La Guerre des mondes, ou le grand film d'horreur moderne de Steven Spielberg

Geoffrey Crété | 4 octobre 2020
Geoffrey Crété | 4 octobre 2020

La Guerre des mondes, ce soir à 21h sur 6ter

La Guerre des mondes avec Tom Cruise, le film d'horreur ultime du nouveau millénaire, et un classique instantané.

Entre Pentagon Papers et Ready Player One, sortis coup sur coup, il y a un monde : celui de Steven Spielberg, cinéaste incontournable qui règne sur Hollywood depuis des décennies, au-delà des modes et des genres.

Pour fêter son grand retour dans la science-fiction avec un blockbuster événement, Ecran Large revient sur une poignée de films mémorables, plus ou moins aimés, du réalisateur, depuis ses débuts jusqu'à ses succès les plus récents.

 

  

LA GUERRE DES MONSTRES

A l'origine, il y a Les Guerre des mondes, un livre de H.G. Wells publié en 1897, qui raconte l'arrivée terrifiante d'aliens sur Terre, en suivant le cauchemar d'un narrateur qui vit en Angleterre. Une histoire qui a bouleversé l'imaginaire du public vis-à-vis de la science-fiction, et a donné lieu à de nombreuses adaptations.

L'une des plus connues est celle d'Orson Welles qui, en 1938, raconta l'histoire à la radio. Peu importe si le mythe d'auditeurs totalement convaincus par le récit au point d'engendrer une panique générale a été largement exagéré, notamment par une presse écrite alors menacée par la moderne radio : cet épisode a ancré La Guerre des mondes comme un pilier du genre.

Des décennies plus tard, ce seront deux demi-dieux hollywoodiens qui s'empareront des mots de Wells : Steven Spielberg et Tom Cruise. Ravis de leur première collaboration sur Minority Report en 2002, adaptation d'un autre grand écrivain de science-fiction, le duo cherche une raison de se retrouver. L'acteur arrive avec trois projets en main alors que le cinéaste tourne Arrête-moi si tu peux. L'un d'eux est une adaptation de La Guerre des mondes, et les deux hommes se décident en un instant. Pour le réalisateur, c'est une évidence : il avait acheté lors d'une vente aux enchères une copie de l'adaptation radiophonique d'Orson Welles et avait songé à en faire un film, avant de mettre l'idée de côté face à la sortie d'Independence Day de Roland Emmerich.

 

Photo Tom Cruise, Steven SpielbergSteven Spielberg et Tom Cruise

 

RENCONTRES DU DERNIER TYPE

Pour celui qui a réalisé Rencontres du troisième type et E.T. L'Extra-TerrestreLa Guerre des mondes est une manière de se réinventer dans le genre. Adieux les aliens pacifiques et lumineux : place aux extraterrestres belliqueux, venus sur Terre sans aucune raison que détruire l'humanité. Kathleen Kennedy, collaboratrice fidèle du cinéaste, rappellera en promo qu'E.T. était dans un premier temps un film plus sombre, qui a peu à peu mué en cette fable douce. La Guerre des mondes devient alors un rendez-vous depuis longtemps repoussé pour Spielberg, qui décrira la superproduction comme son premier "film d'aliens où il n'y a ni amour ni tentative de communication".

L'action du roman est naturellement déplacée aux Etats-Unis dans un contexte moderne, à la fois pour d'évidents impératifs de blockbuster hollywoodien, mais également pour illustrer au mieux le climat de l'Amérique d'alors. "Nous vivons sous un voile de peur sous lequel nous n'étions pas avant le 11 septembre. Il y a eu un changement émotionnel dans les consciences du pays", dira le cinéaste à USAToday à la sortie du film, sur lequel plane le spectre d'une catastrophe urbaine qui recouvre les peaux d'une poussière mortifère. Ce n'est pas anodin si les enfants du héros demandent dès le début de l'horreur s'il s'agit de terroristes, qu'un avion se crashe plus tard sur le décor, et que l'armée est si omniprésente.

 

Photo Tom CruiseTom Cruise en héros américain lessivé

 

Parmi les autres changements par rapport à H.G. Wells, il y a la disparition de vaisseaux surgis de l'espace (d'immenses objets cylindriques), remplacés ici par une menace enfouie dans le sol, sous le goudron des villes. Une manière pour Spielberg de sortir des chemins trop balisés du genre, mais également d'insister sur la nature trop familière du danger, qui ne vient non plus d'ailleurs (de Mars dans le livre), mais qui ressort sous les pieds de la civilisation, cachée sous un bitume et prête à surgir au beau milieu de la population. Un choix qui soulève également de fascinantes et terrifiantes questions sur ces aliens, venus sur Terre par le passé pour s'y cacher, en attendant le moment opportun pour se réveiller.

C'est Josh Friedman qui écrira le scénario, lequel sera repris par le célèbre David Koepp, scénariste notamment de Jurassic Park et sa suite Le Monde perdu de Steven Spielberg et Mission : Impossible avec Tom Cruise.

 

Photo Tom Cruise L'Apocalypse selon Spielberg

  

IL FAUT SAUVER LA FAMILLE FERRIER

Le vélo d'Elliott devant la lune dans E.T. L'Extra-Terrestre, François Truffaut et les notes de musique du vaisseau alien de Rencontres du troisième type, la première vision majestueuse des dinosaures dans Jurassic Park, l'imaginaire qui remplit les assiettes dans Hook : Steven Spielberg a offert de nombreuses images sensationnelles du côté du merveilleux. Il a aussi marqué l'inconscient collectif avec Les Dents de la mer, ou dans une moindre mesure quelques scènes choc comme la mort terrible de Donovan dans Indiana Jones et la dernière croisade.

Avec La Guerre des mondes, il franchit un cap dans le domaine de l'horreur absolue. Dès lors que l'attaque est lancée, le film se transforme en odyssée cauchemardesque inouïe, d'une violence extrême, où le héros n'a d'autre option que celle de fuir, sans réfléchir avec autre chose que le plus simple instinct. Réduit au statut de petite créature qui ne peut que se cacher en attendant que la plus grosse bête ne le retrouve, il incarne une certaine idée du anti-héros hollywoodien, grand môme qui s'amuse du danger sous les yeux terrifiés de sa fille, avant de se cacher sous une table avec elle.

Bien sûr, la trajectoire sera classique, le cauchemar lui permettant de regagner un peu d'humanité et de maturité, mais Spielberg lui refusera le vrai happy end final, le laissant dans la rue face à l'image parfaite de la famille qu'il a perdue, avec l'illusion d'un réconfort presque absurde lorsqu'il retrouve son fils. Que la superstar Tom Cruise incarne cet homme lessivé, dépassé par ses responsabilités de père et les événements apocalyptiques, enfonce le clou. 

 

Photo Tom Cruise, Tim Robbins, Dakota FanningTim RobbinsTom Cruise et Dakota Fanning 

 

Dans ce décor d'apocalypse d'une pureté tétanisante, Steven Spielberg déploie une mise en scène fantastique. La première attaque du tripod qui vaporise les habitants paniqués et souffle les maisons, la fuite dans la voiture en plan-séquence étourdissant, la découverte de la zone du crash de l'avion : le cinéaste aligne les morceaux d'anthologie, aidés par ses fidèles collaborateurs Janusz Kaminski à la photo, Michael Kahn au montage et John Williams à la musique.

Qu'un train sorti des enfers file à travers la nuit, qu'une vague de cadavres apparaisse sous les yeux de Rachel, qu'une horde de gens paniqués s'attaque à la voiture des héros (dont un homme qui déchire le pare-brise mains nues et ensanglantées), que des vêtements tombent du ciel sur un paysage désolé ou que Ray découvre au sommet d'une butte un territoire ravagé et rouge, et La Guerre des mondes offre une certaine idée de l'horreur pure, celle-là même qu'on peut reconnecter à la réalité de notre histoire collective - de la Shoah au 11 septembre. Quand on se souvient que H.G. Wells établissait explicitement un parallèle entre l'invasion des Martiens et le colonialisme britannique dans son histoire, le miroir moderne construit par Spielberg est plus que logique.

 

Photo Tom CruiseVous devant le film

 

Et si le film souffre de quelques fausses notes (la partie avec Tim Robbins qui abîme le rythme et pousse un peu loin la suspension d'incrédulité quant à l'intelligence des aliens, la fin assez proche du roman qui dénote après la violence du récit ou encore quelques effets qui manquent de finesse avec le regard d'aujourd'hui), il conserve une puissance folle, des années après. Une puissance qui va bien au-delà des mots et du genre du film catastrophe et d'invasion alien, pour s'ancrer profondément dans l'imaginaire primitif du spectateur du XXIème siècle.

La Guerre des mondes demeure ainsi l'un des films les plus percutants de Steven Spielberg, et un sommet en terme de spectacle hollywoodien et de réflexion sur son époque.

 

 

commentaires

sylvinception
05/10/2020 à 13:27

"mais Spielberg lui refusera le vrai happy end final, le laissant dans la rue face à l'image parfaite de la famille qu'il a perdue"

Mais bien sûr... Incroyable qu'après tout ce temps on continue à nous prendre pour des teubés, avec cette fin en carton.

Mr Bifle
05/10/2020 à 13:02

Heureusement Tonton Spielberg a fait bien meilleur, c'est le bas du panier dans son immense filmo pour sûr.

corle
05/10/2020 à 12:43

ce film est un must une tension/suspens enorme jusqu'a la descente de la cave/avion ou le soufflet retombe.... apres cette sequence le film ne vaut plus rien, capture/tim robbins, on es plus dans le meme film malheureusement et puis pour finir les tripods qui tombe car ils ne sont pas habitudé à l'air de la planete? Ah vraiment? pk les ptits martiens ne sont pas équipé de leur propre "oxygene" pour survivre sur une planete inconnu comme nous on le fait pour aller dans l'espace.... bref un gachi la seconde moitié de ce film

Garm
05/10/2020 à 11:34

Cherchez a sauver sa maitresse c’est OK, mais chercher a sauver ses enfants c’est niais. Pourquoi pas...
Bah ouais la tartine beurrée c’est dramaturgique, a partir du moment ou tu choisi de jeter de toutes tes forces ta tartine sur la vitre de la cuisine plutôt qu’à travers la tronche de ton fils, t’as déjà fait un choix qui te permets de gérer ta frustration et ton angoisse. T’es dans de l’argument un peu faiblard quant meme.
Film familial parce que pas de sang? On a pas vu le même film.
Entre les tripode qui aspirent le sang et le pulvérisent dans la nature, les gens réduis en cendre, les cadavres qui flottent dans la rivière, l’agression lors de la scène du van, Tom cruise qui choisi de tuer un homme a main nue quasiment sous les yeux de sa filles.... c’est vachement familial tout ça.
Et depuis quant aborder la famille c’est niais?
Franchement je suis assez ouvert pour montrer des films un peu dur à mes filles, mais surement pas la guerre des mondes.

Kyle Reese
05/10/2020 à 11:23

Certains commentaires sont plus parfois drôles que les blagues Carambar.

@Garm

+1 pour ton résumé sur la différence entre cinéastes de grand talent et les autres.
C'est ce qui fait qu'il existe des films qui marque l'histoire et les autres.
Pour la voir il faut une certaine sensibilité ou éducation qui ne se fait pas du jour au lendemain.

Zou
05/10/2020 à 10:31

@Garn, j'ai surtout capté une grosse facilité scénaristique et de la bonne niaiserie Spielberg. Rappelons que dans le bouquin, le mec essaye pas de sauver ses gamins (dont une petite fille insupportable) mais sa maîtresse... Mais bon, les enfants, ça faisait plus propre. Ce film est nul à mes yeux, désolé. Les tripods sous terre n'ont aucun sens. Et Tom Cruise sous amphèts qui jette sa tartine de beurre de cacahuète contre la fenêtre, c'est un rare moment de dramaturgie. C'est du Spielberg quoi, c'est familial, c'est niais (pas une goutte de sang malgré les massacres), et Tom Cruise y fait du Tom Cruise qui court vite. Super.

Garm
05/10/2020 à 09:30

Zou
Phrase typique de ceux qui n’ont rien capté au film (idem pour « trop nul le fils survit à la fin, happy end à la con... »)
La façon dont meurent les Alien n’a aucune importance puisque le coeur du récit est complètement ailleurs, les ET et tripodes ne sont que des accessoires

Garm
05/10/2020 à 09:25

Change le nom du réal et ton film aura une tronche carrément différente.
En gros tu prétend que tu peux remplacer Spielberg par Jean-Marie Poiré et avoir le même film. Pourquoi pas....

Il n’y a pas que ce que le film raconte qui est intéressant, il y aussi comment il le raconte. Franchement, j’ai jamais eu autant l’estomac à l’envers en sortant d’une salle de cinema qu’à la fin de la guerre des mondes, et c’est pas parce que le scenario implique des milliers de morts ou des moments d’angoisse, mais parceque la mise en scene est tellement maitrisée que tu ressent X10 ce que le film essaye de te faire ressentir, et ça un réalisateur lambda n’en sera pas capable.
Et puis il y a 1000 truc qui font que le film se démarque d’un film de base, comme par exemple l’action centrée sur un gars quelconque qui apprend a devenir pere a travers ces evenements, tout est filmé a hauteur d’homme. pas de hero musculeux sauveur du monde, mais juste un mec qui survit et essaye de maintenir ses gosses en vie.
C’est un film qui a un vrai point de vue, avec une mise en scene précise et cohérente avec ce qu’il veut raconter.
Faudrait pas mettre la guerre des mondes et indépendance day dans le même panier sous prétexte que les deux parlent d’invasion extraterrestre.

Zou
05/10/2020 à 09:14

La fin du film est d'une débilité profonde. Pouf, les vilains meurent, c'est fini !

Rayan Montreal
05/10/2020 à 08:29

Un bon film de genre sans plus et rien de spécial donc, si vous changez le nom de realisateur je pense que personne n'en fait un tout une histoire

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