayants, ou à tout le moins bénéficiant d’un minimum de singularité. Il faudra néanmoins nuancer ce constat, les intrigues humoristiques bénéficiant clairement de moyens (ou de techniciens) très inférieurs aux récits plus ambitieux en termes de spectacle. Un constat qui n’handicape que modérément des créations comme Three Robots, mais souligne cruellement l’écriture fainéante de certains autres, comme Alternate Histories.

 

photo « Sucker of souls »

 

FINAL PITRERIE

Le véritable problème de l’anthologie provient de l’inconsistance de son écriture. En l’état, difficile de croire que quelqu’un a passé plus de sept minutes à rédiger la plupart des épisodes, tant ceux-ci se contentent de recycler paresseusement d’énormes clichés et situations vus mille fois ailleurs et autrement mieux traités. Love, Death & Robots va même jusqu’à proposer des récits invraisemblablement similaires, dans leur construction, voire leurs twists.

Ainsi, au moins deux courts-métrages se focalisent, sans une once d’originalité, sur des vagues de monstres à repousser, comme si regarder de gros bourrins flinguant à tout va de l’alien générique était le summum de la créativité en matière de SF.

 

photo« Ice Age »

 

Malheureusement, la série ne se contente pas d’aligner les vignettes scénaristiquement indigentes mais techniquement maîtrisées, et va jusqu’à renier progressivement sa promesse initiale. Annoncé comme un projet remuant, provocateur et un poil subversif, Love, Death & Robots ressemble au rêve humide d’un adolescent des années 90.

Gros bœufs surarmés accompagnés de petites pépées à la cuisse hospitalière, personnages féminins vachement plus à l’aise avec l’exhibitionnisme que les équations quantiques, gore jamais justifié… Passé une demi-douzaine d’épisodes, on s’attend à entendre les auteurs péter et décapsuler une bière en guise de générique.

Au-delà de l’épaisseur thématique, c’est bien la quasi-uniformité de l’ensemble qui pose problème. Avec 18 chapitres au programme, il y avait de quoi varier les sensibilités et proposer aussi bien des délires de bourrin que des explorations un peu plus originales. Las, hormis Good Hunting et Zima Blue (plaisants mais en rien révolutionnaires) on a beaucoup de mal à trouver des récits qui ne relèvent pas de la cinématique de jeu vidéo luxueuse et vaine.

 

photoThe Witness

 

Agacement suprême, ce best-of des stéréotypes les plus dépassés de la SF se paie même le luxe de passer parfois tout près de la sévère redite, voire du plagiat pur et simple. Ainsi, difficile de ne pas voir dans Ice Age un pompage grossier de certains courts développés par le studio O.A.T.S. de Neill Blomkamp (dont l’originalité n’était déjà pas l’atout premier). Il en va de même pour quantité de créations, qui se contentent de singer ici un jeu connu, là d’apposer un twist ultra-prévisible à un concept foireux.

Love, Death & Robots est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 15 mars.

 

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Jojo

Pas encore vu mais j’ai eu de très écho donc je verrai bien !

Hérolde

ouais, tout ça est trop facile, comme Weird City, du gaspillage !

Clark

Un pur régale cette mini série j ai adorer mention spéciale pour l épisode d hitler mdr

Le Waw

Pour moi hommage suprême à Metal Hurklant (le plus beau depuis l’épisode du Cheesing dans « South Park) et magnifique catalogue de techniques numériques qui m’ont laissés pantois. Alors certes ce n’est pas bien fin, mais vraiment cool.

Ecriture inconsistante oui, mais relisez vos « Metal Hurlant » c’était pas mieux. Alors certes c’est toujours aussi mysogine et c’est peu être le seul élément qui m’a fait chier.

top

Ils ne brillent certainement pas par leur finesse on est d’accord. Mais je me permet de sortir tout de même Good Hunting du tas : de l’animation, à l’univers aux personnages, il est ce que j’ai vu de plus beau dans l’animation ces dernières années.