Clarice sur Salto : sans Hannibal Lecter, que vaut Clarice Starling ?

Geoffrey Crété | 16 février 2021 - MAJ : 16/02/2021 13:55
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photo, Rebecca Breeds

Après Hannibal Lecter, c'est autour de Clarice Starling d'avoir droit à sa propre série, sobrement intitulée Clarice.

Imaginé par l'écrivain Thomas Harris en 1981, Hannibal Lecter, le cannibale gourmet, est au menu des cauchemars de bien du monde depuis quelques décennies. Rien de plus normal : il est au coeur de cinq films (Le Sixième Sens, Le Silence des agneaux, Hannibal, Dragon Rouge et Hannibal Lecter : Les origines du mal) et une série annulée bien trop tôt.

Pour la première fois, et après avoir été incarné par quatre acteurs, il laisse sa place à une autre figure majeure des romans de Thomas Harris : Clarice Starling. Interprétée par Jodie Foster et Julianne Moore au cinéma, elle revient par la case série, sous les traits de Rebecca Breeds. Sobrement intitulée Clarice, la création de Jenny Lumet (scénariste de Rachel se marie) et Alex Kurtzman, avec Elizabeth Klaviter en showrunner, vaut-elle le détour ?

 

photo, Jodie FosterAllo, c'est toi dans le futur, sur le petit écran

 

CLARICE STAR-LING

Le titre de l'épisode (The Silence is Over) était clair, et les premières minutes encore plus : la série Clarice existe dans l'ombre du Silence des agneaux. L'histoire retrouve Clarice Starling un an après l'affaire Buffalo Bill, qui s'est conclue par la mort du tueur en série, et la libération de Catherine Martin. Un an après cette première enquête traumatisante, qui a permis à cette jeune agente du FBI en formation de s'imposer, contre toute attente. Un an après sa rencontre avec Hannibal Lecter, le grand absent de ce premier épisode.

Le cannibale n'est même pas nommé, simplement évoqué au détour d'un dialogue. D'abord pour des questions de droits, partagés entre MGM et Dino De Laurentiis Company ; CBS a les droits du roman Le Silence des agneaux, mais comme Lecter vient d'abord de Dragon rouge, il est hors d'atteinte. Mais surtout parce que cette série s'appelle Clarice, et c'est elle le sujet.

 

photo, Rebecca BreedsClarice version 2021

 

Les belles cinq premières minutes lui sont entièrement dédiées, et encapsulent les enjeux : c'est une femme seule, mais solide, confrontée à une figure d'autorité masculine convaincue qu'il a devant lui une petite fille fragile qui joue à l'adulte. Sa victoire dans l'affaire Buffalo Bill ? Forcément une affaire de chance. Son refus d'être une simple survivante et victime ? Le signe qu'elle va s'écrouler. Son intelligence ? De l'arrogance.

Ce fossé servira de fil conducteur à l'épisode, et vraisemblablement à la série. De son refus d'être catégorisée comme victime, à ses vêtements littéralement trop grands sur le terrain, Clarice avance en territoire hostile, voire miné. Tout sera une question de bataille - pour avoir foi en elle-même, pour se faire entendre, pour trouver sa voix.

Lorsqu'elle se retrouve sur une scène de crime où chaque homme a un rôle clair aux yeux de Paul Krendler (personnage tiré des romans, interprété ici par Michael Cudlitz), elle apparaît comme une totale intruse : c'est une femme, qui endosse avec prudence un rôle qui lui a été assigné pour des raisons politiques, et qui ne porte pas d'étiquette facile. Et si elle semble inadaptée, c'est parce qu'elle refuse de jouer le jeu des puissants (sauf à la demande express d'une femme puissante), chose confirmée dans la conclusion de l'épisode.

 

photoSeule contre tous

 

HANNI-BELLE

Le fantôme du Silence des agneaux plane bien sûr sur cette introduction, qui réutilise et remet en scène images et sons du film culte réalisé par Jonathan Demme. Impossible d'éviter la comparaison, et la série l'assume et l'étale d'emblée, comme pour s'en débarrasser immédiatement. C'est seulement comme ça que Clarice peut avancer. Le passé ne s'est pas envolé, et il attend même littéralement d'être entendu, via le personnage de Catherine Martin, la dernière femme kidnappée par Buffalo Bill que Clarice a sauvée dans Le Silence des agneaux (et incarnée ici par Marnee Carpenter).

Plus étonnant : ce premier épisode convoque aussi la magnifique série Hannibal, créée par Bryan Fuller. Très gros plans, ralentis sur la pluie, travail sur le son et fondus léchés rappellent la mise en scène élégante et extrêmement soignée de la série, diffusée sur NBC entre 2013 et 2015. La découverte d'un cadavre prisonnier des égouts en est la preuve. Et même si Clarice va beaucoup moins loin dans la beauté et la violence, elle semble chercher une identité plus intéressante que la moyenne.

Ainsi, même si ce premier épisode réalisé par Maja Vrvilo (passée sur Star Trek : Discovery, Star Trek : Picard, ou encore Hawaii Five-0) marche sur les plates-bandes de la classique série policière, c'est visuellement plus solide. De simples champs-contrechamps aux choix des décors, en passant par la palette de couleurs, Clarice en a dans le ventre. C'est encore timide, mais c'est de bon augure.

 

photoComme un air de Homecoming

 

Et si la série utilise déjà quelques ficelles pas bien excitantes, que ce soit dans les seconds couteaux (le collègue plus sensible, la copine pratique pour que l'héroïne s'exprime) ou les scènes inévitables (une course-poursuite tout simplement inutile), ce premier épisode est d'une redoutable efficacité.

Au bout de cinq minutes, l'intrigue débarque avec ses gros sabots, en la personne de Ruth Martin (Jayne Atkinson). Au bout de dix, Clarice fixe un cadavre dans les yeux. Au bout de quinze, elle commence déjà à aiguiller l'enquête dans la bonne direction. Clarice met toutes les chances de son côté pour séduire et embarquer, avec un rythme qui tranche avec Hannibal.

 

photo, Rebecca BreedsCoucou, cliché numéro 3

 

JODIE, JULIANNE & REBECCA

Reste la question à mille points : quid de Rebecca Breeds, nouvelle interprète de Clarice Starling ? Difficile de passer après Jodie Foster, oscarisée pour Le Silence des agneaux, et Julianne Moore, qui avait déjà subi la comparaison, mais était elle aussi formidable dans Hannibal. Plus ou moins sortie de nulle part puisqu'elle est apparue dans les séries Pretty Little Liars et Blue Water High : Surf Academy, l'actrice était attendue au tournant, surtout dans le cadre d'un projet obéissant un peu trop aux modes des recyclages de franchise.

Peu importe. Rebecca Breeds s'en sort haut la main. Non seulement elle reprend le rôle avec brio, mais elle accroche tellement vite l'attention qu'elle s'impose comme l'une des raisons de regarder le prochain épisode. Dans les silences comme dans les duels avec le psy ou Krendler, l'actrice est magnétique, alliant la fragilité et la détermination du personnage. Son allure d'éternelle petite fille sied à merveille à Clarice Starling.

 

photo, Rebecca Breeds"Ça fait quoi de passer après deux actrices si énormes ?"

 

C'est d'autant plus intrigant que c'est la première fois que le personnage de Clarice existe hors des romans (elle n'apparaît que dans Le Silence et Hannibal). Tout reste ici à écrire pour combler le vide entre les deux livres bien connus, séparés de sept ans pour Thomas Harris.

La vraie question à la fin de ce premier épisode reste celle de la direction à venir. En allant sur le terrain d'une machination politique, plutôt que d'un tueur en série, Clarice semble vouloir s'extirper de l'univers de Thomas Harris. Pour mieux se démarquer et exister, ou pour malheureusement emprunter les sentiers battus des séries policières ? Affaire(s) à suivre.

Un nouvel épisode de Clarice chaque vendredi sur Salto dès le 12 février 2021

 

Affiche US

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commentaires lecteurs votre commentaire !
dams50
16/02/2021 à 20:00

Il y a beaucoup trop d'éléments de réponse dans ce 1er épisode (de 40 mn seulement) pour que ça en reste là. Je m'attends (mais peut-être serai-je déçu) à qqchose de beaucoup plus tordu pour la suite.

Baretta
16/02/2021 à 17:13

Une série policière réalisé comme un épisode d'esprit criminel.
Les enjeux tombes à plat tout s'enchaîne trop vite. Aucune personnalité la ou hannibal créait sa propre mythologie.
Tout est trop clean et la prestation de l'actrice est faiblarde.
Manque le côté poisseu le rythme lent la mise en scène
Ca sera sûrement annulé. J'en attendait beaucoup je suis déçu rendez nous hannibal.
#restorehannibal

Kyle Reese
16/02/2021 à 15:42

Non aucune de ces images ni le contenu de l’article ne me donne envie de regarder. Ça ressemble effectivement trop à une série policière lambda avec clichés à la clef.
Cette Clarice ne ressemble pas à mes souvenirs des romans et des films.

Maski mask
16/02/2021 à 14:43

Si cette serie est annulée il y a peut-être une chance pour une saison 4 de hannibal car nous Cest ça qu'on veut

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