Keep Your Hands Off Eizouken! - critique du club Devilman Galaxy

Elliot Amor | 25 mars 2020 - MAJ : 27/03/2020 10:46
Elliot Amor | 25 mars 2020 - MAJ : 27/03/2020 10:46

Si vous aimez l'animation japonaise, vous avez certainement retenu les noms de quelques studios derrière vos œuvres préférées. Ici, il s'agit du studio Science Saru co-fondé en 2010 par Masaaki Yuasa, connu à l'époque pour Mind game et The Tatami Galaxy. Dix ans plus tard, après les succès de The Night is short, Walk on Girl et Devilman Crybaby, Yuasa et son studio reviennent avec l'adaptation du manga Keep Your Hands Off Eizouken! sur Crunchyroll.

DON'T LOSE YOU WAY

Masaaki Yuasa aime les personnages qui ont une passion. Surtout, il aime que cette passion soit au centre de l'histoire, on le ressent très bien dans The Night is short, Walk on Girl ou Ride your wave (qui attend encore sa date de sortie française). Et c'est également le cas avec Keep Your Hands Off Eizouken, dont les trois héroïnes sont friandes d'animes au point de vouloir créer leur propre studio d'animation alors qu'elles sont au lycée.

Mais l'intrigue oublie vite les soucis que peuvent habituellement rencontrer des lycéennes. Ici, on se concentre sur la conception de leur anime et sur les interactions qu'a le club vidéo (Eizouken en japonais) avec les autres clubs, le conseil des élèves et le monde des adultes. Les héroïnes ont beau avoir des soucis avec l'écriture d'un scénario, l'animation de certains plans ou encore le travail sur le son... leur principal problème semble être la censure.

Car oui, le conseil des élèves a du mal à supporter l'agitation que ces trois filles peuvent parfois provoquer, ses membres cherchent donc la moindre excuse pour faire fermer Eizouken. Quant aux enseignants et à la direction du lycée, ils aiment bien rappeler que la conception d'animes est réservée au "club d'animation" et qu'il est interdit de gagner de l'argent en dehors de l'école.

 

ProtagonistesTsubame l'animatrice clé, Midori la réalisatrice, Sayaka la productrice.

 

Avec toutes les complications que rencontrent les héroïnes, on sent que les créateurs de la série racontent un peu leurs expériences dans le monde de l'animation. Et dès le première épisode, un élément peut nous le faire déduire : Midori Asakusa (celle du milieu dans l'image ci-dessus) regarde un anime qui fait étrangement penser aux créations de Hayao Miyazaki. Eh oui, comme souvent, parler d'animation japonaise nous amène à évoquer le Studio Ghibli et les précedentes œuvres de ses fondateurs comme Le Château de Cagliostro et Nausicaä de la vallée du vent. Ces deux films ont très clairement influencé les créateurs de Keep Your Hands Off Eizouken! et ils nous le montrent dès le première épisode.

Vu qu'il s'agit d'une série d'animation qui parle d'animation, on peut facilement affirmer que l'équipe maîtrise plutôt bien son sujet lorsque les personnages expliquent les étapes de production. Les dialogues ne tombent ni dans le piège de répliques trop expertes pour le commun des otakus, ni dans la vulgarisation enfantine. Les scénaristes trouvent un juste milieu qui ne demande pas énormément de connaissances techniques de la part des spectateurs. Cela vient aussi du fait que les protagonistes n'ont elles-mêmes pas énormément de connaissances, rappelons qu'elles sont encore au lycée.

Eizouken est différente d'une série comme Shirobako qui nous plonge dans les bureaux d'un "vrai" studio d'animation. Ici, on rend plutôt hommage aux artistes indépendants qui bâtissent leurs œuvres à partir de leur seul volonté. On prend énormément de plaisir à voir comment les personnages contournent leurs restrictions budgétaires avec l'aide des autres clubs du lycée. Et avant de nous montrer le rendu final d'une scène sur laquelle le groupe travaille, on a quelques occasions ostentatoires d'admirer les idées naître dans leurs esprits. C'est beau.

 

OuiOui, elles chevauchent un trépied géant. Où est le problème ?

 

LE CLUB DES TROIS

La série s'attarde d'abord sur Midori et Sayaka (la petite et la grande) qui sont de véritables introverties. La première est simplement fascinée par les animes et ne semble pas consommer quoi que ce soit d'autre. La seconde ne pense qu'à l'argent et cherche toujours à en gagner plus, on dirait une version plus sympa de Jake Gyllenhaal dans Night Call. Enfin, lors d'une projection dans un amphithéâtre du lycée, une élève est poursuivie par des hommes en noir. Il s'agit de Tsubame qui tente d'échapper à ses gardes du corps. Ces derniers sont engagés par les parents de la jeune femme qui s'avère être une actrice dont les vraies passions sont le dessin et l'animation.

Tsubame est le personnage à travers lequel les auteurs évoquent un souci non négligeable : les parents. Car en effet, beaucoup de gens ont dû trouver le courage de dire à leurs familles "Je veux créer des animes", "Je veux dessiner des mangas", "Je veux écrire des critiques sur Écran Large", etc. Les parents de Tsubame voulaient que leur fille soit actrice, comme sa mère. La double identité donne de la profondeur au personnage de Tsubame. C'est une fille plutôt discrète qui peut s'énerver quand la production dégénère, mais lorsque ses fans la croisent au lycée ou dans la rue, elle devient un personnage très différent qu'on n'imagine pas voir travailler dans un studio d'animation. Mais bon, quand elle nous explique que le métier d'animateur s'apparente beaucoup au métier d'acteur, elle a pas tort.

 

photoL'art du déguisement

 

Une moitié d'épisode explore également la rencontre entre Midori et Sayaka. À l'époque, elles étaient déjà à l'écart des autres, Midori n'a jamais eu le courage d'aller vers les gens et Sayaka n'a jamais vraiment ressenti le besoin d'avoir des amis. Puis quelques répliques nous font comprendre que Midori et Sayaka ne sont jamais devenues amies, Midori préfère le terme "camarade", un mot qui peut s'avérer beaucoup plus fort que "ami". Et bien sûr, Tsubame bénéficie également de ce statut aux yeux de Midori. Quoi qu'il en soit, grâce à la création d'Eizouken, nos héroïnes ne parviennent pas seulement à nourrir leur passion, elles forment désormais un groupe indivisible. C'est ça l'amitié la camaraderie.

On a beau trouver que les protagonistes sont excentriques, les personnages secondaires ne sont pas en reste. On a parfaitement l'impression d'être dans univers de Masaaki Yuasa ou même de Hiroyuki Imaishi, le réalisateur de Kill la Kill. La plupart des personnages ont des réactions extrêmes tandis que d'autres sont d'un calme assez flippant. Certains ont les dents pointues, d'autres ont des morphologies irréalistes, quelques-unes de leurs répliques n'ont aucun sens. Les personnages secondaires nous rappellent que la vie dans le monde réel avance à un rythme effréné. C'est lorsque les trois héroïnes sont entre elles (ou parfois avec l'unique membre du club d'acoustique) qu'on a la temps de se reposer et de contempler leurs idées qui fusent.

 

photoQuand t'es bizarre, même aux yeux de tes potes.

 

DREAM ON, GIRLS

Comme quoi, il n'est pas toujours nécessaire d'intégrer des démons, des super-héros ou des ninjas à son scénario pour faire un anime spectaculaire. Keep Your Hands Off Eizouken! se déroule dans une petite ville du Japon dont les décors sont plutôt ruraux et où il ne se passe rien d'extraordinaire. Mais pour nous, spectateurs, le spectacle réside dans la tête des héroïnes qui visualisent les scènes de leur anime en s'inspirant de chaque élément qui les entoure. C'est là que la mise en abyme est très bien exploitée par la réalisation, les personnages sont intégrés à leurs propres concept arts qui sont eux-mêmes des croquis faits pas les artistes de la série. Les dessins sont magnifiques.

Quand le club des trois se transpose dans son imaginaire, les contours sont différents, il manque certains détails, le dessin n'est pas "propre" car tout est encore en train d'être imaginé. Et même dans le monde réel, la direction artistique est plutôt particulière car le style des personnages se détache légèrement des décors qui tendent vers du réalisme à la CoMix Wave (Your NameLes Enfants du tempsFlavors of Youth). 

 

photoLA BAGARRE

 

En regardant le générique de la série qui correspond tout à fait au style de Yuasaon se dit que cet opening a été animé sous l'influence de drogues très puissantes, on aimerait savoir lesquelles (par simple curiosité, bien sûr). On remarque aussi que Yuasa aime bien faire chanter ses seiyus comme par exemple dans Ride your wave ou The Night is Short. Ici, c'est pour le bien du générique.

Puisqu'on parle de musique, lorsque les idées naissent devant nos yeux ébahis, un thème musical accompagne ces accès de créativité. C'est toujours le même, on finit un peu par s'en lasser. Ce qui est sûr, c'est qu'on comprend bien que ce thème s'associe aux jaillissements d'inventivité dans lesquels certains personnages secondaires sont invités. Et la musique prend tout son sens lors de la dernière scène, après que les habitants de Shibahama découvrent enfin l'anime des héroïnes.

 

photoDes plans contemplatifs aux couleurs impressionnantes

 

D'ailleurs, l'anime qu'elles parviennent à terminer à la fin de la saison a beau être très joli, on ne peut s'empêcher de voir quelques détails qui ne vont pas. Le manque de dialogue rend la compréhension difficile, les visages des personnages sont tous très similaires, certaines animations paraissent un peu cheap, etc. Cela mène à la conclusion de l'épisode final : "Il reste des tas de choses à améliorer". Il se trouve que, comme n'importe quelle artiste, le trio a toujours des choses à redire sur ses créations. C'est probablement le cas de auteurs de cette première saison.

Pour voir la saison 2, il va falloir attendre car rien n'a encore été annoncé. On peut éventuellement se rabattre sur le manga, mais l'animation rend le concept beaucoup plus intéressant.

La saison 1 est disponible dans son intégralité sur Crunchyroll depuis le 22 mars.

 

Affiche officielle

Résumé

Keep Your Hands Off Eizouken! est un excellent anime de douze épisodes, on n'en attendait pas moins de la part du studio Science Saru, la série est drôle, touchante et visuellement très belle. Il ne reste qu'à espérer que la deuxième saison ira dans la même direction et encore plus loin.

Lecteurs

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commentaires

jee
27/03/2020 à 09:56

L"anime qui fait étrangement penser aux créations de Hayao Miyazaki." et meme un peu plus puisque ce sont des plans reproduits à l'identique de "Conan le fils du futur" (série réalisée par Miyazaki)

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