Rick et Morty saison 5 épisode 2 : l'attaque des clones

Mathieu Jaborska | 28 juin 2021
1
photo

On voulait passer un lundi tranquille, mais Rick et Morty revient nous casser le cerveau avec ses concepts tordus.

Vous avez eu un week-end mouvementé ? Ce n'est pas Rick et Morty qui va atténuer votre gueule de bois. Sans prévenir, cette saison 5 nous livre dès son deuxième chapitre un des épisodes-concept caractéristiques de la série. Au menu, une "cascade d'Asimov", terme probablement inventé par les scénaristes pour qualifier une interminable bataille de leurres devenus incontrôlables. Attention mini-spoilers !

 

photoRick prend la grosse tête

 

I, robot

La référence à l'auteur de Fondation n'est pas anodine. Ponte de la science-fiction moderne, Asimov est assurément une immense influence pour Justin Roiland et Dan Harmon, lui et la rigueur jusqu'au-boutiste de son oeuvre. Son célébrissime cycle des robots s'appuie sur un principe simple : l'énonciation de règles précises préalables, puis l'application desdites règles dans une myriade de situations, éprouvant leurs limites. Si les aventures du papy alcoolique et de son petit fils naïf se sont souvent calquées sur cette structure, cet épisode à tiroirs l'applique à la lettre, tout en prenant soin, comme d'habitude, de la pervertir un peu.

Ainsi, il n'est pas question d'énoncer les fameuses règles de la robotique, censées prémunir l'humanité d'une prise de conscience des machines, mais bien d'étudier les répercussions de leur transgression. Quand les leurres se mettent à se faire du mal et à se reproduire entre eux, ils prennent connaissance de leur existence, et se lancent dans une escalade de violence exponentielle. Et on sait à quel point les auteurs de Rick et Morty aiment les escalades de violence exponentielles.

 

photoRick vs Rick vs Rick vs Rick...

 

Étrangement, la série n'avait jamais trop expérimenté sur ce terrain. Depuis l'arc narratif sur les différentes dimensions, qui avait mené à un point de non-retour dont s'était difficilement extirpée la saison 4, elle s'était calmée sur les versions alternatives, les versions maléfiques ou les versions guerrières. En s'attaquant aussi frontalement à un concept clé de la science-fiction (et assumé en tant que tel par Rick), l'épisode renoue avec les délires casse-têtes qui ont fait la renommée des premières saisons, réinvitant même la Beth spatiale le temps d'un clin d'oeil, sans pour autant se coincer lui-même.

Mes doubles, mon Morty et moi prend donc un malin plaisir à transgresser l'univers bien rangé d'Asimov (on y croise des mutants psychopathes et des débordements gores), tout en lui rendant un hommage sincère. En l'espace de quelques minutes à peine, les dialogues citent trois des plus importants pendants audiovisuels de son héritage : Blade RunnerWestworld et Ex Machina. Voilà qui résume bien les ambitions de l'amoureux de SF qui se cache derrière les voix des deux héros : prouver la richesse impressionnante du genre en martyrisant ses codes.

 

photoJerry, verni

 

A simulation inside a simulation

La construction enchâssée de l'épisode permet également à la série de se livrer à une de ses expériences narratives complexes, placées ponctuellement dans les différentes saisons pour arracher la narration à ses habitudes. À l'époque, ce rôle avait été largement rempli par les géniales explorations du câble inter-dimensionnel, auquel il est d'ailleurs fait référence. Sachant pertinemment que le spectateur sait désormais anticiper leurs modèles narratifs, les scénaristes n'hésitent pas à carrément casser le quatrième mur pour empêcher Jerry de partir dans une sous-intrigue, soit la base des épisodes "classiques".

Au lieu de dérouler les intrigues en parallèle les unes des autres, ils les empilent les unes sur les autres, semant la confusion au passage. Car l'écriture joue très intelligemment sur nos connaissances préalables de l'univers. Alors que l'on considère le génocide méthodique des membres de cette famille comme un énième gag pré-générique, celui-ci va se répliquer lui-même à l'infini. Chaque nouveau Rick sortant vainqueur d'un affrontement entre leurres nous semble le bon... jusqu'à ce qu'il se fasse dessouder par une autre version de lui-même.

 

photoC'est louche

 

Après plus de 4 saisons délirantes, les modalités du monde de Rick et Morty sont assez établies pour être pulvérisées de temps à autre. Et ce nouvel épisode, après un maxi-best of de ses thèmes, ne se gêne pas pour le faire, n'oubliant jamais d'être drôle. S'il semble toujours entretenir un mystère qu'on espère bientôt exploré (on note une nouvelle mention de la fameuse "Diane"), il ne vise plus finalement qu'à se parodier lui-même. Une preuve que les mésaventures du duo se sont elles-mêmes hissées au pinacle de la science-fiction contemporaine.

Non contente de salir respectueusement de grandes références de la science-fiction, la série continue de se corrompre elle-même après le trip méta qui ouvrait la seconde partie de la saison 4. Alors que l'amusante dernière séquence réduit une fois de plus cette cacophonie conceptuelle à l'anecdotique, on se dit que cette guerre civile des clones laisse entrevoir le meilleur pour la suite.

Un nouvel épisode de la saison 5 de Rick et Morty chaque lundi sur Adult Swim via Molotov en France dès le 21 juin 2021

 

affiche

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
commentaires lecteurs votre commentaire !
Lame
30/06/2021 à 20:10

So lame

votre commentaire