My Name : critique qui se fait casser la gueule par un thriller coréen Netflix

Matthias Mertz | 19 octobre 2021 - MAJ : 20/10/2021 16:31
Matthias Mertz | 19 octobre 2021 - MAJ : 20/10/2021 16:31

Un an après Extracurricular, Kim Jin-min rempile avec le sombre et violent My Name, nouvelle fiction coréenne sur la plateforme Netflix. Celui qui pourrait bien s’imposer comme un excellent exécutant auprès de la plateforme propose ainsi un récit qui jongle entre tradition et modernité pour essayer de poser un nouveau jalon dans le sillage de la réussite du prolifique cinéma coréen. Est-il à la hauteur de ses pairs ou nous déçoit-il (au risque d’y laisser son petit doigt) ?

OLD BUT GOLD

My Name débarque dans une période de grâce de la fiction coréenne. Dans la lignée de Parasite (qui avait permis à Bong Joon-Ho de monter une table basse avec tous ses Oscars) ou encore Squid Game, le cinéma coréen est en pleine ascension internationale. Le Pays du matin calme étant en effet pauvre en ressources naturelles, c’est la fiction qu’il exporte, d’abord largement en Asie, désormais en Occident depuis le début des années 2000. Les différents gouvernements sud-coréens ont ainsi largement accompagné, pour ne pas dire favoriser, la production massive de divertissement, jusqu’à en faire le soft power connu aujourd’hui.

My Name trouve ses racines dans un genre extrêmement populaire dans l’Asie de l’Est, le film « noir », et plus particulièrement dans une de ses ramifications, le « film de mafia » (Infernal Affairs, Ouroboros, Nameless Gangster, Election). Le genre est omniprésent dans le cinéma japonais, chinois ou encore hongkongais, qui ont vu leur imaginaire nourri par une criminalité bien réelle, organisée depuis le début du 20e siècle en groupes locaux, parfois nationaux tels que les triades chinoises, yakuzas ou encore 14K de Hong Kong.

Ces groupes et leur mythologie ont été les Pygmalions de l'intérêt pour les populations d'Asie de l'Est pour le film noir, et on était évidemment intrigués par l'itération de Netflix d'un genre aussi connu et célébré, mais aussi lourdement codifié.

 

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destination finale

Au menu, nous suivons donc Yoon Ji-woo (jouée par Han So-hee), contrainte de changer d’identité pour trouver l’assassin de son père, mafieux réputé. C’est dans la personne de Choi Mu-jin (Park Hee-soon), parrain du groupe dans lequel son paternel a servi en tant que bras droit qu’elle trouve de l’aide. Il la convainc d’infiltrer la police, soupçonnant cette dernière du meurtre, et en profitant au passage pour lui soutirer des informations pour sécuriser son business, la vente d'amphétamines. Toutefois, un autre nouveau parrain pourrait rendre la situation plus compliquée pour tout le monde.

La série My Name baigne donc dans ces tropes qu’elle incarne avec tout ce que ça comprend comme imagerie, à savoir mafieux costumés, hommes de main qui tombent comme des quilles, berlines de luxe, building au nom du gang, coups de couteau qui font squish ou encore personnage principal increvable qui balaye des dizaines d'assaillants.

 

photoLee Hak-joo est l'un des seconds couteaux les plus affutés du tiroir, au sens littéral comme figuré

 

Le scénario est très convenu et jamais surprenant lorsqu’il essaye de dissimuler son antagoniste final. Plus que la destination, c’est alors le voyage qui doit emporter le spectateur pour réussir à relever le tout. C’est ce que vous lirez de plus pompeux aujourd’hui, mais rien ne ressemble plus au film de mafia « asiatique » que le théâtre classique du 16e siècle. Ces récits comportent une morale qui est le fil rouge des pérégrinations des personnages empêtrés dans des dilemmes jouant sur les registres de la famille, la vengeance, l’honneur, ou le bien et le mal.

L’une des intrigues particulièrement privilégiées est alors celle des « destins croisés », deux personnages liés évoluant dans le crime et la police se renvoyant la balle. Il s’agit alors de remettre en question la morale du spectateur en montrant tour à tour la réalité du monde sordide de la mafia, mais aussi l’honneur et la camaraderie qui le sous-tendent, ou encore la noblesse de la police, mais aussi son inflexibilité, voire sa couardise. My Name n’y échappe pas, Choi Mu-jin et Yoon Ji-woo montrant les réalités concomitantes du syndicat du crime et de la police coréenne.

 

photoYoon Ji-woo a dû s'entrainer pour proposer une choré de ce calibre 

 

THE SHINING

Malgré une imagerie classique et assumée, c’est dans sa direction artistique que My Name parvient à marquer des points. Les décors sont LA qualité du récit qui saute aux yeux, jusqu’à positivement déborder sur le reste.

Ce coup de fil chargé en intensité tombe à plat parce que ses enjeux sont téléphonés ? Probablement, mais le temple bouddhiste au sein duquel il a lieu est un délice pour nos pupilles. Ce combat est un peu mou ? La plateforme pétrolière où il prend place ne l’est pas. Dès lors, les décors enrichissent considérablement la photo et parviennent également à soutenir certains moments de l’intrigue un peu lourds et peu souvent surprenants, où on s'étonne à admirer avec plaisir le décor. 

Du côté des costumes, difficile d’inventer la poudre. Ils sont très classiques, et largement composés de costards de yakuzas ou de tenues civiles de policiers, à l’exception de la garde-robe colorée et « streetwear » de Do Gang-jae, reproduction fidèle et enrichie de la mode sud-coréenne. C’est un détail, mais le charisme tout en diversité du casting pourrait être un facteur de réussite pour la série, dont les portraits, captures d’écran ou encore fan-arts des acteurs devraient bientôt inonder les réseaux sociaux, à l'instar de ce qui s'était passé avec Squid Game.

 

photoOui c'est facile de mettre des néons et du fluo, mais c'est quand même une direction artistique incroyable

 

MON NOM EST PERSONNE

Ce casting, justement, est très dur à juger. Le scénario est rempli de personnages qui ont des visages fermés, parce que torturés ou habitués aux horreurs de leurs carrières respectives. Dès lors, la frontière entre un jeu monocorde et plat ou subtilement fermé est très fine. Han So-hee (dans le personnage de Yoon Ji-woo) parvient à trouver des fulgurances et être dans LA bonne nuance dans la première moitié de la série, mais son jeu tombe à plat dans la seconde moitié du récit où elle devrait porter des scènes d’humanisation de son personnage trop plates et trop convenues.

Ce sont alors des personnages comme Do Gang-jae (campé par l'impressionnant Chang Ryul) ou des seconds rôles de bras droit mutiques (Lee Hak-joo dans le rôle de Jung Tae-ju) qui brillent alors en arrière-plan, redynamisant l'action et les dialogues.

 

photoCertaines scènes permettent à Han So-hee de proposer un jeu subtil, mais efficace

 

Là où le casting est par contre irréprochable, c’est dans la qualité des combats qui disposent d’une chorégraphie incroyable. Elle se trouve d’ailleurs parfois gâchée par la caméra qui gigote pour donner une impression de mouvement superflue. Toutefois, on n’y retrouve ni le comique ni la créativité de ces combats loufoques issus par exemple du cinéma hongkongais. S’il n’est pas dramatique d’abandonner le comique de ces derniers, on regrette une trop grande uniformité des scènes d’action, qui finit par rendre la chorégraphie, pourtant irréprochable, plus terne.

On pourrait, en faisant la fine bouche, reprocher un manque de diversité dans les accessoires, tournant systématiquement autour du bon vieux cran d'arrêt, compagnon infatigable de tout bon larbin d'organisation criminelle. Quelques apparitions de matraques télescopiques n'y feront rien, on aurait aimé en voir un peu plus dans l'arsenal du parfait criminel en herbe (au moins un sabre par exemple).

 

photoChang Ryul est un meilleur Joker que Jared Leto, change my mind

 

Si la qualité de My Name est inégale, bénéficiant d’une excellente première partie et d’une seconde moitié plus faible (particulièrement une fois l’intrigue de Do Gang-jae résolue), elle est suffisante pour parler d’un nouveau test globalement réussi pour Netflix.

Dans le sillage du succès de Squid Game et des performances récentes correctes des dramas coréens sur la plateforme, My Name pourrait être une nouvelle raison de continuer à investir dans la fiction asiatique, dans un but de développement local, particulièrement dans l’Asie de l’Est, mais aussi parce qu’elle rayonne désormais à l’international.

My Name est disponible sur Netflix depuis le 15 octobre 2021 en France

 

Affiche US

Résumé

Série noire nerveuse, mais poussive dans la conclusion de son scénario trop convenu, My Name parvient à déballer une sacrée direction artistique pour aboutir à une fiction sublime, mais parfois lourde dans son développement. On y apprécie toutefois la qualité du jeu subtil de certains seconds rôles.

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commentaires
Julie
24/11/2021 à 21:27

Meilleure série coréenne l'actrice principale est top

Hilliesse
07/11/2021 à 01:49

En fait c'est complètement pompé sur "Affaires Internes" de "Wu jian dao" et sa version Américaine "Les Infiltrés" de "Scorsese" Zéro surprise tout est moins bien que ces 2 grands films. Je suis méga-fan de cinéma et séries Coréennes mais là je me suis grave ennuyé.

Sombre005
03/11/2021 à 11:59

J'ai été très surpris par cette série, n'étant pas un addict des Coréens, je dois admettre que c'est palpitant. Il faudrait qu'ils mettent chez qui ils se fournissent en costume, les seuls vêtements que tout homme qui se respectent doit avoir dans sa garde robe

Sentenza
27/10/2021 à 11:57

Emmaaa, je te conseille un film pas une série mais ça devrait te plaire : the villainess disponible sur Netflix.

Emmaaa
27/10/2021 à 03:07

auriez vous d'autres séries du même genre a me conseiller svp ? Avec une héroïne qui ne se laisse pas marcher dessus tant qu'a faire ? merci

Yoyo
22/10/2021 à 16:00

Inconditionnelle des séries coréennes à 70 balais

cinderella59
22/10/2021 à 08:07

trés bon casting et les épisodes sont passés trés vite

rachou 1972
21/10/2021 à 15:43

moi, inconditionnelle des séries Corréenne j 'ai trouvée la série et l actrice très crédible, les huit épisodes sont passes très vite car j étais vraiment dans la série .Merci

Mokuren
20/10/2021 à 23:30

Critique intéressante, avec laquelle je suis en grande partie d'accord, mais je vais m'attarder sur un souci, désolée.
On a un problème de vocabulaire au début de cette critique. Vous associez "My Name" à l'ascension du "cinéma coréen" à l'international... Sauf que "My Name", tout comme "Squid Game", est un drama coréen, ou k-drama. Bref, une série TV, pas un film. Il est important d'appeler les choses par leur nom et de ne pas tout ramener au cinéma. Un film est une série, ce n'est pas la même chose. La narration n'est pas construite de la même manière. La série est un art à part entière.
"My Name" mise sur des têtes connues pour les spectateurs de k-dramas, comme Han So Hee, actrice montante vue dans "Nevertheless" mais qui n'a jamais fait un seul film, ainsi que Ahn Bo Hyun ("Itaewon Class"). Ce sont des visages familiers depuis 2-3 ans pour les amateurs de séries coréennes, mais je ne suis pas sûre que ceux qui ne regardent que des films les connaissent (je parie que le directeur du FFCP sait à peine qui c'est! :)).
Bref, si vous voulez chroniquer les kdramas, c'est super et je suis demandeuse de vos critiques. Mais il faudrait changer un tout petit peu de regard sur ces séries. Il faut juste prendre conscience une bonne fois que ça fait longtemps que l'industrie de séries coréennes délivre des productions de haute volée. C'est bien pour ça que Netflix investit autant dedans, ils savent que c'est du solide techniquement et artistiquement.
En revanche, je suis d'accord sur l'inspiration du côté des films noirs d'Asie de l'Est, en particulier hongkongais, dont j'ai été une grande consommatrice dans les années 90. En fait, beaucoup de réalisateurs de k-dramas sont dans la quarantaine et ont vécu pleinement le succès des films de HK de cette époque. J'ai plusieurs k-dramas à l'esprit qui citent les films de John Woo ou Wong Kar Wai, voire parodient des scènes, c'est assez marrant.

Kelly281
20/10/2021 à 22:27

Super série vraiment a regarder très émouvant !!!!

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