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HPI saison 1 : critique du haut potentiel télévisuel de TF1

Par Lino Cassinat
13 mai 2021
MAJ : 27 juin 2023
14 commentaires

TF1 n’avait pas fait mieux depuis 2006 : HPI, sa création originale avec la talentueuse Audrey Fleurot en vedette a laminé la concurrence. Avec ses deux premiers épisodes, la chaîne a rassemblé 9,3 millions de téléspectateurs, soit 40% de part d’audience selon Médiamétrie. Un score qui fait baver d’envie, et qui nous a poussés à découvrir ce qui pouvait intéresser tant de monde. Fiction téloche française autour d’enquêtes de police à résoudre pour la case prime time : a priori pas de quoi rêver. Pourtant la surprise est là… même si elle a de saillants défauts.

Affiche officielle

SUPER-MAMAN

Dans la banlieue de Lille, Morgane Alvaro est dite haut potentiel intellectuel (ou HPI). Avec 160 de QI, c’est une surdouée. Mais surtout, c’est une mère célibataire qui galère : trois enfants à charge issus de deux pères différents – dont un qui a disparu dans la nature -, cinq crédits sur le dos, un caractère rebelle et intègre qui lui attire souvent des ennuis et seulement un boulot de femme de ménage dans un commissariat pour joindre les deux bouts. Elle s’en sort, mais tout juste.

 

photoUne héroïne hors du commun

 

À la suite d’un imbroglio, l’équipe d’inspecteurs dont elle nettoie les bureaux décide de l’engager comme consultante : en échange de l’aide de la police pour rouvrir l’enquête sur son ex-mari et amour de jeunesse disparu (et d’un plus gros salaire), Morgane devra mettre son intelligence et son sens de l’observation hors du commun au service des enquêtes du service… et sa haine naturelle des flics de côté.

Face au Mentalist des Américains et au Sherlock des Anglais, les persifleurs auront tôt fait de ricaner : c’est tout ce qu’on a réussi à envoyer ? Précisément, et c’est même là ce qui fait le charme immédiat des trois premiers épisodes d’HPI : Morgane Alvaro se démarque de ses deux autres confrères parce qu’elle répond au sourire Colgate du premier et au cynisme du second avec sa connaissance approfondie de… la vie de tous les jours. La sienne, entre l’éducation de ses enfants et les courses au centime près, mais aussi celle des autres, qu’elle observe grâce à sa profession de femme de ménage. Une invisible qui regarde tout, apprend de tout (des poubelles aux documentaires sur Arte), mémorise tout, et à qui rien n’échappe.

 

photo, Audrey FleurotAudrey Fleurot, autre registre, toujours aussi impressionnante

 

C’est une direction osée, très éloignée des traditionnels sombres beaux gosses en costard de flic et des nerds génies aux cheveux gras. D’autant plus que les créateurs d’HPI ont assorti leur personnage principal d’une personnalité extravertie et d’un look pin-up extravagant. Mais le concept paye quasi-instantanément, grâce à une étincelante Audrey Fleurot qui prouve encore une fois (si tant est qu’il le fallait) l’étendue de son talent, et un personnage-univers écrit avec rigueur et énergie. De cela émerge une héroïne à la typologie rafraîchissante, voire originale, que l’on a hâte de suivre dans les péripéties à venir. C’est là que ça se gâte.

 

photo, , Audrey Fleurot, Mehdi Nebbou, Marie DenarnaudFlics bougons gris numéros 8474 et 9154

 

PAS SUPER FLIC

Un personnage principal, aussi intéressant qu’il soit, il faut lui donner de la matière pour le nourrir et entretenir le divertissement. De ce côté-là, HPI tombe rapidement dans la redite et, à force, finit même par rentrer dans le rang de la production télévisuelle inoffensive. HPI perd son identité dès l’épisode 4, le premier à déplacer l’univers des intrigues des turpitudes de la grande bourgeoisie corrompue du Nord à… à peu près tout et n’importe quoi, du hooliganisme à l’arnaque aux petits vieux sur Internet .

Cela ne va pas sans conséquence évidemment, puisque Morgane Alvaro y perd au passage sa raison d’être, HPI sa saveur, et le spectateur son implication. Symptôme évident, la série se perd dans son ton. Elle hésite entre muscler ses intrigues et préserver son pétillant personnage principal, une anonyme qui traverse une prise d’otage, un enlèvement ou une fusillade, sans provoquer en elle la moindre réaction.

Comme une anti-Scully, qui découvre les aliens à chaque épisode de X-Files et répète la même trajectoire comme une amnésique, Morgane Alvaro traverse un nouvel univers sans que cela provoque la moindre évolution. Pas d’évolution ou même de montée en pression, comme si elle avait passé sa vie à voir des cadavres et des gens se faire tirer dessus.

 

photo, Audrey Fleurot, Mehdi NebbouBon j’ai envoyé une notif LinkedIn au mari de la victime pour lui dire qu’on a trouvé se femme morte

 

C’est dans les moments où cette contradiction est la plus forte qu’HPI donne à voir son plus mauvais visage : au bout de la 37e scène de crime contaminée par notre protagoniste, et du 46e décès négligemment annoncé à un proche de victime, la femme-enfant pétaradante du début se transforme en moulin à gags sinistrement inconséquent dans l’oeil du spectateur. L’amusement laisse alors place à un ennui endormant mâtiné d’un léger agacement, renforcé par l’habillage esthétique de plus en plus sucré et la facture technique globale de moins en moins convaincante – les figurants de la baston collective entre supporters de foot vous renverront aux sombres heures de Hélène et les Garçons.

Avec ses intrigues sans danger ni propos et sa galerie de personnages secondaires parfaitement fades et atones – hormis Mehdi Nebbou, sous-écrit mais parfait clown blanc -, le carburant manque vite à HPI et son héroïne pour continuer à impliquer le spectateur. La série se retrouve alors à compenser en versant dans la référence molle (celle à Usual Suspects déguise un monument de paresse) et le potache le plus basique, à la limite de l’écoeurement (niveau rêve érotique avec de la confiture et Careless Whisper répété trois fois en un seul épisode).

Le signe que la recette s’essouffle et que les quelques intrigues au long cours sont trop faibles pour charpenter durablement un récit juste passable. Dommage de se ménager à ce point, car les ingrédients de base étaient prometteurs.

HPI est disponible en intégralité sur Salto

 

Affiche officielle

Rédacteurs :
Résumé

Il y a indéniablement un haut potentiel télévisuel dans HPI, et avec son héroïne populaire réussie et brillamment interprétée par Audrey Fleurot, on comprend que la série ait remporté l'adhésion. Mais elle se retrouve trop vite étouffée par un classicisme policier trop facile, revenu au galop après avoir été chassé par notre attachante protagoniste.

Tout savoir sur HPI - Season 1
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Kelso

Encore et toujours la même formule reprise par les séries françaises policières, depuis que la formule du policier/consultant/etc atypique cartonne (columbo, monk, le mentaliste, castle, etc) les Français ne font plus que copier cette formule. Balthazar, Munch, Astrid et Raphaelle, HPI, Capitaine Marleau, etc etc
Au bout d’un moment les gens vont se rendre compte qu’ils regardent toujours la même chose je pense.

thierry A

En effet, c’est vraiment les acteurs qui rendent la série amusante et très agréable à suivre.
Ce sont les « enquêtes de la semaine » qui sont souvent plan-plan, ici ça passe encore mais je devine que c’est la chaine pousse à cette formule qui, pour l’instant, continue à fonctionner.
Concernant la S2, j’espère juste qu’ils vont amplifier les séquences musicales de bon goût et les effet graphiques, qu’ils vont légèrement se calmer sur l’étalo Cyan/orange un peu criard (qui marche bien sur une série d’époque comme Ovnis, par exemple). et qu’ils vont amener un peu plus de diversité à l’image cela ne serait pas néfaste non plus.

Numberz

Jamais je ne regarderais cette série, mais je trouve à l’actrice un petit côté Donna Noble tout craquant…

Rasgard

Pas vu mais une rousse sexy ça attire sans doute beaucoup d’hommes et leurs femmes « ménagères de moins 50 ans » (cible fétiche de tf1) les regardent avec eux.

Perso, je fais le contraire de vous : ce qui peut intéresser tant de gens m’incite à ne pas m’y intéresser, les « phénomènes de masse » surtout si c’est sur et pour tf1 : non merci.
Je rappelle que c’est eux qui diffusent les « Josephine, ange gardien », « Camping Paradis » et séries pompées sur les séries US comme « RIS » et espagnoles comme « Les bracelets rouges »…

Chris11

C’est exactement ce que vous dites : la nouveauté prend sur les 2 voire 3 premiers épisodes, et après ça tombe dans le travers du classicisme des séries policières, jusqu’à perdre tout ce qui faisait au début de cette série une « nouveauté » (relative).