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Star Wars : Skeleton Crew – critique qui condense tous les problèmes des séries Disney+ 

Par Antoine Desrues
16 janvier 2025

Voir Jon Watts (la trilogie Spider-Man avec Tom Holland) s’approprier Star Wars ne rassurait guère, et encore moins lorsque Skeleton Crew a assumé sa nature de copier-coller des Goonies pour surfer sur l’inspiration d’Amblin et de ses héritiers (Stranger Things en tête). Pourtant, la série Disney+ avait plusieurs arguments pour elle, à commencer par son casting d’enfants balancés dans une galaxie lointaine, très lointaine hostile aux côtés de Jude Law. L’univers de George Lucas avait tout pour retrouver sa magie et son merveilleux, de nouveau perçus par les yeux des plus jeunes. Un potentiel gâché, qui reflète surtout les éternels problèmes des séries Disney+.

Star Wars : Skeleton Crew – critique qui condense tous les problèmes des séries Disney+ © Canva Disney+

Moi, mioche et méchant

Pour le démarrage de Skeleton Crew le 3 décembre 2024, on a eu l’occasion de se pencher avec un peu d’avance sur ses trois premiers épisodes. Malgré notre éternelle curiosité face aux propositions sérielles de Lucasfilm, cette longue introduction a peiné à nous emporter. Comme on a pu le formuler, la démarche de Jon Watts et son producteur Christopher Ford semblait se complaire dans son recyclage de l’héritage d’Amblin (la maison de production de Steven Spielberg), déjà saccagé par Stranger Things et ses héritiers dans un opportunisme qui se mord la queue.

D’un autre côté, il faut reconnaître que ce Goonies saveur Star Wars promettait de remettre au centre de l’équation l’enfance et son rapport au merveilleux, dans un univers de science-fiction de plus en plus vampirisé par des adultes cyniques et incapables de voir leur franchise préférée évoluer en dehors de la trilogie originale.

Pirates des droïdes

Si son premier épisode s’avérait particulièrement grossier dans la caractérisation de ses héros, le quatuor formé par Wim, Fern, Neel et KB (respectivement incarnés par Ravi Cabot-Conyers, Ryan Kiera Armstrong, Robert Timothy Smith et Kyrianna Kratter) se montrait tout de suite charmant, et donnait envie de les suivre dans cette aventure spatiale à base de pirates et de trésor disparu. Hélas, Skeleton Crew rate le coche une fois l’intrigue pleinement lancée, la faute à une évolution des plus programmatiques, symptomatique des soucis d’écriture des séries Disney+.

Ce problème, on l’avait théorisé dès 2023 et la sortie d’Ahsoka dans une vidéo sur la structure taylorisée des séries Marvel et Star Wars. Au-delà de la durée toujours bâtarde des épisodes (comptez entre 30 et 40 minutes dans le cas de Skeleton Crew), les productions coûteuses de la plateforme de streaming se limitent toutes à la rigidité d’un schéma en trois actes réduit au squelette le plus rachitique. C’est d’autant plus gênant dans le cas de Lucasfilm, au vu de l’inspiration inaugurale de Star Wars du côté du Héros aux 1001 visages de Joseph Campbell, et de la théorie de l’écriture mythologique.

L’endormissement de la Force

Ce qui est à la fois amusant et triste, c’est de voir les différents points de cette vidéo s’appliquer à chaque nouveau chapitre de Skeleton Crew. Après un « appel à l’aventure » laborieux dans le premier épisode, le deuxième acte traîne la patte, enchaînant les péripéties jusqu’au fameux low-point de la série (le moment où les personnages s’apprêtent à tout perdre). Si les séries Marvel profitent de ce moment d’introspection et d’évolution pour donner à leur super-héros un nouveau costume, le sixième épisode de Skeleton Crew rend sa troupe d’enfants plus organisée et solidaire dans l’adversité, avant que leur vaisseau spatial ne perde son blindage pour révéler sa véritable forme. Même principe.

Les cases se cochent tellement sans envie qu’elles empêchent le résultat final de trouver sa singularité. Dans l’équilibre précaire de sa progression, Jon Watts et Christopher Ford ont pourtant essayé de sortir du moule au travers de Jod Na Nawood (Jude Law), pirate mielleux et manipulateur qui accompagne nos héros avec une ambivalence morale proche du Long John Silver de L’Île au trésor.

Malheureusement, l’attraction-répulsion que devrait susciter le personnage ne s’incarne jamais à l’écran, puisque la structure cadenassée de son scénario le dilue dans la mixture. Là encore, la tournure des événements déroule ses points de non-retour, et impose logiquement le faux-Jedi en antagoniste, avec quelques répliques dans le grand final pour lui dessiner une vague backstory.

C’est moi le méchant pas si méchant

Squelettique Croûte

C’est au fond toute la tragédie de Skeleton Crew. La série essaye en permanence de défier le manichéisme initial de Star Wars, d’obliger ses jeunes protagonistes à voir le monde en nuances de gris, plutôt qu’en noir et blanc… avant que l’ensemble ne revienne sur des rails bien trop confortables. Cette façon de rentrer dans le rang, d’empêcher l’hétérogénéité, a des airs de fatalité, surtout pour une série qui s’est entourée d’auteurs et d’artisans confirmés pour réaliser ses différents chapitres : David Lowery (A Ghost Story, The Green Knight), les Daniels (Everything Everywhere All At Once), Lee Isaac Chung (Minari, Twisters) ou encore la vétérane Bryce Dallas Howard (The Mandalorian, Le Livre de Boba Fett).

Si ce n’est pour la jolie vision d’une lune dont le ciel est envahi par une planète proche, rien n’intrigue ou ne se distingue dans cet énième amalgame de petites aventures sans conséquence. L’aspect « petit film B du samedi soir » avait du sens dans le cadre de The Mandalorian et de la redécouverte de Star Wars par le prisme de la série télévisée, mais Lucasfilm n’a pas que platement itéré la formule depuis.

Passage à la seconde trop tardif

Là où George Lucas savait tirer de ses enchaînements de péripéties une véritable frénésie, une progression constante qui laissait le temps d’observer les détails de ses mondes et de combler les trous du hors-champ, Skeleton Crew n’en tire qu’un vernis, incapable de prendre à bras le corps le point de vue d’enfants qui n’ont jamais rien connu d’autre que leur planète natale At Attin (on pense à cette superbe idée, honteusement sous-exploitée, de ce spa de l’espace).

Le climax a beau chercher un semblant de conclusion épique et satisfaisant, l’indigestion était déjà consommée depuis plusieurs épisodes. À force de ne s’attarder sur rien, d’abandonner la moindre étincelle d’idée sur le bord de la route, le voyage dépaysant se transforme en encéphalogramme plat. Pourtant – et c’est peut-être le pire –, Skeleton Crew a laissé entrevoir tout du long un potentiel, dans lequel on a voulu croire à chaque épisode. Disney+

Skeleton Crew est disponible en intégralité sur Disney+ depuis le 15 janvier 2025 en France.

Rédacteurs :
Résumé

Trop rarement porté par le sens du merveilleux que demanderait cette aventure à hauteur d’enfant, Skeleton Crew continue de muséifier Star Wars dans une suite d’épisodes mal écrits et mal structurés.

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Commentaires
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bobbymaccrash

Oups *Écran large bien sur ! Comme quoi vous m’avez quand même inspiré !

bobbymaccrash

C’est dommage que la critique de cette série soit faite par un imbécile qui à mon avis se contente de recopier d’autres articles, ou peut-être c’est un enfant de 12 ans. Tu ne l’a pas vue la critique, certes un peu cachée des états Unis ? C’est comme les génies qui ont accusé starship troopers d’être un film fascinant. Quand un auteur intelligent n’est pas compris, ça donne cet article. Pour info, énorme effort de ma part pour rester le plus poli possible. Si tu veux, je peux t’expliquer en mp si tu n’a pas compris de quoi je parle. Créer c’est difficile mais avec toi, qui que tu sois, on perd des séries à cause critiques débiles. The acolyte, pareil, deux ep et c’est jugé. Une œuvre se juge dans son intégralité. Toi, tu écoute l’intro d’un morceau de musique et ça te suffit pour juger tout l’album ??!! Bravo Einstein.
Je te souhaite une bonne année de critiques incompétentes, apparemment cela fait votre succès à numerama. Quoi, j’ai jugé un peu vite ? Et oui c’est l’impression que vous donnez. Allez ciao les 1ers degrés !_!

Helliona

Interesting!

xelacin

Houla, il faut arrêter de trop intellectualiser ses articles comme ça pour une série Star Wars. C’est un « objet », cool, très sympa pour moi (et pourtant j’aime pas trop les films/séries avec enfants). Pas exempt de défauts, mais très agréable à regarder, bien mieux que les autres séries Star Wars, à part l’excellente Andor bien entendu. Enfin c’est mon avis.

udramincatella

C’est surtout une série pour les enfants …au mieux familiale…

Mes filles adorent… elles ont 7 et 11 ans…

garm0

C’est là qu’on se regarde chez Disney et qu’on se dit m.e.r.d.e., on a liquidé l’univers légende au lieu d’utiliser ce que de vrais auteurs Starwars avaient fait vivre sans écran pendant des décennies.
Il suffirait de trouver une actrice au niveau et de teaser Mara Jade et hop, ça cartonnerait.
Mais voilà, tout ce qu’ils ont retenu c’est Thrawn et encore on est loin du personnage d’origine….

Flash

C’est pas avec ce type de produits que je vais reprendre un abonnement chez la sourie.