La Guerre des mondes, ou le grand film d'horreur moderne de Steven Spielberg

Geoffrey Crété | 12 avril 2021 - MAJ : 12/04/2021 15:47
Geoffrey Crété | 12 avril 2021 - MAJ : 12/04/2021 15:47

La guerre des mondes, ce soir à 21h05 sur W9.

La Guerre des mondes avec Tom Cruise, le film d'horreur ultime du nouveau millénaire, et un classique instantané.

Entre Pentagon Papers et Ready Player One, sortis coup sur coup, il y a un monde : celui de Steven Spielberg, cinéaste incontournable qui règne sur Hollywood depuis des décennies, au-delà des modes et des genres.

Pour fêter son grand retour dans la science-fiction avec un blockbuster événement, Ecran Large revient sur une poignée de films mémorables, plus ou moins aimés, du réalisateur, depuis ses débuts jusqu'à ses succès les plus récents.

 

  

LA GUERRE DES MONSTRES

A l'origine, il y a Les Guerre des mondes, un livre de H.G. Wells publié en 1897, qui raconte l'arrivée terrifiante d'aliens sur Terre, en suivant le cauchemar d'un narrateur qui vit en Angleterre. Une histoire qui a bouleversé l'imaginaire du public vis-à-vis de la science-fiction, et a donné lieu à de nombreuses adaptations.

L'une des plus connues est celle d'Orson Welles qui, en 1938, raconta l'histoire à la radio. Peu importe si le mythe d'auditeurs totalement convaincus par le récit au point d'engendrer une panique générale a été largement exagéré, notamment par une presse écrite alors menacée par la moderne radio : cet épisode a ancré La Guerre des mondes comme un pilier du genre.

Des décennies plus tard, ce seront deux demi-dieux hollywoodiens qui s'empareront des mots de Wells : Steven Spielberg et Tom Cruise. Ravis de leur première collaboration sur Minority Report en 2002, adaptation d'un autre grand écrivain de science-fiction, le duo cherche une raison de se retrouver. L'acteur arrive avec trois projets en main alors que le cinéaste tourne Arrête-moi si tu peux. L'un d'eux est une adaptation de La Guerre des mondes, et les deux hommes se décident en un instant. Pour le réalisateur, c'est une évidence : il avait acheté lors d'une vente aux enchères une copie de l'adaptation radiophonique d'Orson Welles et avait songé à en faire un film, avant de mettre l'idée de côté face à la sortie d'Independence Day de Roland Emmerich.

 

Photo Tom Cruise, Steven SpielbergSteven Spielberg et Tom Cruise

 

RENCONTRES DU DERNIER TYPE

Pour celui qui a réalisé Rencontres du troisième type et E.T. L'Extra-TerrestreLa Guerre des mondes est une manière de se réinventer dans le genre. Adieux les aliens pacifiques et lumineux : place aux extraterrestres belliqueux, venus sur Terre sans aucune raison que détruire l'humanité. Kathleen Kennedy, collaboratrice fidèle du cinéaste, rappellera en promo qu'E.T. était dans un premier temps un film plus sombre, qui a peu à peu mué en cette fable douce. La Guerre des mondes devient alors un rendez-vous depuis longtemps repoussé pour Spielberg, qui décrira la superproduction comme son premier "film d'aliens où il n'y a ni amour ni tentative de communication".

L'action du roman est naturellement déplacée aux Etats-Unis dans un contexte moderne, à la fois pour d'évidents impératifs de blockbuster hollywoodien, mais également pour illustrer au mieux le climat de l'Amérique d'alors. "Nous vivons sous un voile de peur sous lequel nous n'étions pas avant le 11 septembre. Il y a eu un changement émotionnel dans les consciences du pays", dira le cinéaste à USAToday à la sortie du film, sur lequel plane le spectre d'une catastrophe urbaine qui recouvre les peaux d'une poussière mortifère. Ce n'est pas anodin si les enfants du héros demandent dès le début de l'horreur s'il s'agit de terroristes, qu'un avion se crashe plus tard sur le décor, et que l'armée est si omniprésente.

 

Photo Tom CruiseTom Cruise en héros américain lessivé

 

Parmi les autres changements par rapport à H.G. Wells, il y a la disparition de vaisseaux surgis de l'espace (d'immenses objets cylindriques), remplacés ici par une menace enfouie dans le sol, sous le goudron des villes. Une manière pour Spielberg de sortir des chemins trop balisés du genre, mais également d'insister sur la nature trop familière du danger, qui ne vient non plus d'ailleurs (de Mars dans le livre), mais qui ressort sous les pieds de la civilisation, cachée sous un bitume et prête à surgir au beau milieu de la population. Un choix qui soulève également de fascinantes et terrifiantes questions sur ces aliens, venus sur Terre par le passé pour s'y cacher, en attendant le moment opportun pour se réveiller.

C'est Josh Friedman qui écrira le scénario, lequel sera repris par le célèbre David Koepp, scénariste notamment de Jurassic Park et sa suite Le Monde perdu de Steven Spielberg et Mission : Impossible avec Tom Cruise.

 

Photo Tom Cruise L'Apocalypse selon Spielberg

  

IL FAUT SAUVER LA FAMILLE FERRIER

Le vélo d'Elliott devant la lune dans E.T. L'Extra-Terrestre, François Truffaut et les notes de musique du vaisseau alien de Rencontres du troisième type, la première vision majestueuse des dinosaures dans Jurassic Park, l'imaginaire qui remplit les assiettes dans Hook : Steven Spielberg a offert de nombreuses images sensationnelles du côté du merveilleux. Il a aussi marqué l'inconscient collectif avec Les Dents de la mer, ou dans une moindre mesure quelques scènes choc comme la mort terrible de Donovan dans Indiana Jones et la dernière croisade.

Avec La Guerre des mondes, il franchit un cap dans le domaine de l'horreur absolue. Dès lors que l'attaque est lancée, le film se transforme en odyssée cauchemardesque inouïe, d'une violence extrême, où le héros n'a d'autre option que celle de fuir, sans réfléchir avec autre chose que le plus simple instinct. Réduit au statut de petite créature qui ne peut que se cacher en attendant que la plus grosse bête ne le retrouve, il incarne une certaine idée du anti-héros hollywoodien, grand môme qui s'amuse du danger sous les yeux terrifiés de sa fille, avant de se cacher sous une table avec elle.

Bien sûr, la trajectoire sera classique, le cauchemar lui permettant de regagner un peu d'humanité et de maturité, mais Spielberg lui refusera le vrai happy end final, le laissant dans la rue face à l'image parfaite de la famille qu'il a perdue, avec l'illusion d'un réconfort presque absurde lorsqu'il retrouve son fils. Que la superstar Tom Cruise incarne cet homme lessivé, dépassé par ses responsabilités de père et les événements apocalyptiques, enfonce le clou. 

 

Photo Tom Cruise, Tim Robbins, Dakota FanningTim RobbinsTom Cruise et Dakota Fanning 

 

Dans ce décor d'apocalypse d'une pureté tétanisante, Steven Spielberg déploie une mise en scène fantastique. La première attaque du tripod qui vaporise les habitants paniqués et souffle les maisons, la fuite dans la voiture en plan-séquence étourdissant, la découverte de la zone du crash de l'avion : le cinéaste aligne les morceaux d'anthologie, aidés par ses fidèles collaborateurs Janusz Kaminski à la photo, Michael Kahn au montage et John Williams à la musique.

Qu'un train sorti des enfers file à travers la nuit, qu'une vague de cadavres apparaisse sous les yeux de Rachel, qu'une horde de gens paniqués s'attaque à la voiture des héros (dont un homme qui déchire le pare-brise mains nues et ensanglantées), que des vêtements tombent du ciel sur un paysage désolé ou que Ray découvre au sommet d'une butte un territoire ravagé et rouge, et La Guerre des mondes offre une certaine idée de l'horreur pure, celle-là même qu'on peut reconnecter à la réalité de notre histoire collective - de la Shoah au 11 septembre. Quand on se souvient que H.G. Wells établissait explicitement un parallèle entre l'invasion des Martiens et le colonialisme britannique dans son histoire, le miroir moderne construit par Spielberg est plus que logique.

 

Photo Tom CruiseVous devant le film

 

Et si le film souffre de quelques fausses notes (la partie avec Tim Robbins qui abîme le rythme et pousse un peu loin la suspension d'incrédulité quant à l'intelligence des aliens, la fin assez proche du roman qui dénote après la violence du récit ou encore quelques effets qui manquent de finesse avec le regard d'aujourd'hui), il conserve une puissance folle, des années après. Une puissance qui va bien au-delà des mots et du genre du film catastrophe et d'invasion alien, pour s'ancrer profondément dans l'imaginaire primitif du spectateur du XXIème siècle.

La Guerre des mondes demeure ainsi l'un des films les plus percutants de Steven Spielberg, et un sommet en terme de spectacle hollywoodien et de réflexion sur son époque. 

Tout savoir sur La guerre des mondes

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commentaires
Ethan
15/04/2021 à 18:35

Le seul film de Cruise avec des enfants. Il faudrait le revoir en père.

Les 3 jouent super bien

Ce serait cool un 3e film de Tom avec Spielberg

MystereK
13/04/2021 à 14:24

CORLE cela nous arrive aussi sur Terre et même dans les hopitaux avec les maladies nosocomiales. On croit être dans un environnement sûr et hop... une bactérie, un virus... et on est plus là. Et si nous ferons de l'eploration spatiale, cela va aussi nous arriver de nous balader libre de tout équipement sur des planètes à piori sans problème, jusqu'à ce que le menace invisible de la nature s'en prend à nous.

ZOU c'est en parfait accord avec le film, ce n'est pas les humains qui arrivent à sauver la planète mais c'est la planète qui se sauve elle-même. Les humains sont impuissant face à cette menace et c'est la force du film.

Monsieur Vide
13/04/2021 à 10:12

@cacouac : bien d'accord !

Garm
13/04/2021 à 05:08

"et puis pour finir les tripods qui tombe car ils ne sont pas habitudé à l'air de la planete? Ah vraiment? pk les ptits martiens ne sont pas équipé de leur propre "oxygene" pour survivre sur une planete inconnu comme nous on le fait pour aller dans l'espace.... bref un gachi la seconde moitié de ce film"

Non ça va pas du tout, du tout

Eddie Felson
13/04/2021 à 01:43

Signaler
Un grand film SF, une intro démente, un plan séquence d’anthologie lors de la fuite en auto, une séquence hallucinante d’un train en feu mais une scène pénible avec Tim Robbins et une fin qui ne m’a jamais convaincue, rapide et facile... mais un grand film à l’arrivée même si dans le registre SF Tonton Spielby a fait mieux à mon sens avec ET, Rencontre du 3ème type et Minority Report. Je signe de suite pour une nouvelle collaboration entre Spielberg et Cruise, deux parmi les derniers géants d’un Hollywood avec un grand H.

Eddie Felson
12/04/2021 à 20:48

@JayJay
Ta jeunesse inculte a vu le film avec les lunettes de Ray Charles!?!?

Cacouac
12/04/2021 à 20:11

Qu’elle est triste cette époque où le spectateur moyen n’est même plus foutu de discerner et d’apprécier la virtuosité d’un réalisateur.
Que le film souffre de quelques faiblesses n’enlève en rien la maîtrise totalement folle du spectacle proposé.
Que seule une misérable poignée de réalisateurs pourrait égaler.

Jayjay
12/04/2021 à 19:29

Quelle tristesse ce film, entre les personnages tête à claques typiques du blockbuster, les morts (des vêtements qui volent au vent), le scénario et ses facilités hors sujet au XXIe siècle, les lourdeurs dramatiques appuyées qui résonnent avec les événements de 2001, le refus du grand spectacle (du hors champ) et le huis clos final pour cacher le fait que tout le fric est passé dans les poches des stars Cruise, Spielberg et les copains, bref le sentiment d'un gâchis et d'un coup pour rien dans la filmo des 2 compères. Typique du Spielberg qui cachetonne et bâcle de temps en temps.

Hank Hulé
12/04/2021 à 18:42

Dommage que le dernier tiers retombe (la cave, la fin moisie), le reste est assez top...

Roro
12/04/2021 à 16:08

Pour moi aussi, grand film mais pas chef d'oeuvre, la faute à une fin bâclée.

Mais ça démarre tellement fort avec cet orage sans tonnerre !

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