True Detective Saison 3 Episode 1 : allons enfants de la tuerie

Simon Riaux | 14 janvier 2019 - MAJ : 14/01/2019 13:27
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photo, Mahershala Ali

Série instantanément portée aux nues avant d’être maudite par une partie de ses spectateurs à l’issue de sa deuxième saison, l’avenir de True Detective a longtemps semblé incertain. Que vaut donc le premier épisode de sa troisième saison.

ATTENTION (petits) SPOILERS

 

photo, True Detective saison 3 Mahershala Ali

 

OZARKS CITOYENS 

En moins de trois minutes, s’entremêlent trois temporalités. 1980, alors que deux enfants à vélo s’apprêtent à disparaître ; 1990 alors que le détective Wayne Hays est prié de participer à la réouverture du dossier d’enquête ; et de nos jours, alors que le même Wayne à la mémoire manifestement vacillante se prépare à une interview, consacrée à cette même affaire, grâce au mémo vocal enregistré par ses soins la veille, afin de lui éviter toute désorientation trop violente.

Dès cette ouverture extrêmement sobre, apparaît une des idées centrales de cette saison. Le héros interprété par Mahershala Ali a le cerveau en compote, et alors que sa mémoire se délite, c’est tout le fil du récit qui s’en voit altéré, comme le révèlent le premier dialogue, où Jeremy Saulnier instaure rapidement le doute sur le morcellement de la narration, où les répliques fusent, comme pour déchirer la temporalité.

 

photo, Mahershala Ali, Carmen Ejogo Mahershala Ali et Carmen Ejogo

 

Et comme va le dévoiler l’ensemble de ce premier épisode, le système adopté par Nic Pizzolatto et le réalisateur Jeremy Saulnier va s’atteler à un jeu particulièrement vicieux et ludique avec le spectateur. D’un côté, nous suivons le déroulé d’une investigation entamée après la disparition de deux enfants, de manière très procédurale, tout en constatant en permanence que sa principale zone d’ombre en est le narrateur, manifestement désireux d’en oublier les secrets insondables.

Ainsi, c’est en permanence tout le déroulé scénaristique qui est soumis à un questionnement, à la fois des personnages eux-mêmes, et enfin du spectateur, qui se demande s’il peut ou doit douter de ce qui apparaît à l’écran. Souvenir ? Fantasme ? Mensonge ?

 

SURPRISE SURPRISE

Parmi les excellentes idées de ce premier épisode, on comptera le cliffhanger qui conclut ce chapitre introductif, lequel permet de déplacer l'intrigue sur un terrain bien différent des deux saisons précédentes. Serial killer pour la première, scandale politique pour la deuxième, ici, nous avons affaire à un tout autre type d’énigme, qui vise à bien autre chose qu’identifier un meurtrier, puisque la révélation finale remet en cause l’objet même de l’enquête.

 

photo, Mahershala Ali, Stephen Dorff Stephen Dorff et Mahershala Ali

 

L’autre jolie promesse nous provient du personnage de Carmen Ejogo, enseignante au sein de la petite communauté des Ozarks endeuillée par l’affaire qui intéresse nos True Detective. Nous découvrons dès les premières minutes qu’elle est devenue l’épouse de Wayne, mais surtout qu’elle a écrit un livre consacré à l’investigation, qui a marqué l’enquête, ses lecteurs et son époux, dont le contenu semble problématique.

Ainsi, une part des questionnements et des rebondissements devraient logiquement concerner cette femme au charisme impressionnant, et permettre à la série de sortir de la stricte logique policière. Gageons que le scénario en aura bien besoin, car manifestement, sa partie procédurale ne sera pas la plus intense.

 

photo Un des grands points d'interrogation du récit

 

MEME SHOWRUNNER JOUE ENCORE

En effet, certains y verront peut-être une qualité, mais le choix d’inscrire à plusieurs niveaux cette saison trois de True Detective dans le pas de la toute première pose quelques soucis. Premièrement, la relation entre Mahershala Ali et son co-équipier Stephen Dorff paraît pour le moment très mécanique, voire franchement artificielle. On voit évidemment comment l’intrigue entend nous la jouer comme au temps de McConaughey et Woody Harrelson, mais pour le moment, on s’en moque un peu.

De même, on sent bien avec quelle épaisseur ce premier chapitre se doit de nous étaler sous les yeux des suspects potentiels, de possibles et fausses pistes, ainsi que la myriade de détails qui ne prendront sens qu’au fil des rebondissements. Il s’agit bien sûr d’un passage obligé, mais pour le moment, Nic Pizzolatto a encore du mal à agencer tout cela naturellement.

 

photo De quoi se souvient véritablement Wayne ?

 

Ce sentiment de pilotage automatique se sent d’ailleurs par moment jusque dans la photographie, qui a tendance à surligner un tantinet trop brutalement les ambiances, comme si soudain, le showrunner et ses équipes ne faisaient plus totalement confiance à leur formidable décor. La nature écorchée de l’Arkansas offre pourtant à la série un décorum idéal pour traiter de morcellement humain et mental, d’une absence criminelle et insoluble.

Le premier épisode de True Detective fait indiscutablement le job, et installe une atmosphère aussi prometteuse que riche. Mais pour le moment, c’est bien plus dans ses surprises et particularités que cette saison marque des points, et non dans sa volonté de dupliquer la recette de sa première saison. Espérons que le scénario ne l’oublie pas en cours de route.

La saison 3 est diffusée sur OCS chaque lundi à 21h sur OCS City.

Notre critique des cinq premiers épisodes est à retrouver ici.

 

Affiche

commentaires lecteurs votre commentaire !

Olivier637
14/01/2019 à 14:05

Ah au temps pour moi :)

Simon Riaux - Rédaction
14/01/2019 à 13:50

@Olivier637

On a déjà fait un papier sur les 5 premiers épisodes, et on les a reçus il y a 3 semaines environ.

https://www.ecranlarge.com/series/dossier/1050672-true-detective-saison-3-on-a-vu-les-cinq-premiers-episodes-de-la-nouvelle-enquete-de-hbo

Olivier637
14/01/2019 à 13:34

Rapide Mr Riaux, il vient juste d'être diffusé.

Respect.

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