Séries

See saison 1 : critique à l’aveugle sur Apple TV+

Par Simon Riaux
8 décembre 2019
MAJ : 1 septembre 2021
36 commentaires

Ce devait être le blockbuster d’Apple TV+. Sans tourner au désastre, les premiers épisodes de See n’avaient pas des airs de triomphe. Qu’en est-il de l’entièreté de la saison ?

photo, See Season 1, Jason Momoa, Hera Hilmar

NATURE ET DÉCOUVERTE

À l’issue de la première saison de See, un constat émerge. La série créée par Steven Knight ne ressemble à aucune autre. C’était pourtant une sacrée gageure, alors que les œuvres de SF post-apocalyptiques, lorgnant du côté du grand spectacle émaillé d’un chouia de fantasy se sont multipliées. Sur le papier, See semblait condamné à suivre le chemin balisé par des productions comme Into the Badlands ou The 100.

Mais contre toute attente, l’univers qui se déploie ici tranche avec beaucoup de ces mondes, en proposant une vision pas loin d’être unique, qui délaisse l’essentiel des clichés du genre. Ici, les apparats de la force brute se voient presque systématiquement détournés, et quand la force brute incarnée par Jason Momoa peut finalement triompher, c’est toujours ou presque secondé par la vision de ses enfants.

 

photoEn route, mauvaise troupe

 

Puisqu’il est ici question d’une humanité retournée à l’état de tribu primitive, des siècles après qu’un virus ait décimé l’espèce pour ne laisser tituber sur la surface de la Terre qu’une poignée de survivants devenus aveugles, l’irruption de deux mômes aux yeux valides bouleverse les équilibres. Bien sûr, le récit n’est pas avare en gros bourrins et autres massacreurs musculeux, mais l’intrigue racontant précisément leur obsolescence inévitable, elle arrive à jouer à la fois la carte de l’action, tout en rebattant ses cartes.

Cette volonté d’assumer une dimension parfois sauvage, qui explose pour la première fois lorsque Baba Voss transforme une tripotée d’esclavagistes en pâté de couenne avec l’aide de son fiston, est traitée avec un bel équilibre entre innovation et maîtrise. En effet, marier des affrontements très physiques à la difficulté de repérer ses adversaires dans l’espace altère forcément les chorégraphies attendues, tout en transformant les enjeux des dites séquences. La force ne provient jamais tant de la puissance, que de la capacité à duper l’adversaire.

 

Photo Jason MomoaJason Momoa, le meilleur ogre bougon venu d’Amérique

 

BLIND GAMES

De même, on pouvait redouter une esthétique rebattue, pleine de gros balèzes encore shootés aux stéréotypes de Mad Max 2, toujours prêts à troquer une bonne mandale contre un slip clouté, mais il n’en est rien. Les ruines humaines et les structures sociales nord-américaines ont pourri des siècles durant, et cela déplace See bien loin du tout-venant post-apocalyptique.

Ici, la nature a repris tous ses droits, et on ne croise que très exceptionnellement les vestiges de la société occidentale contemporaine. Le show d’Apple TV+ se déroule presque exclusivement en extérieur, au sein d’immenses espaces inviolés. D’épisode en épisode, l’ensemble devient de plus en plus dépaysant, tandis qu’observer les mésaventures de nos héros, immergés dans un microcosme qui les ramène sans cesse à l’humilité de leur condition s’avère très plaisant.

 

Photo Nesta Cooper Nesta Cooper, mine de charisme et gros point fort du casting

 

Et pour notre plus grand bonheur, la caméra sait le plus souvent en tirer parti. Sans verser dans le contemplatif, la mise en scène s’évertue toujours de traiter la nature comme un personnage à part entière, et offre régulièrement de très belle séquence. Presque chaque épisode contient au moins un passage qui étonne par sa singularité, son contrepoint, ou la manière dont il appréhende son décor. Qu’un guerrier découvre la varappe à l’aveugle, qu’on redécouvre la navigation ou qu’un sous-bois se métamorphose en délirant champ de bataille, See se révèle régulièrement agréable à regarder.

 

NAVETGAN

Malheureusement, le show, pour unique qu’il soit, a tendance à flirter plus souvent qu’à son tour avec le gros Z qui tâche. Plusieurs personnages sont atrocement ridicules, et utilisés comme des deus ex machina (ou au contraire de pures victimes expiatoires d’un scénario qui avance… à l’aveugle). On pense à cette prêtresse (Alfre Woodard) qui passe les trois premiers épisodes à faire avancer le script à coups de révélations énormes, la crédibilité rapidement mise à mal de l’équation de départ – comment croire sérieusement à ces micro-sociétés d’aveugles, où tout le monde se pare des plus beaux accoutrements rituels, ou à ces hordes de non-voyants chevauchant moult destriers sans coup férir ?

 

Photo Sylvia HoeksQuand tu réalises que tes scènes les moins ridicules sont les séquences de masturbation psychotique

 

Mais c’est la deuxième moitié de cette première saison qui tombe narrativement dans le n’importe quoi. Arrivé à mi-parcours, il devient évident que les auteurs galèrent grandement à renouveler les enjeux, mais surtout à justifier la séparation des différents héros, afin de renouveler les situations.

On assiste alors à une série de révélations qui embarrassent, tant par leur proximité que la similarité de leurs mécaniques. En gros, chaque personnage d’importance révèle soudain une connexion (familiale, personnelle…) à un autre, totalement insoupçonnée et insoupçonnable, qui change soudain son statut et son parcours. Au bout de l’énième quidam à révéler qu’il est le cousin de l’ouvreuse de la patronne du syndicat des miros, on se dit qu’on nous prend un peu pour des jambons.

 

Photo Alfre WoodardMême les aveugles savent lire un script…

 

Le procédé apparaît d’autant plus vain et grossier que le scénario brûle énormément de cartouches dès cette première saison. Le mystère de la naissance des voyants est éventé et apparemment résolu, la mythologie qui les entoure d’une grande banalité tant elle est prévisible et réglée en à peine un épisode. Le règne de la grandiloquente souveraine (Sylvia Hoeks) n’est déjà plus qu’une lointaine menace, et tourne si vite au ridicule qu’on regrette ces premiers chapitres où elle maudissait l’univers en se pelant l’oignon. Pire, le season finale se conclut sur un cliffhanger bien banal et l’ouverture d’une intrigue à base de vengeance toute simple, comme si See (impératrice) n’avait déjà plus beaucoup d’options narratives.

Et pourtant, malgré ces coups d’accélérateurs, on ne compte pas les scènes qui s’éternisent. Toujours, on a le sentiment que la série veut s’élever au-dessus de sa condition de SF post-apocalyptique teintée d’aventures en étirant le moindre de ses dialogues. Ceux du Witchfinder en sont un exemple particulièrement gênant, où silences sérieux, surjeu stupéfiant et autres artifices écrasent chaque apparition du personnage. Il n’est hélas pas le seul à souffrir de cette condition de bouche-trou, et trop souvent les épisodes perdent une grande partie de leur impact, de par une durée bien excessive, mal maquillée.

See est disponible en intégralité sur Apple TV+ en France

 

Affiche officielle

Rédacteurs :
Résumé

See bénéficie de sa singularité visuelle, d'un charme certain, des excellents Nesta Cooper et Jason Momoa. Mais son scénario tantôt dilaté tantôt trop brusque, ainsi qu'un penchant affirmé pour le Z grand-guignol limitent pas mal l'impact du blockbuster d'Apple TV+.

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666

faut stoppe les phrase sous les photo ce n est pas drôle du tout

Lambert

@666, rien ne t’oblige à lire les légendes, tu peux te contenter des images comme pour une BD de ta jeunesse. Dans le cas précis de « See », les commentaires illustrent bien la stupidité de cette série.

banban

« comme si See (impératrice) »

Je m’incline et applaudit vivement.

Sisix

Un très bon divertissement selon moi, c’est vrai qu’ils vont un peu vite niveau intrigue mais cela reste assez original avec de somptueux décors .

Albert

Euh c’est tout simplement un pur chef d’oeuvre !