Tiger King 2 : critique au royaume des fêlés sur Netflix

Mathias Penguilly | 22 novembre 2021 - MAJ : 22/11/2021 14:42
Mathias Penguilly | 22 novembre 2021 - MAJ : 22/11/2021 14:42

S'il fallait retenir un seul phénomène de pop-culture lors du premier confinement, Tiger King atteindrait certainement une des premières places du podium. L'incroyable épopée de ces propriétaires de zoos complètement dingues a fasciné le monde entier, pour la simple et bonne raison que ses protagonistes avaient, à eux seuls, suffisamment de charisme (et de folie) pour faire exister la série. Un peu plus d'un an après la première saison de Tiger King, Netflix offre une nouvelle série d'épisodes... dont on aurait pu largement se passer.

UNE SAISON 2 DÉconfinÉe

"Welcome to my life of bullshit". Si vous ne saviez pas à quoi vous attendre en cliquant sur la vignette d'Au Royaume des fauvespetite pépite pseudo-documentaire de Netflix, cette phrase résume la série à elle toute seule. Elle est signée Joe Exotic, le protagoniste de la première saison, qui se présentait alors comme un "péquenaud américain, tueur raté, propriétaire de zoo homosexuel et polygame, chanteur de musique country à ses heures perdues, portant un mulet décoloré et un fusil à la ceinture". Depuis les événements de la première saison, Joe a ajouté "de nouvelles cordes" à son arc : celles de criminel condamné et de phénomène culturel incontournable.

Mars 2020, le monde entier se confine à cause de la pandémie de Covid-19. C'est une déflagration. Télétravail, chômage technique, amphi-dématérialisé... Des millions de spectateurs désœuvrés meublent leurs errances en se perdant dans les tréfonds du catalogue Netflix. C'est à ce moment précis que sort Tiger King, une sorte d'ovni télévisuel à mi-chemin entre true-crime et documentaire naturaliste. La série raconte la guerre sanguinaire (littéralement) entre des propriétaires de zoos privés aux États-Unis. "Joe Exotic", excentrique propriétaire d'un zoo au fin fond de l'Oklahoma est pris en grippe par Carole Baskin, l'intransigeante propriétaire d'un sanctuaire qui recueille des fauves maltraités. Les deux rivaux entrent en guerre...

 

photo*Critique à lire en écoutant I saw a Tiger de Joe Exotic

 

Les sept premiers épisodes étaient d'une efficacité rare dans les séries documentaires : à chaque épisode, on en découvrait un peu plus sur ces protagonistes hauts en couleur. Toujours un peu plus de choses complètement dingues, de la mystérieuse disparition du sulfureux mari de Carole (a-t-il été donné à manger aux tigres) aux frasques déjantées de Joe. La saison 2 commence sur les chapeaux de roues : après un rapide retour sur l'engouement qu'a suscité la série, on découvre que Joe est (AUSSI) un ancien shérif-strip-teaser. À ce stade, plus rien ne nous étonne...

Assurément, cette deuxième saison essaie de reproduire le schéma scénaristique qui avait fait son succès : chaque épisode, les personnages dévoilent une nouvelle facette de leur personnalité, un nouveau passage de leur histoire auquel nul ne s'attendait. Sauf qu'après sept épisodes, Joe et Carole n'ont plus rien à dire (à part peut-être le passage de Carole dans la version américaine de Danse avec les Stars). Le bienfondé de la saison 2 se pose très rapidement.

 

photo, Carole BaskinDanse avec les Tigres sur ABC

 

PERSONNAGES PRINCIPAUX SECONDAIRES...

Du point de vue narratif, il ne s'est pas passé grand-chose dans la vie des protagonistes. Joe est toujours en prison et Carole ne veut plus entendre parler de Netflix. Dès lors, l'arc narratif peine à exister. Sans ses personnages originaux, la série met en scène une flopée de seconds couteaux, fascinés par son succès et déterminés à avoir leur part du gâteau.

Problème : aucun de ces personnages n'a le charisme des deux rivaux de la saison 1. La série essaie de continuer l'histoire de ses personnages tant bien que mal, sans jamais réussir à reproduire la qualité des premiers épisodes. Il y a un an, on admirait la capacité des documentaristes à approcher leur sujet, à documenter leur philosophie et leurs frasques au plus proche du terrain. Dans cette seconde saison, tout semble très loin et l'enchaînement d'interviews face-caméra ne suffit pas à démontrer quoi que ce soit. S'enchainent les histoires toutes plus rocambolesques les unes que les autres. Il est impossible de faire la part entre la vérité et le mensonge. Souvent la mayonnaise peine à prendre : si seulement les nouveaux personnages étaient attachants...

 

photo, Tim StarkTim-pas-si-Exotic

 

La première saison avait un vrai propos politique : la dénonciation des conditions d'enfermement des tigres et la manière dont le régime ultra-libéral des États-Unis permettait à certains individus de se prétendre au-dessus des lois. Bien qu'elle n'abandonne pas totalement ces thématiques, la saison 2 n'arrive jamais à les explorer : les deux derniers épisodes suivent Tim Stark, un wannabe Joe Exotic raté qui va lui aussi finir en prison après s'être associé à Jeff Lowe. Néanmoins, Stark n'est jamais aussi sympathique que son prédécesseur fou (même lorsqu'il raconte qu'on le surnomme "Sue").

La saison 2 se termine par un pamphlet animaliste sur la place des tigres sur le territoire américain. Mais là encore, l'engagement des documentaristes semble accessoire. La militante animaliste aperçue à plusieurs reprises dans la série est à peine identifiée. Elle n'est jamais mise en valeur, jamais suivie en situation en dehors de ses interviews.


photo, Jeff LoweNetflix hits a new Lowe

 

ON PREND pas les mêmes... mais on recommence ! 

Fini les tigres et le manque cruel de régulation étatique : le problème de cette seconde saison, c'est la soif de célébrité. Tous les personnages témoignent pour le plaisir d'avoir quelques minutes de gloire. De la belle-fille de Carole Baskin (Donna, une ménagère botoxée adepte de spiritisme) au shérif mutique, en passant par les bourreaux de Joe Exotic, tous ces personnages rivalisent d'ingéniosité pour leur quart d'heure de gloire sur Netflix. Le résultat est une satire sociale plus absurde qu'autre chose.

On retiendra trois aspects de cette seconde saison. D'abord, la rencontre entre le médium et Donna qui se termine en une séance vomito sur les lieux présumés de la disparition de l'ex-mari de Carole, une scène anthologique à faire pâlir les meilleures parodies de séries Netflix. Jamais une scène de spiritisme a été aussi ridicule : la cliente finit par consoler le medium tremblotant dans un champ. Elle-même ne semble pas vraiment convaincue d'avoir trouvé les réponses à ses questions. Mais qu'importe ?

 

photoMais où sont les tigres ?

 

On retient ensuite, le personnage de John Philips, ambitieux avocat qui défend tour à tour la belle-famille de Carole, puis Joe Exotic, dans une tentative à peine dissimulée de capitaliser sur la célébrité de Joe Exotic pour gagner sa croûte. L'omniprésence de ce personnage véreux pourrit la saison 2 : malgré lui, il devient le filigrane d'une série d'épisodes très décousue. La saison se termine en laissant un goût amer : pour l'appât du gain, des documentaristes ont marché dans le jeu de cet "avocat" avide de succès, sacrifiant la dernière once d'éthique journalistique qu'il leur restait. 

Trois histoires se succèdent dans cette saison : d'abord, la réhabilitation de Joe Exotic, un anti-héros, moins manipulateur égocentrique que héros torturé, ensuite la disparition mystérieuse de Don Lewis (l'ex de Carole Baskin), dont on ne découvre rien de plus, et enfin la chute épique des bourreaux de Joe Exotic. Pas grand-chose ne fait sens dans cet enchaînement, à part peut-être son efficace satire de la société américaine. On se complaît dans l'évolution de ces personnages qui ne pourraient pas exister ailleurs. Le cauchemar américain n'est jamais loin.


photo, Joe Exotic"Hey, alors je vous avais manqué depuis ma prison ?"

 

Enfin, on n'oublie pas l'effort désespéré de tous ces péquenauds d'exister. Au cours des derniers épisodes, les anciens ennemis de Joe Exotic (ceux qui ont aidé à le faire tomber) retournent leur veste pour défendre le prisonnier. Certains sont prêts à se parjurer devant la justice américaine et encourent des années de prison. Le succès de la série n'y est certainement pas pour rien. Les derniers épisodes construisent une folle machination : et si tout ça était la faute du gouvernement américain et du FBI, déterminés à se débarrasser du dangereux Joe Exotic ?

Avec le retournement de presque tous ses protagonistes, on s'autorise à rêver de la libération de Joe Exotic, mais aucun des personnages ne trouve grâce à nos yeux. Pas même l'excentrique Tim Stark. La fin de cette saison 2 ressemble parfois à une énorme publicité pour une hypothétique saison 3, dans laquelle Joe serait libéré grâce aux contre-témoignages de ceux qui l'ont détrôné. Il y a quelques semaines, celui-ci expliquait cependant être atteint d'un cancer agressif. Il a depuis été transféré dans une autre prison où il sera mieux pris en charge médicalement, dans l'attente de la révision de son procès. Pas sûr donc que cette dernière saison naisse un jour. Et si on en restait là ?

Tiger King 2 est disponible sur Netflix en France depuis le 17 novembre 2021

 

Affiche officielle

Résumé

Tiger King réussit le pari de nous montrer de nouveaux protagonistes aussi fêlés que ceux de la première saison, mais aucun n'arrive à la cheville de Joe Exotic et Carole Baskin. Les créateurs de la série ne savent jamais trop quoi raconter, l'intrigue tourne en rond. Sûrement s'imaginent-ils que leur matériau est suffisamment dingue pour être divertissant. Ils ont sans doute raison.

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Lecteurs

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commentaires
Nesse
23/11/2021 à 13:38

Une Saison 2 qui se répète et qui ne sert à rien.

Karlito
23/11/2021 à 09:01

Une série pseudo docu foncièrement malhonnête. D'abord on est éberlué par ces personnages atypiques et puis on devine derrière une envie de sensationnalisme malsain de la part du réalisateur de la série qui ne vaut pas mieux qu'eux au final.

Patrick bateman
22/11/2021 à 17:15

En 3 mots. Nul à chier. Je me suis stoppé au second épisode avant se m'endormir. A des kilomètres de la surprenante saison 1. Très dispensable.

tull
22/11/2021 à 16:50

assez d'accord avec votre critique l'avocat qui fait tout pour avoir de visibilité et a vomir, a part l'épisode sur Baskin qui à pas l'air très normal non plus, le reste n'est pas intéressant.

Keedz
22/11/2021 à 16:17

Saison inutile Sauf le premier épisode qui donne une autre facette de Joe exotic celle d'un homo rejeté par la société ses collègues policiers et surtout celui d'un homme au cœur brisé d'avoir perdu l'amour de sa vie et la fais basculer vers la folie

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