Run : critique qui a loupé son train

Alexandre Janowiak | 1 juin 2020 - MAJ : 01/06/2020 23:38
Alexandre Janowiak | 1 juin 2020 - MAJ : 01/06/2020 23:38

Après le succès de FleabagPhoebe Waller-Bridge s'est faite un nom prestigieux sur le petit écran dont chaque nouveau projet est scruté de près. L'arrivée de Run sur HBO (OCS en France), showrunnée par son amie Vicky Jones, était donc très attendue. Malheureusement, la sève prend un peu moins.

L'AMOUR EN FUITE

A l'heure où les remakes abondent sur le grand écran et où de nombreuses nouvelles séries continuent à outrance, s'appuient sur des scénarios trop classiques pour surprendre ou reposent sur des univers déjà connus, les créations purement originales sont des bouffées d'air frais.

Sur le papier, Run était donc une perle rare avec son pitch intrigant et entraînant : deux anciens amants se sont faits une promesse lors de leur départ de l'université, si l'un d'entre eux a besoin de quitter du jour au lendemain sa vie, il lui suffira d'envoyer à l'autre un texto avec le mot RUN pour qu'il quitte tout ce qu'ils ont construit.

Un point de départ exaltant et étonnant, surtout lorsque la vie semble parfois cadenassée et que sortir de son quotidien paraît impossible face aux obligations personnelles et professionnelles. Une situation annonçant de facto un road movie hyper dynamique, drôle, tragique et émouvant à la fois et aux perspectives inattendues, d'autant plus avec le duo Phoebe Waller-Bridge-Vicky Jones (à qui l'on doit notamment Killing Eve et Fleabag donc) pour superviser l'ensemble.

 

Photo Merritt Wever, Domhnall GleesonUn duo prometteur

 

PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE

Dès le départ, avec cette caméra mouvante dans la gare de New York, cette musique élancée, les regards perdus et paniqués, l'essoufflement palpable des personnages et la folie de la situation, la série HBO part sur les chapeaux de roue. La fuite des deux anciens amants est rapide, furieuse, folle, pleine de nostalgie, de crainte, de doutes et la caméra sait capter chaque petit instant de ces retrouvailles hésitantes, agitées et loufoques.

Immédiatement, les deux personnages incarnés par Merritt Wever et Domhnall Gleeson deviennent inévitablement attachants et la promesse qu'ils se sont faits quelques années plus tôt est le moyen d'explorer leurs parcours, leurs choix de vie, leurs souvenirs à travers quelques flashbacks et de nombreuses péripéties.

Et justement, si la situation laissait imaginer une aventure dingue aux airs de simple comédie romantique burlesque et farfelue, Run se révèle au fil des épisodes bien plus qu'un simple road movie romantique.

 

Photo Domhnall Gleeson, Merritt WeverUne aventure emplie de doutes

 

Au contraire, l'aventure de Billy et Ruby marque un tournant majeur dans leurs vies respectives et devient, au fil des épisodes, un véritable drame existentiel. Leur escapade donne lieu à des réflexions poussées sur la destinée, l'amour, l'existence. Très vite, comme dans Fleabag, il est largement question ici de fantasmes, de réalité, d'espoirs déchus, de regrets et d'accomplissements personnels vis-à-vis de son entourage et de soi-même avant tout.

C'est là que la série HBO réussit quelques-uns de ses plus beaux moments grâce à sa capacité folle à jongler entre les genres, elle réussit à surprendre en permanence (thriller, road movie, comédie, drame), de manière brutale et sans possibilité de revenir en arrière. L'occasion pour le spectateur de ressentir de belles émotions entre joie et tristesse, hilarité et gêne, complaisance et mépris, à travers le périple péchu des deux protagonistes.

 

Photo Domhnall Gleeson, Merritt WeverVoilà un cliffhanger drôle et inattendu

 

COURIR PEUT ATTENDRE

Malheureusement, les promesses des premiers instants ne tiennent pas forcément sur la longueur. Run a beau être dynamique et surprenante - notamment grâce à quelques cliffhangers bien sentis -, la série cale et l'élan de départ devient finalement un lourd fardeau à porter, empêchant les personnages de se déployer, et à l'aventure de s'envoler.

A la moitié du voyage, malgré un nombre incalculable de moments précieux sur l'existence et de purs moments burlesques, difficile de comprendre où la série souhaite nous mener. D'abord intrigants et attachants, les deux personnages principaux perdent en ampleur et en vigueur. Leurs caractérisations reposent finalement sur quelques faibles données et leurs actions sont loin d'être justifiées ou compréhensibles.

 

Photo Archie PanjabiLes personnages secondaires sont mieux caractérisés que les principaux, aïe !

 

C'est bien simple, Billy et Ruby deviennent, au fil de leurs rencontres avec d'autres personnages (comme celui de Archie Panjabi, par exemple), les moins intéressants de la série. Cependant, à ce niveau, c'est la taxidermiste incarnée par Phoebe Waller-Bridge qui leur vole, sans aucun doute, la vedette alors même que sa présence est rare et secondaire. De quoi révéler une écriture imparfaite voire bancale du duo principal, devenu, par ailleurs, profondément antipathique à mesure de l'avancée du récit.

Après avoir été présentés comme des âmes en peine attachantes, persuadées d'avoir manqué leurs vies et bien décidées à les relancer, Billy et Ruby se transforment littéralement en des êtres abjects. L'une a quitté sa famille sur un coup de tête, l'autre est un mythomane aux faux-airs romantiques, les rendant tout bonnement insupportables jusqu'au grand final de cette saison 1.

La conclusion de cette saison 1, largement ouverte et occultant de nombreuses réponses (laissant à penser qu'une saison 2 est envisageable), déçoit d'ailleurs par sa brusquerie et sa soudaineté. Une rudesse qui se marie parfaitement avec le coup de tête initial des personnages mais qui vient achever une fuite en avant dont le motif et les enjeux n'auront jamais trouvé un véritable sens.

Run est disponible en intégralité sur OCS en France. 

 

Affiche française

Résumé

Malgré sa fougue initiale et ses jolies réflexions existentielles, Run est une de ces séries dont le pitch à concept ne réussit pas à tenir sur la durée.

commentaires

Hank Hulé
02/06/2020 à 14:50

@ la rédac : menteurs, c'est un fake ! P..... de confinement...

Mathieu Jaborska - Rédaction
02/06/2020 à 14:33

@Hank Hulé

Ça tombe bien, la critique a été publiée le 7 mai dernier : https://www.ecranlarge.com/saisons/critique/1175598-gangs-of-london-saison-1-que-vaut-la-serie-ultra-violente-du-realisateur-de-the-raid

Hank Hulé
02/06/2020 à 13:42

@ la rédac : et la critique de Gangs of London, c'est pour 2023 ? bande de faignants !!!!
Pour l'instant, après 5 épisodes vus, c'est la grosse baffe de l'année !

trashyboy
02/06/2020 à 12:37

Votre avis sur la saison 3 de Killing Eve m'intéresse.
Pour ma part je n'ai pas vraiment adhéré à l'évolution du personnage de Villanelle, j'ai trouvé que l'histoire manquait de consistance, malgré l'arrivée de nouveaux personnages liés aux douze, et le rythme plus ennuyeux.

Alxs
02/06/2020 à 11:56

Critique très juste. C'est d'autant plus dommage que la série amenait un point de vue plus frais sur les comédies romantiques, dommage!

Pat Rick
02/06/2020 à 09:32

"Malgré sa fougue initiale et ses jolies réflexions existentielles, Run est une de ces séries dont le pitch à concept ne réussit pas à tenir sur la durée."

Pas vu mais quand on lit le pitch on se dit que c'est bon pour un film mais pas pour une série.

Constantine
02/06/2020 à 08:28

Moi dès le premier épisode je trouvais les 2 personnages assez désagréables : 2 têtes de c... égocentriques, égoïstes et complètement immatures...ça m’a pas du tout donné envie de continuer..

Sami 2030
02/06/2020 à 01:10

laissez nous regarder ce que ce passe dans 2 saison et n'anticipons pas les événements, le suspense existe toujours, le réalisateur a une vision expressive d'une relation complexe

Hank Hulé
01/06/2020 à 16:21

Mouais, déception. Au final, ça raconte rien, ça se répète et ça se termine en eau de boudin. Les seconds rôles sont plus intéressants que le duo principal, ce qui n'est jamais bon...

antw1fisher
01/06/2020 à 15:58

J'ai trouvé ça vraiment mauvais.
Passé les 2 premiers épisodes, la découverte des personnages et le concept, on se rend vite compte qu'il n'y a absolument rien à raconter
Difficile voir impossible de s'attacher aux personnages principaux qui sont profondément creux et antipathiques
J'aurai justement préféré que ça reste un road trip se passant exclusivement dans un train en jouant à fond sur les dialogues et le concept plutôt que de partir dans tous les sens comme ça. Une fois que le personnage joué par Archie Panjabi débarque ça devient la foire à la saucisse et le côté thriller est terriblement mal fait
Un des gros ratages de l'année en ce qui me concerne.

Et la saison 3 de Killing Eve, autre création de ce duo, ne remonte pas du tout la barre non plus, encore une série concept qui démarre bien et voit son intérêt s'estomper au fur et à mesure, qui ne sait absolument pas quoi raconter et où aller.

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