La Guerre des mondes saison 2 : critique sans tripodes sur Canal+

Déborah Lechner | 18 mai 2021 - MAJ : 18/05/2021 18:16
Déborah Lechner | 18 mai 2021 - MAJ : 18/05/2021 18:16

Après une première saison en demi-teinte, La Guerre des mondes de Canal+ réclamait une deuxième fournée pour porter pleinement ses enjeux dramatiques et aller quelque part avec son scénario. Le deuxième chapitre intitulé L'Affrontement a donc débarqué pour redistribuer toutes les cartes et s'éloigner considérablement du roman éponyme culte dont il est tiré.

ATTENTION : LÉGERS SPOILERS ! 

INDEPENDENCE DAY

L'histoire schématique de l'invasion extraterrestre modelée par H.G. Wells se prêtant facilement au grand spectacle (une pensée pour Steven Spielberg), le fait qu'Howard Overman se soit écarté du sensationnalisme attendu était une proposition intéressante, à défaut d'être parfaitement menée. Pour coller à un cadre plus réaliste et moins romanesque, cette libre adaptation a d'abord pris des distances par rapport à la dimension SF de son matériau d'origine, en faisant notamment l'impasse sur ses emblématiques tripodes géants contrôlés par des aliens tentaculaires. Le showrunner a ainsi pu réorienter son récit vers un thriller post-apocalyptique moderne et plus intimiste, où la survie et les relations des nombreux protagonistes servaient de fils conducteurs. 

Avec ce deuxième chapitre, La Guerre des mondes se décide cependant à bousculer cette nouvelle approche plus tangible du classique littéraire en déroulant sa toile de fond pour dévoiler toute l'ampleur de son intrigue, laissée en chantier à la fin de la première saison. Si elle reprend bien la fragilité immunitaire des mystérieux envahisseurs, cette nouvelle salve se détourne entièrement du chemin tracé par l'auteur britannique en s'aventurant vers un autre concept récurrent de la science-fiction, qui aurait pu lui permettre de pleinement s'emparer du genre et de ses poncifs après la démonstration tiède et inachevée de la première fournée.

 

photo, Léa Drucker, Emilie de PreissacLe conformisme comme réconfort

 

Ce revirement scénaristique prend malheureusement une tournure hyperbolique trop prévisible et proche du cliché hollywoodien, avec un sous-texte convenu sur l'Humanité et ses choix, en plus d'un dénouement trop arrangeant et dissonant par rapport au fatalisme servi précédemment. La série enfonce quelques portes ouvertes sur le libre arbitre ou l'altérité et sert un propos plus générique avec son jeu de miroir entre les survivants de l'invasion et les extraterrestres qui partagent notre radicalité. Cependant, elle parvient sur certains points à conserver un esprit terre-à-terre et son authenticité en se permettant d'expliciter et rationaliser les événements, a priori insondables, à travers les recherches obsessionnelles de la scientifique jouée par Léa Drucker.

Le traitement même de l'affrontement promis dans le titre reste à échelle humaine et civile (petits groupes armés indépendants, attaque à la bombe, fusillades, pièges) avec un rééquilibrage des forces nécessaire pour redynamiser et muscler la trame narrative sans pour autant trahir complètement le parti-pris qui fait toute la singularité de la série. 

 

photoÇa va vider quelques chargeurs de plus

 

LE JOUR D'APRÈS

Pour assembler les pièces de son puzzle, la saison 2 a dû se focaliser sur le lien énigmatique entre Emily (Daisy Edgar-Jones) et Sasha (Mathieu Torloting), ainsi que sur le rôle prophétique que joue Bill Ward (Gabriel Byrne). La plupart des autres personnages et leur portée émotionnelle se retrouvent donc noyés au milieu des classiques dilemmes moraux et questionnements existentiels du professeur et de l'adolescente, se contentant de quelques minutes d'attention pour continuer d'exister artificiellement. Tous à l'exception de Catherine Durand, dont la rigidité vole en éclats au détour de quelques répliques et qui bénéficie de l'introspection la plus poussée et du développement le plus complet. 

Même si les derniers épisodes formatent l'intrigue et précipitent sans finesse le destin de plusieurs personnages devenus encombrants, l'apathie générale et le rythme volontairement traînant sont quand même mieux exploités qu'auparavant. La série a beau se montrer un peu plus généreuse en termes d'action et laxiste sur le réalisme qu'elle voulait porter, elle ne renonce ni au jeu intentionnellement désincarné des interprètes ni à son calme ambiant, misant toujours sur la gravité et la pesanteur du silence qu'elle mixe parfois à des sonorités anxiogènes pour maintenir sa tension. 

 

photo, Gabriel ByrneThe sound of silence

 

Pour accentuer l'anémie des personnages et traduire leur paralysie sans tomber dans le pathos plaintif, la mise en scène joue aussi par moments sur la lenteur et la précision des mouvements de caméra, ainsi que sur le statisme des plans, en plus de la photographie terne et des couleurs métalliques des décors urbains qui assombrissent un peu plus le cadre. Pour autant, cette froideur et cette austérité ne tombent jamais dans l'insensibilité ou le macabre racoleur.

Si les cadavres jonchent les rues et que l'ennemi s'avère impitoyable, le taux d'hémoglobine reste très bas pour un double génocide, tandis que les mises à mort des personnages, même si elles ne ménagent pas le public, gardent une certaine pudeur et sont rarement exhibées devant les caméras. Ce chapitre 2 a donc corrigé les faiblesses de rythme de la première saison, mais aussi décidé d'embrasser son héritage SF, sans parvenir à y coller le potentiel dramatique des personnages qui se retrouve sabordé par la densité de son casting.

Les huit épisodes de la saison 2 de La Guerre des mondes sont disponibles depuis le lundi 17 mai sur Canal+. 

 

photo

Résumé

Après une première saison étonnemment intimiste, le deuxième chapitre de La Guerre des mondes laisse une grande partie de ses personnages sur le banc de touche pour replacer la science-fiction au coeur de son récit. La série garde une certaine authenticité dans le traitement froid et anti-spectaculaire des événements, mais se plie malheureusement à un autre schéma narratif classique du genre, qui n'a plus tellement de quoi surprendre.

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commentaires
MONK
25/05/2021 à 14:47

Saison 2 fatigante , ZAPPEZ...

aille
23/05/2021 à 17:32

la fin du monde,
au 7 ème jours ils ne pensent qu'a forniquer,
z'ont le culte du premier samedi du mois...
les ET sont simplement des humains avec un double cercle en tatou, manque d'argent? ou l'encre en trop qui n'a pas été utilisé par les scénaristes,
allez je paris que les ET sont des humains qui voyage dans le temps...

Simbakin
22/05/2021 à 18:18

Après avoir été agréablement entraîné par la première saison et avoir vivement attendu la suite, j’ai été extrêmement déçu par la saison 2. Le mot le plus simple pour la définir est « bâclée » dommage il y avait tellement mieux à faire... très déçu...

Mozi
19/05/2021 à 02:26

Des gens de bon gout pour une fois dans les commentaires, ça fait plaiz.

Spielberg
18/05/2021 à 22:25

Quel indignité, quand tu vois le film LEGENDAIRE de Spielberg et que après tu vois ça... Enfin je sais pas mais vous me comprenez non ? :D

Fox
18/05/2021 à 18:43

@Rick-Ornichon
Et après ?
Il la baise !
:D

Rick-Ornichon
18/05/2021 à 18:02

la série de progressiste avec des aliens fabriqués avec des moteurs de 404 Peugeot !!! (pour ceux qui ont la référence)

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