Un humour aussi noir que sa peste
Si, à la mention de « Florence », vous vous représentez les artistes de la Renaissance ou la ville touristique somptueuse qui a récemment donné le coup d’envoi du tour de France, vous risquez de déchanter. En l’an de grâce 1348, celle-ci est en proie à l’un des pires cataclysmes que l’humanité ait jamais essuyés : la peste noire.
À l’origine, Le Décaméron (le « livre des dix journées ») est un recueil de nouvelles rédigé autour de l’année 1350 par Giovanni Boccaccio, considéré comme l’un des créateurs de la langue italienne. L’œuvre se distinguait par son usage de la prose et sa structure originale, proche des Mille et Une Nuits : chacun des dix convives, retirés dans une villa pour échapper au fléau, y narrait une histoire par jour.

Adapter un recueil de nouvelles du XIVe siècle, que l’Église s’était empressée de placer sur son index des livres interdits, exige des choix forts. Pier Paolo Pasolini avait pourtant fait le pari de la fidélité en 1971, en s’efforçant de transposer un maximum de fables. Cette nouvelle version, elle, se débarrasse de la structure anthologique. Kathleen Jordan (déjà autrice de l’apprécié Teenage Bounty Hunters sur la plateforme) reprend du livre le nom des personnages, le cadre historique et la réclusion dans une somptueuse villa, et tire le récit vers une étude de caractères féroce.
La gravité du contexte (pour rappel, la peste a presque concurrencé Thanos en oblitérant plus d’un tiers de la population européenne) permet au Décaméron de déployer un humour noir particulièrement macabre. Dès sa première scène, après un joli générique à base de rats animés, une femme sur le point de quitter la cité aux abois s’extasie devant la pureté des sentiments d’un pauvre bougre traînant piteusement la dépouille de son épouse à travers la ville. Le ton est donné… et ce n’est que le début.

Grivoiseries médiévales
En concentrant ses personnages entre les murs de la Villa pendant la majeure partie de la saison, Le Décaméron déploie une énergie proche d’une Commedia dell’arte dévergondée, ponctuée de coups et de hurlements réguliers : ça tempête, ça claque des portes, ça entre et ça sort (et pas que dans les pièces) à tout bout de champ.
Comique de situation, répliques vachardes… L’humour de la série fait feu de tout bois, avec une inclinaison marquée pour le graveleux. Le choix de la chanson des Sparks au sein du troisième épisode, All You Ever Think About Is Sex, est on ne peut plus adéquat : ça fornique et ça fantasme dans tous les recoins.

La plus pieuse se retrouve à se masturber sur une selle dès le premier épisode, et la découverte d’un donjon secret à en faire rougir ce pudibond de Christian Grey constitue un temps fort de la saison. Bien qu’il reste paradoxalement plutôt timide dans sa mise en image, Le Décaméron constitue un bel hommage aux grivoiseries dont le Moyen Âge était friand.
Généreuse et outrancière, la série s’expose surtout au risque d’épuiser ses effets : ses personnages sont azimutés jusqu’à l’inconséquence et son énergie de troupe se dilue un peu dans dans sa seconde moitié. Mais elle nous tient captifs de son univers déviant grâce à la qualité de ses interprètes, aussi remarquables dans leurs (rares) moments de gloire que dans leurs indignes bassesses.

Don’t look down
Narcissiques, manipulateurs, égocentriques, ces protagonistes n’éprouvent que bien peu de compassion pour le bas-peuple moissonné par le fléau. Difficile de ne pas déceler quelques résonances contemporaines dans ces riches qui préfèrent se cloisonner et festoyer alors que le monde agonise : l’adaptation honore ainsi la portée édifiante de l’œuvre originale.
L’atmosphère au sein de la villa est plus proche d’une colonie de vacances, ambiancée façon Saltburn, que d’un bunker survivaliste. Ce décalage complet avec l’épidémie nourrit la satire sur la déconnexion des élites, et le rire généré par leurs comportements crétins tire parfois sur le jaune. Même la figure qui semble nous être introduite comme icône de vertu morale donne dans le meurtre plus souvent qu’à son tour.

Mais par le jeu des substitutions d’identité et des chantages croisés, qui découlent tout droit de leur duplicité, les rapports de force sont constamment chamboulés. En situation de crise, les leviers de domination sont pervertis. Les personnages ne cessent de se jeter leurs faux semblants au visage pour tenter de solidifier leur position ou renverser la table : ce microcosme préapocalyptique prend la forme d’un carnaval jubilatoire qui abolit les hiérarchies.
Le Décaméron évite le piège de moralisme en logeant tout le monde à la même enseigne : La servante devenue maitresse à la faveur des circonstances ne se montre guère plus digne de sa fonction. Aussi irrécupérables soient-ils, chaque protagoniste laisse toutefois transparaître, dans une fin de saison plus propice à la gravitas, un soupçon d’humanité, comme un éclair d’espérance dans ce petit théâtre de la cruauté formidablement exécuté.
Le Décaméron est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 25 juillet 2024 en France

Très bon début de série, acteurs enthousiastes, scénario malin, dialogues et situations très amusante mais la seconde moitié voit vraiment le rythme et le niveau général baisser. La fin en elle-même est malheureusement un peu fade, on laisse les personnages « là » et on aurait aimé en savoir plus sur ce qu’il allait leur arriver par la suite. Bref, bilan un peu mitigé pour ma part malgré le très bon niveau de jeu général.
Certaines œuvres du Moyen-Age/ Renaissance sont réputées pour leur humour salace (décaméron, contes de Canterbury, Gargantua, heptaméron) et les costumes semblent soignés alors pourquoi pas . Cela change des séries habituelles
Vu le premier épisode est c’est long .. pas spécialement bien joué … pas spécialement drôle .
j’espere que le 2eme est mieux sinon j’arrête
Cette série est une catastrophe: les acteurs jouent et surjoue très mal, je suis pourtant bon public mais là, je n’ai pas tenu 15mn.
C’est du niveau d’un youtubeur qui filme ses potes là. FUYEZ !
Et la BO avec du Bowie et les Sparks est complètement à côté de la plaque, Une citrouille sur une tarte aux concombres surgelée industrielle.
Et on ne rigole même pas même pas un sourire.
(Il y a mieux à regarder dans le même style: « La cathédrale de la mer » par exemple sur Netflix.si vous aimez les histoires de l’époque médiévale ou du début de la renaissance…
J’ai regardé 30 minutes,j’ai pas du tout accroché, ça n’a ni queue ni tête
J’ai regarder pendant 30 minutes j’ai pas du tout accroché. Ça n’a ni queue ni tête.
Nulle comme ……vous savez qui
Chacun son humour… J’ai tout dévoré et je me suis marré comme un bossu !
Je pense que les deux premiers ouailles qui n’ont pas tenu un épisode manquent d’ouverture d’esprit et de ténacité. Ils auraient dû tenir bon un petit peu et auraient été agréablement surpris de l’évolution des situations et des personnages.. Tant pis.
Une série absolument réjouissante qui respecte la férocité, la causticité et l’esprit, sinon scrupuleusement la lettre, des nouvelles de Boccace. Le décor (une villa à Florence en été) est magnifique. Les acteurs et surtout les actrices (puisque Boccace parle surtout des femmes, en bien comme en mal) savent jouer, avec cette petite touche théâtrale qui sied au huis-clos imposé.
On trouve de sombres daubes sur Netflix, mais aussi de petites (et même de grandes) perles. Le Décaméron est dans le haut de gamme, avec Ripley ou Arcane. Pas besoin de CGI, ni de collants en latex, quand on a de bonnes histoires et du talent pour les raconter.
Le (ou la) critique a parfaitement raison : les quatre étoiles ne sont pas volées. Le (ou la, puisque Ange est un prénom épicène) critique s’est laissé(e) emporté(e) par le feu de l’analyse (bien faite au demeurant) et peut-être son message en a-t’il été quelque peu dilué ; simplifions : c’est du tout bon.
C’est pour ça qu’EL adore