Un homme ordinaire : critique enterrée de la série M6 inspirée de Dupont de Ligonnès

Camille Vignes | 22 septembre 2020
Camille Vignes | 22 septembre 2020

Sans crier gare, l'été 2020 aura au moins rassasié les adeptes de faits divers sanglants et de crimes familiaux. Par un hasard de circonstances nommé COVID, Society, Netflix et TFX ont sorti coup sur coup leur dossier sur l'affaire Dupont de Ligonnès, presque dix ans après les meurtres. Et avec plusieurs mois de retard, c'est finalement M6 qui a donné sa version des choses dans une fiction molle et ennuyeuse : Un homme ordinaire. 

LE CRIME ÉTAIT PRESQUE IMPARFAIT

Sur le papier, Un homme ordinaire est présentée comme une mini-série fictionnelle inspirée librement de la sordide affaire Dupont de Ligonnès qui défraye régulièrement les chroniques depuis avril 2011. Mais après avoir visionné les deux premiers épisodes des quatre chapitres qui composent cette histoire, les différences entre réalité et fictions n’étaient pas franchement difficiles à lister tant elles sont peu nombreuses.

Certes, les lieux du crime et les noms des personnages ont été modifiés, « par respect pour les victimes ». Certes, un personnage fictionnel de geekette en quête de sensations fortes et mue par sa curiosité morbide a bien été créé pour l’occasion, mais outre ces points, les destins des familles de Ligonnès et de Salin se confondent étrangement. Les férus de faits divers ayant passé l’été à se renseigner sur l’affaire du quintuple meurtre nantais grâce aux deux numéros du bimensuel Society et aux deux documentaires consacrés à l’affaire, l’un diffusé par Netflix dans la série Les enquêtes extraordinaires, l’autre par TFX pour le programme Chroniques criminelles, ont donc dû très facilement retrouver les balises de l’histoire de l’été.

 

photo, Arnaud DucretUn homme ordinairement coupable 

 

Concrètement, après deux épisodes, Un homme ordinaire aurait pu aussi bien être un documentaire ou un docu-fiction que le fond n’aurait pas vraiment été différent. Comme à Nantes, les corps de la mère, des quatre enfants et des deux chiens de la famille lyonnaise de la série ont été retrouvés enterrés dans le jardin. Comme à Nantes, le père de famille manquait à l’appel, que ce soit dans la fosse creusée pour accueillir les corps, que pour répondre aux questions de l’enquête de police. Comme Xavier Dupont de Ligonnès, Christophe de Salin est décrit comme un homme aux prises avec des soucis financiers ou encore des histoires d’adultère et des penchants pour le mysticisme chrétien.  

Cependant, dès le départ, les choix formels faits par Pierre Aknine et Anne Badel, comme les nombreux et malheureux flashbacks, les postures de mise en scène dramatiques malhabiles, les personnages mal dégrossis et mal incarnés, alourdissaient le propos. D’un côté, le tout tentait d’insuffler un air de série fictionnelle à l’histoire, d’en faire un thriller divertissant. Mais d’un autre, Un homme ordinaire n’essayait jamais de cacher la véritable ambition de M6 : être la première chaîne à porter à l’écran ce fait divers nantais.

Dans ces conditions, les deux derniers épisodes avaient tout intérêt à définir clairement les positions de la série, pour rectifier le tir maladroit du début et permettre à l'ensemble de la série d’avoir un minimum d’intérêt. Spoiler alert, ce n’est pas le cas.

 

photo, Émilie DequenneLe personnage de tous les loupés 

 

L’OBSESSION GUIDANT LE PEUPLE  

Après les nombreux dossiers issus de différents médias parus au fil des années, l’intérêt de la série M6 résidait justement dans sa forme. En passant l’histoire du côté fictionnel, elle avait le choix de plonger dans la psyché des personnages, celle des protagonistes principaux de l’histoire, mais aussi dans la mécanique psychologique des masses, en expliquant par exemple comment un tel fait divers pouvait à ce point emballer les foules.

Le personnage fictif d’Anna-Rose aurait dû permettre au récit de prendre un tel tournant. Introduite dès la scène d’ouverture dans la série, lors d’un flashback relatant son accident de voiture avec Christophe de Salin, Anna-Rose aurait pu être ce levier intimiste qui manque tant à l’ensemble. Elle aurait pu être la personnification de la psychose générale qui s’est emparée des Français depuis une petite dizaine d’années.

 

photo, Émilie DequenneIdentification au personnage impossible... dommage ! 

 

Pourtant, campée avec une parfaite mollesse par Émilie Dequenne, Anna-Rose ne laissera jamais de souvenirs inénarrables aux téléspectateurs. Que ce soient ses lignes mal déclamées, sa fâcheuse tendance à subir une situation dont elle est censée être actrice, sourcils froncés et air contrit posé sur son visage, ou sa manière de taper n’importe quoi, n’importe comment sur son clavier d’ordinateur, sans jamais donner l’impression de savoir ce qu’elle fait, le personnage n’arrive jamais à la cheville de ses objectifs.

Pire, alors que n'importe quelle personne ayant vu, ne serait-ce, qu’un épisode des Experts, aura très vite fait d’avoir des suspicions sur l’informateur d’Anna-Rose (le type a les clefs de la maison de Salin et ça ne s’allume pas dans le cerveau ?), elle ne s’en inquiète que trop tard, prouvant toujours un peu plus son amateurisme et son manque de crédibilité.

Le problème, c’est qu’en écrivant le personnage principal de l’histoire, du moins celui qui fait avancer le schmilblick, avec aussi peu de talent, le résultat final ne peut qu’en pâtir. Et ce n’est pas la tentative maladroite de la transformer en allégorie de l’obsession des Français, celle qui mène parfois à la folie, dans le dernier épisode qui aura réussi à redonner du corps à l’ensemble. En fait, si Anna-Rose représente quelque chose, c’est le manque de prise de position de la série. Formellement, la série ne creuse jamais du côté de la fiction, ne laisse jamais la caméra s’emparer de l’histoire, mais se cache toujours derrière elle. Anna-Rose est à l’image de cet entre-deux sans saveur.

 

photo, Émilie DequenneRetour sur les lieux du crime... grand moment de médiocrité

 

GRÂCE À DIEU

Long plan sur un ticket de caisse accusateur à la fin du premier épisode, utilisation lourdingue de musiques dramatiques à des moments plus ou moins clefs de l’intrigue, regards chargés de sens entre Salin père et ses enfants, alors que sur le papier tout roulait, construction mettant en parallèle l’arrestation d’Anna-Rose et le possible suicide en pleine montagne de de Salin… tout est là pour rappeler que l’équipe de production ne pige pas un broc de ce qu'elle est en train de faire.

L’idée était-elle donc de retranscrire l’affaire Dupont de Ligonnès de la manière la plus réaliste possible par le biais d’un ou deux ressorts scénaristiques ou d’utiliser la fiction pour tisser autour d’un avis construit ? Les trois premiers épisodes répondent à cette question sans trop se mouiller. La mini-série est clairement à charge et elle ne manque jamais de pointer d’un doigt boursouflé d’effets de pathos la culpabilité du père.

Les deux numéros sortis par Society ont clairement coupé l’herbe sous le pied de M6, ne permettant pas vraiment à la chaîne d’apporter quelques éléments nouveaux et inconnus du grand public. Et si les trois premiers épisodes seront très vite oubliés pour les raisons exposées jusqu’ici, au moins avaient-ils le mérite de ne pas faire du grand n’importe quoi.

 

Photo Arnaud DucretBonjour, je m'autoproclame docteur, j'enlève mes lunettes et.... oh comme Superman, personne ne me reconnaît

 

Le quatrième et dernier épisode est vertigineux d’absurdité. Alors que les trois premiers chapitres s’étaient cantonnés à un cahier des charges très (trop) classique, le dernier prend ses aises et part voguer du côté de la secte chrétienne, culpabilisante, prônant le sacro-saint sacrifice libératoire comme valeur essentielle de son église. Après huit ans passés loin des écrans d’ordinateur, Anna-Rose replonge dans l’enquête tête baissée, comme les Français cet été en somme, et décide sur un coup de tête de partir enquêter sur quelques personnes dispensant des séminaires pour le moins douteux au Canada.

L’occasion pour la série de dévoiler qui était l’indic de la page Facebook dédiée à l’enquête, un flic lui-même sur le dossier (double jeu d’indic, c’est marrant), et de le tuer dans la foulée… d’une mort pour le moins suspecte. L’occasion surtout pour la série de plonger tête baissée dans l’épisode lambda d’enquête sous couverture où tout se passe mal, de déconstruire le personnage complexe de Christophe de Salin qu’elle avait eu tant de mal à croquer dans les épisodes précédents pour lui faire succéder celui d'un homme simple, mystique, influençable qui, après s'être détourné de la foi, l'a retrouvé et l'embrasse de tout son être.

Un homme ordinaire est disponible en intégralité sur 6play et en VOD

 

Affiche officielle

Résumé

Quoi qu'on en dise, la présomption d'innocence est un droit fondamental que M6 bafoue largement. En résulte une série fadasse à laquelle personne ne croit, ni les acteurs tant leur personnage sont mal écrits, ni les spectateurs qui auront tôt fait de s'arracher les yeux devant le grand n'importe quoi du final. Bref... Un homme ordinaire n'apporte rien, ni à l'affaire Dupont de Ligonnès ni à la télévision.

Lecteurs

(1.1)

Votre note ?

commentaires

barbecue
28/09/2020 à 17:40

série ennuyeuse du début à la fin et le dernier épisode est surprenant d'absurdité pas cohérent, emilie dequenne est molle bref une soirée (des soirées ) perdue

Zaza
26/09/2020 à 09:32

Nul et c'est toujours dans le noir je n'ai pas vu grand chose et ni le dernier

T0nala0
25/09/2020 à 23:19

Mais quelle énorme daube!!!! Comment laisse-t-on des gens gâcher ainsi de l’argent et du talent???? J’ai adoré le bateau au milieu du lac (d’Annecy?) arborant 4 drapeaux canadiens (au Québec), parfait symbole de la pauvreté, de la vacuité de ce ramassis de médiocrité !!!

SYLVAIN
25/09/2020 à 13:47

'une nullité sans nom sans compter les libertés du scénario vraiment très très mauvais

Simba
25/09/2020 à 10:41

Entièrement d'accord, fiction insipide, mais un Arnaud Ducret au top.

Clem
24/09/2020 à 21:58

Arnaud DUCRET est très bon je trouve, mais c'est bien le seul point positif de cette mini-série. Emilie Duquenne est soporifique et le dernier épisode part dans des sphères incompréhensibles selon moi...
Bref j'ai perdu 2 soirées...

d'accord
24/09/2020 à 07:16

Pareil... je me suis forcée a terminer. Le dernier episode est navrant. Comment peut-elle ne pas être sure de reconnaitre De Salin alors qu'il n'a presque pas change. N'importe qui de sense aurait appeler la police direct avant qu'il ne soupçonne quoi que soit. Elle accede au bureau de De Salin et ne prends meme pas son porte-cigarettes pour les empreintes... Bref, du grand n'importe quoi qui denote complètement avec le personnage des 2 premiers episodes. Emilie Dequenne est mollassonne dans ce film. J'ai pas du tout aime son jeu.

Kiara91
23/09/2020 à 22:50

Je rejoins Mike dans mon commentaire. Mis à part Ducret qui est excellent dans un rôle à contre-courant de ce qu'il fait d'habitude, les autres acteurs sont falots. Emilie Duquenne est insignifiante, donnant l'impression de s'ennuyer royalement tout en montrant une fausse fébrilité. La musique est lancinante même si elle doit insuffler l'intensité dramatique.
Les nombreux flash-back font fouillis et donnent une impression de bricolage. Quant au dernier épisode, il est rocambolesque et on a vraiment du mal à adhérer. C'est vrai que plus une ficelle est grosse et mieux cela passe mais là, c'est franchement grotesque.
J'ai regardé la totalité pour essayer d'y trouver quelque chose d'intéressant, Mis à part une timide approche de la psychologie de XDDL (bien complexe), il a vraiment fallu que je me force pour regarder.
Vraiment, cette série ne vaut pas tout le battage qui a été fait autour. Sans être voyeuriste ou avide de morbide, j'en attendais mieux.
On ne peut pas dire à oublier car cette triste affaire ne tombera pas dans les oubliettes mais cette série ne restera pas dans les annales.

fleche10
23/09/2020 à 22:44

Ennuyeux du début à la fin. Mauvaise mise en scène, mal produit,scénario de fiction mixant réalité et invention de manière navrante. Tout ceci rend le jeu des acteurs insipide. J’ai vraiment dû me forcer pour aller jusqu’au bout de manière à avoir une critique constructive

Stealthy78
23/09/2020 à 15:05

Ducret joue plutôt bien et est vraiment flippant lorsqu’il abat toute la famille! Pour le reste, énorme déception...

Plus

votre commentaire