Game of Thrones – saison 8 épisode 2 : Winter is boring

Par Simon Riaux
22 avril 2019
MAJ : 21 mai 2024
33 commentaires
photo, Nikolaj Coster-Waldau

Innombrables intrigues, personnages par dizaines et apocalypse guerrière en approche, le programme de Game of Thrones saison 8 est un défi  homérique pour HBO. Après un season premiere qui jouait clairement la carte de la sécurité, Westeros s’embrase-t-il enfin ?

ATTENTION SPOILERS

 

photo, Isaac Hempstead WrightUn épisode à regarder au coin du feu

 

L’ENNUI ARRIVE

Comme à son habitude, Game of Thrones avait entamé sa nouvelle  saison par un chapitre introductif plutôt brouillon, pauvre en informations ou en évènements marquants. Une faiblesse pardonnée avec d’autant plus de facilité qu’il aura fallu attendre deux ans pour retrouver Westeros, et que nous rafraîchir la mémoire n’était peut-être pas un luxe. Cette ultime réunion s’annonçant comme follement riche, il nous tardait de plonger dans l’ultime bataille pour le Trône de Fer.

Par conséquent, on est particulièrement surpris de voir le show nous servir un nouveau mille-feuille tiède et rigide, qui repousse encore et toujours des évènements annoncés depuis des plombes, les conséquences de révélations anciennes, mais surtout, le spectacle. Que la série choisisse de se focaliser sur ses personnages, qu’elle entende délayer les séquences amples, planque ses dragons, ou attende le dernier moment pour son grand massacre,  pourquoi pas, mais en l’état, on voit mal ce qui a pu engendrer une gestation si longue et complexe au vu des deux épisodes déjà diffusés (soit un tiers de la saison).

 

photoNon ais bon, c’est joli hein

 

En effet, après avoir “libéré” les Marcheurs blancs, passé tout un season premiere à nous vendre de la confrontation mortelle au Nord et à laisser bavasser tous les personnages… David Benioff et D.B. Weiss nous rejouent l’exacte même sauce, se contentant  d’arpenter les couloirs de Winterfell où s’enchaînent les dialogues poussifs au coin du feu.

 

LES MARCHEURS LENTS

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la perspective d’une mort certaine ne rend pas nos personnages plus intelligents. Absolument tous les clichés du danger existentiel imminent sont convoqués. De la fornication de réconfort, en passant par la beuverie  virile, jusqu’aux démonstrations de courage à base de “laissez-mouah aller en première ligneuuuuu”, rien ne nous est épargné.

 

photo, Peter DinklageGrand cru ou grosse piquette qui tâche ?

 

Si ces épisodes lourdauds bénéficiaient du même soin d’écriture que  les deux premières saisons du show, au moins aurions-nous droit à quelques glorieux échanges, à de profondes répliques… Mais l’époque des brillantes tirades de Tywin Lannister (Charles Dance) semble définitivement révolue. La plupart des échanges entre héros constipés et seconds couteaux émoussés sont tout bonnement effrayants de banalité. Comment se fait-il que les échanges entre  Jaime (Nikolaj Coster-Waldau) et Tyrion (Peter Dinklage) soient expédiés aussi brutalement, quand ils abordent les problématiques de fidélité, de valeurs et d’amour, qui ont malmené, opposés puis réunis ces passionnants anti-héros ?

De même, on comprend mal pourquoi les scénaristes préfèrent multiplier les saynètes superficielles plutôt que concevoir de vraies séquences émotionnellement chargées. Le segment proposait pourtant quantité de possibilités très fortes, à peine effleurées ici. Le  procès de Jaime, ses retrouvailles avec Bran, le face-à-face entre Sansa et sa nouvelle concurrente symbolique, la confrontation entre Jon et Daenerys… Toutes ces étapes passionnantes se voient effleurées, “résolues” en une paire de répliques qui paraissent très en dessous des enjeux dramaturgiques établis au cours de 7 saisons qui ont précédé.

 

photo, John Bradley« Et la bise à tata hein. »

 

Signe de la faiblesse de l’ensemble, Game of Thrones paraît avoir bien du mal à échapper à sa propre caricature. En témoigne le traitement de Tormund, définitivement renvoyé au rang de ressort comique bourrin, qu’on jurerait sorti des Visiteurs, quand il raconte comment il téta une géante, mange comme un porc, ou dragouille Brienne. Rien de tout cela n’est désagréable, mais le sentiment d’assister à un affaiblissement de l’ensemble prédomine largement.

 

GUERRE FROIDE

Heureusement, tout n’est pas à jeter dans ce chapitre. Les acteurs ont depuis longtemps montré combien ils maîtrisent leurs personnages et la tonalité de la série. Ainsi, même Ser Davos, condamné à répéter de scène en scène combien il est inapte au combat, impose un charisme singulier, quand il suffit à Sandor Clegane de deux répliques creuses pour rappeler le poids émotionnel que charrie son personnage. Il en va bien sûr de même pour Jaime et Brienne, qui offrent à l’épisode son passage le plus touchant, alors que le chevalier Lannister boucle tout à fait son parcours humain en faisant de celle qui a mis son sens de l’honneur à rude épreuve une chevalière à part entière.

 

photoUne bien belle scène

 

De même, Arya (Maisie Williams) parvient, en dépit d’un parcours tristement prévisible et programmatique, à insuffler une énergie sans cesse renouvelée à sa destinée. Une tension entre banalité de l’écriture et qualité de l’exécution qui symbolise bien les soucis de ce deuxième segment.

De même, pour les amoureux de la saga, passer tout un épisode dans les arcanes de Winterfell, dont on ne sait pas s’il survivra à l’affrontement avec les Marcheurs Blancs, aura de quoi ravir. Pour les fétichistes de la direction artistique, ce sont autant de petits détails, de festivals d’armures et autres fourrures au vent, qui seront offertes à la manière d’un festin.

 

photoPendant ce temps, Sansa parfait son cosplay d’ Hellraiser

 

Enfin, le dernier motif de satisfaction de cet épisode 2 s’avère paradoxal, mais bien réel. Quand il s’achève, dévoilant l’arrivée des Marcheurs Blancs aux portes de Winterfell, il semble clair que Game of Thrones ne peut plus reculer. Après une telle brochette de dialogues mécaniques, autant de retrouvailles de principe, un si grand nombre de relations “mises à jour”, les scénaristes sont condamnés à briser leurs jouets, les éprouver. Clairement, la série est condamnée à sortir ses doigts et mettre ses tripes sur la table.

Et quand bien même elle aurait dû s’y atteler beaucoup plus tôt pour préserver son intensité et ne pas gâcher sa formidable promesse, l’avènement d’une guerre si longtemps attendue demeure un motif de satisfaction, ou à tout le moins d’excitation.

 

photo« Bon on leur  dit qu’il ne se passe rien non plus dans le prochain épisode ? »

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menemen

épisode: « the deep breath before the plunge »

parfait

M1pats

Épisode prévisible, le calme avant la tempête, ni déçu ni surpris, je m attendais a cela

Andrew Van

Oui c’était une avalanche de clichés chiants sans la moindre forme d’originalité… Cependant, la suite s’annonce bien plus intéressante, enfin espérons le !

Max

C’est bien poussif la reprise ; un choix étonnant pour une si courte saison attendue depuis deux ans.

zetagundam

Attendez vous à passer la majorité de l’épisode 3, qui sera ronronnant comme l’épisode 2, à Port-Réal mais entrecoupé de quelques escarmouches