Teenage Bounty Hunters Saison 1 : critique Southern Balles

Mathias Penguilly | 21 août 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Mathias Penguilly | 21 août 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Teenage Bounty Hunters est une plongée dans le milieu ultra-religieux de l'élite WASP du Vieux-Sud des États-Unis. Derrière quelques scènes d'action hilarantes, les jumelles Wesley trouvent toujours l'occasion de se payer les coutumes et pratiques de leur Géorgie conservatrice... et c'est souvent très drôle. Mais ne nous laissons pas avoir par la bande-annonce survoltée, il s'agit finalement d'une série adolescente classique... Verdict ?

PLONGÉE AU CŒUR DE LA BIBLE BELT

Dans les quartiers chics au nord d'Atlanta, on trouve énormément de familles comme celle de Blair et Sterling Wesley. Membres actifs de leur congrégation religieuse, mettant avidement à profit leur "hospitalité sudiste" lors de réunions Tupperwaere et autres garden party, adeptes de chasse, de golf, de grands espaces et de grosses bagnoles bien polluantes... Le tout saupoudré d'un accent lent et mélodieux dans lesquels traînent d'incessants "y'all" et autres "baah now". Les Wesley sont une véritable caricature de l'élite blanche sudiste.

Les protagonistes sont deux fausses jumelles très différentes, l'enfant sage première de classe et la rebelle rusée, qui croisent par hasard la route de Bowser, un ancien flic devenu chasseur de primes. Aux États-Unis, il s'agit d'une forme de cowboy moderne chargé de traquer les délinquants libérés sous caution et qui "oublient" de se présenter au tribunal le jour de leur convocation. Rapidement, les filles y prennent goût et l'accompagnent de plus en plus souvent en mission en dehors des cours... et des réunions à l'aumônerie.

Cette nouvelle vocation leur donne l'opportunité de remettre en question leur éducation extrêmement puritaine et de se confronter à l'hilarante hypocrisie de leur entourage. Tout ça bien sûr, sans oublier de passer par les étapes obligées du genre : les premiers petits copains, l'obsession pour le sexe, etc...

 

photo, Maddie Phillips, Anjelica Bette FelliniJamais un chasseur de prime n'a autant cité la Bible que les sœurs Wesley

 

"HOWDY Y'ALL"

Teenage Bounty Hunters est résolument une série adolescente, malgré le carton "16 ans et plus" qu'impose la plateforme au N rouge. Au sein d'un catalogue qui comprend également Sex Education, 13 Reasons Why et une pléthore d'autres exercices du genre, c'est loin d'être la meilleure... Mais on ne pense pas qu'elle prétende l'être non plus, tant elle jongle en permanence avec le second degré.

Un poil bavarde - ça se ressent beaucoup dans les derniers épisodes où toutes les scènes d'action sont entrecoupées de dialogues adolescents un peu mièvres - la série bénéficie grandement de la performance hyper énergétique de ses deux actrices. Maddie Phillips et Anjelica Bette Fellini (avec son faux air d'Anna Kendrickdébordent de charisme, si bien qu'on leur excuse assez facilement un jeu un peu répétitif et dramatique, plus dans la veine d'une sitcom que d'une production Netflix habituelle. Elles sont souvent flanquées de Bowser (Kadeem Hardison), sorte de mentor aussi tendre que bourrin : sans hésiter une des itérations les plus sympathiques du stéréotype.

 

photo, Maddie Phillips, Anjelica Bette FelliniTiercé gagnant ?

 

Plusieurs personnages secondaires bénéficient aussi d'un traitement assez original et surprenant pour ce type de série : l'homosexuel-totem par exemple, n'est pas du tout celui qu'on imagine de prime abord. De la même manière, le petit copain afro-américain est à mille lieues du cliché du petit voyou mignon ou de l'apprenti chanteur de hip-hop - des évidences d'habitude quand on tourne à Atlanta.

Là où la série réussit vraiment son pari néanmoins, c'est dans son traitement satirique de la culture southern. Très clairement, la série a été créée par une enfant du cru, ça se voit et ça fonctionne très bien.

 

photoUne sacrée team de seconds couteaux

 

GEORGIA ON MY MIND

Ces dix épisodes ne sont jamais aussi divertissants que lorsqu'ils tournent en dérision la haute-société d'Atlanta, au moins aussi conviviale qu'endogame, repliée sur elle-même. Sans être une critique vraiment acerbe, le Sud en prend largement pour son grade. C'est une satire efficace, qui appuie là où ça fait mal sans non plus diaboliser une communauté finalement plus rétrograde que malveillante. Des adresses de fast-food typiques aux résultats contestés de l'élection du dernier gouverneur, sans oublier les querelles intestines sur le port d'arme et la bande originale très country, Kathleen Jordan multiplie les références à la vie locale dans une série de boutades bien senties, et c'est assez plaisant.

La série bénéficie également d'une jolie mise en scène, avec des décors et des costumes très colorés qui rappellent de manière assez évidente qu'il s'agit plus d'une comédie adolescente que d'un drame sur des chasseurs de prime. La plupart des plans sont assez conventionnels, à l'exception peut-être de ceux où les jumelles communiquent par télépathie. Jusqu'à la chute finale, complètement inattendue, le recours à cette technique photographique possède un rôle très fonctionnel vis-à-vis de l'intrigue, mais permet également quelques-unes des meilleures punchlines de la série.

 

photo, Maddie Phillips, Anjelica Bette FelliniNon ce n'est pas un remake des Totally Spies

 

STORYTELLING GONE WITH THE WIND

Le titre très explicite (et légèrement trompeur) est probablement l'élément le plus ennuyeux du film, une forme de paresse d'imagination qui rappelle certains intitulés de comédies américaines, traduits avec les pieds en français (quid du Arrête de ramer, t'es sur le sable ?). La série est vraiment très rythmée, survoltée, même en comparaison d'autres comédies pop comme le phénomène Sex Education. On pourra cependant reprocher plusieurs défauts de narration : chaque épisode est par exemple doté d'une cible différente, que les filles traquent beaucoup trop rapidement et facilement, en comparaison surtout de certaines longues, longues scènes de vie lycéenne. On le précise à nouveau : la série parle beaucoup moins de la chasse au petit délinquant que des états d'âme de ses protagonistes...

Plus évident encore peut-être, l'énorme cliffhanger à la fin du premier épisode n'a absolument aucune incidence sur les cinq suivants (soit la moitié de la saison) et ne devient central qu'à partir des deux derniers. Il s'agit clairement d'une manière très intrigante et aguicheuse de clore le pilote, mais dont l'incidence aurait dû être beaucoup plus importante sur la globalité de la saison.

 

photo, Maddie Phillips, Anjelica Bette FelliniPas des vraies Bounty Hunters, mais des sacrées Booty Kickers !

 

Il n'est pas évident que la série bénéficie d'une seconde saison : après tout, le final laisse une porte ouverte, mais se suffit étrangement à lui-même. La série a eu du mal à entrer dans le Top 10 Netflix, battue par certaines séries populaires peut-être un peu moins risquées. Elle bénéficie néanmoins d'un casting de producteurs et scénaristes très en vue (Jenji Kohan de Orange is the New BlackTara Herrmann de GLOW, ainsi que Blake McCormick de Mad Men) et elle vaut néanmoins un petit coup d'œil, surtout si le Vieux-Sud des États-Unis est une région qui vous fascine autant que nous.

 

Affiche officielle

Résumé

Teenage Bounty Hunters vaut certainement le détour pour ses dialogues bien écrits, sa satire efficace de la société mondaine atlantane ainsi que pour ses amusantes protagonistes. Difficile, cependant, de passer outre quelques gros défauts de construction et un angle d'attaque un peu trompeur.

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Lecteurs

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commentaires
swfs
22/12/2020 à 23:29

la série est excellente, je ne comprends pas pourquoi elle n'a pas bénéficier d'une meilleure promo. comme souligné plus haut, les dialogues sont vraiment bons et certaines répliques fameuses mon fait trembler de rire. l'axe comique tout comme l'axe dramatique est merveilleusement atteint et la justesse des scènes est toujours un régale.
quant aux problèmes de scenario je tient à dire que le cliffhanger du premier épisode est tout de même présent de manière importante pour l'audience car il agit comme une épée de Damoclès tout au long de la saison ( et la prochaine peut être ?).
en ce qui concerne la résolution de certains de cas il est vrai qu'ils peuvent paraitre faciles mais certains font 2 épisodes ou bien ne se résolve tout simplement pas.

Franckpinpin
19/09/2020 à 19:44

A priori adolescente et peu inventive, cette série gagne à être connue tant par l'entrain de ses acteurs que par la description acide/amère d'un milieu hypocrite. Le dernier épisode vaut à lui seul plus que la plupart des autres séries du même genre.

Dodo
25/08/2020 à 02:13

Bonne série. La fin est très surprenante.

Leduc23
22/08/2020 à 09:24

Franchement,la série est vraiment sous-vendue par Netflix.
Meilleur que 90% du catalogue mais ils préferent mettre en avant une daube comme Project Power;
La série a des défauts c sûr, et je l'ai maté par hasard mais c bieeeeeeennnn meilleur que la plupart du reste!Des moments vraiment hilarants,des dialogues au top et des sujets tellement d'actualité..un très bon moment

Ozymandias
22/08/2020 à 09:07

Je testerai sûrement je pense !

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