Game of Thrones - saison 8 épisode 2 : Winter is boring

Simon Riaux | 22 avril 2019 - MAJ : 22/04/2019 14:53
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photo, Nikolaj Coster-Waldau

Innombrables intrigues, personnages par dizaines et apocalypse guerrière en approche, le programme de Game of Thrones saison 8 est un défi  homérique pour HBO. Après un season premiere qui jouait clairement la carte de la sécurité, Westeros s'embrase-t-il enfin ?

ATTENTION SPOILERS

 

photo, Isaac Hempstead WrightUn épisode à regarder au coin du feu

 

L’ENNUI ARRIVE

Comme à son habitude, Game of Thrones avait entamé sa nouvelle  saison par un chapitre introductif plutôt brouillon, pauvre en informations ou en évènements marquants. Une faiblesse pardonnée avec d’autant plus de facilité qu’il aura fallu attendre deux ans pour retrouver Westeros, et que nous rafraîchir la mémoire n’était peut-être pas un luxe. Cette ultime réunion s’annonçant comme follement riche, il nous tardait de plonger dans l’ultime bataille pour le Trône de Fer.

Par conséquent, on est particulièrement surpris de voir le show nous servir un nouveau mille-feuille tiède et rigide, qui repousse encore et toujours des évènements annoncés depuis des plombes, les conséquences de révélations anciennes, mais surtout, le spectacle. Que la série choisisse de se focaliser sur ses personnages, qu’elle entende délayer les séquences amples, planque ses dragons, ou attende le dernier moment pour son grand massacre,  pourquoi pas, mais en l’état, on voit mal ce qui a pu engendrer une gestation si longue et complexe au vu des deux épisodes déjà diffusés (soit un tiers de la saison).

 

photoNon ais bon, c'est joli hein

 

En effet, après avoir “libéré” les Marcheurs blancs, passé tout un season premiere à nous vendre de la confrontation mortelle au Nord et à laisser bavasser tous les personnages… David Benioff et D.B. Weiss nous rejouent l’exacte même sauce, se contentant  d’arpenter les couloirs de Winterfell où s’enchaînent les dialogues poussifs au coin du feu.

 

LES MARCHEURS LENTS

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la perspective d’une mort certaine ne rend pas nos personnages plus intelligents. Absolument tous les clichés du danger existentiel imminent sont convoqués. De la fornication de réconfort, en passant par la beuverie  virile, jusqu’aux démonstrations de courage à base de “laissez-mouah aller en première ligneuuuuu”, rien ne nous est épargné.

 

photo, Peter DinklageGrand cru ou grosse piquette qui tâche ?

 

Si ces épisodes lourdauds bénéficiaient du même soin d’écriture que  les deux premières saisons du show, au moins aurions-nous droit à quelques glorieux échanges, à de profondes répliques… Mais l’époque des brillantes tirades de Tywin Lannister (Charles Dance) semble définitivement révolue. La plupart des échanges entre héros constipés et seconds couteaux émoussés sont tout bonnement effrayants de banalité. Comment se fait-il que les échanges entre  Jaime (Nikolaj Coster-Waldau) et Tyrion (Peter Dinklage) soient expédiés aussi brutalement, quand ils abordent les problématiques de fidélité, de valeurs et d'amour, qui ont malmené, opposés puis réunis ces passionnants anti-héros ?

De même, on comprend mal pourquoi les scénaristes préfèrent multiplier les saynètes superficielles plutôt que concevoir de vraies séquences émotionnellement chargées. Le segment proposait pourtant quantité de possibilités très fortes, à peine effleurées ici. Le  procès de Jaime, ses retrouvailles avec Bran, le face-à-face entre Sansa et sa nouvelle concurrente symbolique, la confrontation entre Jon et Daenerys… Toutes ces étapes passionnantes se voient effleurées, “résolues” en une paire de répliques qui paraissent très en dessous des enjeux dramaturgiques établis au cours de 7 saisons qui ont précédé.

 

photo, John Bradley"Et la bise à tata hein."

 

Signe de la faiblesse de l’ensemble, Game of Thrones paraît avoir bien du mal à échapper à sa propre caricature. En témoigne le traitement de Tormund, définitivement renvoyé au rang de ressort comique bourrin, qu’on jurerait sorti des Visiteurs, quand il raconte comment il téta une géante, mange comme un porc, ou dragouille Brienne. Rien de tout cela n’est désagréable, mais le sentiment d’assister à un affaiblissement de l’ensemble prédomine largement.

 

GUERRE FROIDE

Heureusement, tout n’est pas à jeter dans ce chapitre. Les acteurs ont depuis longtemps montré combien ils maîtrisent leurs personnages et la tonalité de la série. Ainsi, même Ser Davos, condamné à répéter de scène en scène combien il est inapte au combat, impose un charisme singulier, quand il suffit à Sandor Clegane de deux répliques creuses pour rappeler le poids émotionnel que charrie son personnage. Il en va bien sûr de même pour Jaime et Brienne, qui offrent à l’épisode son passage le plus touchant, alors que le chevalier Lannister boucle tout à fait son parcours humain en faisant de celle qui a mis son sens de l’honneur à rude épreuve une chevalière à part entière.

 

photoUne bien belle scène

 

De même, Arya (Maisie Williams) parvient, en dépit d’un parcours tristement prévisible et programmatique, à insuffler une énergie sans cesse renouvelée à sa destinée. Une tension entre banalité de l’écriture et qualité de l’exécution qui symbolise bien les soucis de ce deuxième segment.

De même, pour les amoureux de la saga, passer tout un épisode dans les arcanes de Winterfell, dont on ne sait pas s’il survivra à l’affrontement avec les Marcheurs Blancs, aura de quoi ravir. Pour les fétichistes de la direction artistique, ce sont autant de petits détails, de festivals d’armures et autres fourrures au vent, qui seront offertes à la manière d’un festin.

 

photoPendant ce temps, Sansa parfait son cosplay d' Hellraiser

 

Enfin, le dernier motif de satisfaction de cet épisode 2 s’avère paradoxal, mais bien réel. Quand il s’achève, dévoilant l’arrivée des Marcheurs Blancs aux portes de Winterfell, il semble clair que Game of Thrones ne peut plus reculer. Après une telle brochette de dialogues mécaniques, autant de retrouvailles de principe, un si grand nombre de relations “mises à jour”, les scénaristes sont condamnés à briser leurs jouets, les éprouver. Clairement, la série est condamnée à sortir ses doigts et mettre ses tripes sur la table.

Et quand bien même elle aurait dû s’y atteler beaucoup plus tôt pour préserver son intensité et ne pas gâcher sa formidable promesse, l’avènement d’une guerre si longtemps attendue demeure un motif de satisfaction, ou à tout le moins d'excitation.

 

photo"Bon on leur  dit qu'il ne se passe rien non plus dans le prochain épisode ?"

commentaires lecteurs votre commentaire !

Jean (blanche) neige
28/04/2019 à 01:30

Bonne analyse, je valide.

Pour ou contre ? Bref

Analyse d’une œuvre littéraire, TWOW au passage, qui n’existe pas encore à ce jour car toujours en cours d’écriture.. C’est FOU
**Spoil **

La Spirale du NightKing symbolise la descente (les marches) dans les Cryptes de Winterfell.. c’est la clé

éteins ton écran, prend un bouquin..

« moi je dis Patience. » »
-Obiwan-Kenobi-

nicocof
24/04/2019 à 10:24

Hello à tous,

Je suis plutôt en accord avec cette critique,

Les retrouvailles, les révélations, les confrontations tout ça pas de soucis, on les attends depuis longtemps. Mais y a tellement de personnage et de scène à faire qu'il aurait fallu beaucoup plus étirer tout ça.
Comme le souligne la critique, beaucoup d'évènements de cet épisode aurait pu être la révélation forte d'un seul et unique épisode. Des scènes attendues depuis longtemps sont évacuées par 2 lignes de dialogue, cela ne fait pas trop GOT.
Un exemple, voir Bran et Jaimie traités en 2 minutes par 2 pauvres lignes de dialogues sans saveur... Toutes les situations de l'épisode sont comme ça!

Enfin, ils sont tellement tous à dire qu'ils vont tous mourir en rigolant que j'ai sérieusement perdu en empathie avec tous les personnages, Où est passé la tonalité dramatique et sérieuse, ainsi que les réparties subtiles pour équilibrer le tout?
Maintenant, la mort ou la survie a perdu un peu en intérêt. Tout simplement parce qu'à avoir expédié tous ce qui aurait du être des scènes fortes, les personnages m'apparaissent plus factices aujourd'hui.

J'espère que le côté dramatique et la tonalité grave seront de retour. Et surtout qu'ils seront prendre plus de temps pour donner de l'épaisseur à des moments qu'on attend depuis longtemps.
Si GOT se donne plus de temps dans ces scènes, je suis sûr que les dialogues peuvent regagner en subtilité et raviver de l'empathie perdue pour les personnages. Et vue la durée des épisodes futurs annoncés, j'ai envi d'y croire.

Nicolas

Andarioch
24/04/2019 à 01:22

Bah! Même pas fini de lire les commentaires. Le niveau baisse, et je ne parle pas de celui de la série.
Chiant?
D'abord la veillée d'arme est un passage obligatoire avant la bataille. Et il y a une raison à cela. Plusieurs en fait. Refaire une dernière fois le tour des personnages histoire qu'on n'oublie pas pourquoi on les aime. Mettre une dernière fois l'accent sur leurs interactions. Quand ils auront cané, ce sera trop tard. Offrir une respiration salutaire avant de se taper le combat en apnée. Bref mettre tout en ordre, en place, pour que la suite n'en soit que meilleure. On est sur une série, b...l, on peut, on doit consacrer du temps à humaniser ses personnages. Sinon autant se mater un match de catch: ça dérouille d'emblée et on peut crier bouhou ou vazy selon la couleur du costume des protagonistes comme un bon vieux bourrin décérébré.

Damrax
23/04/2019 à 23:52

Heu, personne n'en parle.... personne n'a vu la grosse incohérence de malade !!!
Personne parle du dragon de glace !!!!!
Quand Tormund et Beric arrivent à Winterfell, ils ne parlent à aucun moment du dragon de glace. Stupide !
Après la pirouette scénaristique sur les éléphants (ce qui peut encore passer), de faire un oublie de taille pour la préparation de la bataille est navrant.

jay jay
23/04/2019 à 23:11

2 ans d'écriture pour déjà 2 épisodes vides de tout enjeu un poil excitant: je suis pas sûr que TWD fasse moins bien. Et c'est pas 2/3 épisodes de pure baston à venir qui rattraperont le show pour moi. Il n'y a effectivement rien à adapter et ça se voit. Quoi qu'il arrive cette saison manquera d'homogénéité.

Haildé
23/04/2019 à 22:24

Critique bien trop dure de l'épisode. Je suis écrivain et scénariste. J'aurai fait exactement la même chose que la série. Cela fait 8 saisons et 10 années que nous sommes en compagnie de ces personnages. Il était important de les revoir tous une dernière fois, de remettre en place les liens, de replacer les contextes, de vivre une montée en tension de la dernière nuit qui est aussi la dernière saison que nous passons avec ce qu'il convient de dire des " amis d'histoire". Qui n'a pas refermé un livre avec ce pincement au cœur d'avoir fini ? La semaine prochaine, il y'aura des pertes j'imagine, petites et grosses. Alors non "le critique qui s'essaye à la fiction" est passé bien à côté de la nécessité et de la substance de cet épisode qui apportait ce moment de tension et d'émotion avant la chute entamée la semaine prochaine. Alors oui, il y'a des erreurs de choix de narration, comme la révélation de Jon ou le passage d'Arya, mais nous y sommes habitués depuis 3 saisons maintenant, depuis que la série a dépassé les livres et que Martin n'est plus derrière. Bref à l'encontre complet de la critique. Episode intéressant en ce sens qu'il représente le dernier de la série avec les héros ensemble et en paix. Un dernier tour d'honneur pour le spectateur avant l'hécatombe.

tom's
23/04/2019 à 18:01

la force d'un auteur c'est de contourner les clichés hors la scène du feu de cheminée et le moment hyper prévisible ou Arya veut perdre sa virginité es tellement déja vu que tu vois le truc venir a des klms ca sent la fin qui va se résumer a un énorme épisode divisé en 8

Hérolde
23/04/2019 à 17:55

ouais c'est mou.. La scène au coin du feu est risible...
vivement le prochain, et la fin...

Simon Riaux - Rédaction
23/04/2019 à 16:21

@Oui

Article modéré par un type qui s'essaie à l'écriture de fiction.

Oui
23/04/2019 à 15:15

Article hyper dur écrit par un type qui apriori ne s’est jamais exercé à l’écriture de fiction.
L’épisode deux bouclait des arcs narratif importants, créant ainsi des problématiques folles.
Et bordel si vous n’avez pas ému devant cet épisode, je sais pas comment vous avez regardez la série ! Sans cœur probablement ^^

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