Succession saison 2 : critique d'un Game of Thrones moderne

Alexandre Janowiak | 2 novembre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Alexandre Janowiak | 2 novembre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Pendant que HBO recherche activement son nouveau phénomène série entre Watchmen et His Dark Materials pour succéder à Game of Thrones dans le coeur des fans, la chaîne propose déjà un sublime show où trahisons, coups bas, meurtres (médiatiques) et autres joyeusetés s'enchaînent : Succession. Quelques semaines après la fin de la saison 2, on revient sur le vrai héritier de la série de fantasy-médiéval.

TON UNIVERS IMPITOYABLE

La famille a souvent été au centre des intrigues du petit écran, et évidemment, ce sont surtout celles fatiguées, désespérées, conflictuelles et finalement dysfonctionnelles qui intéressent le plus les scénaristes. Ainsi, de Shameless à Bloodline en passant par Six Feet UnderPeaky BlindersLes Soprano et dans un autre registre plus comique Malcolm, les disputes et désaccords familiaux infusent le monde des séries depuis toujours.

Et au milieu de ce genre à part entière, ce sont surtout les familles riches qui ont offert les intrigues et récits les plus captivants comme les Ewing de Dallas menés par Larry Hagman, sans doute la plus culte de toutes. Cependant, elle pourrait bien se voir ravir le trône du petit écran par les Roy de Succession.

Diffusée pour la première fois lors du Festival Séries Mania de 2018 (on en parlait ici), la série HBO a depuis prouvé ses qualités avec une saison 1 jubilatoire et particulièrement cynique. Avec sa saison 2, la série gagne encore en ampleur dans cette guerre familiale où le patriarche cherche la personne idéale pour prendre sa relève en tant que PDG de Waystar Royco.

 

Photo Brian CoxBrian Cox, impérial

 

ANÉ(N)ANTI

À ce petit jeu-là, Succession ressemble finalement à un mix des Lannister de Game of Thrones, des Carrington de Dynastie et des célèbres Hamlet et Roi Lear de William ShakespeareEntre soif de pouvoirs, règlement de comptes, jeux de dupes, trahisons, humiliations... la série HBO offre un récit aux multiples rebondissements difficilement prévisible tant chaque personnage joue son va-tout personnel et semble capable de tromper ou abattre quiconque se mettra en travers de son chemin.

Ainsi, à la fin de la première saison, c'est finalement Kendall Roy (incroyable Jeremy Strong) qui perdait la partie et se retrouvait dans l'obligation de suivre sans broncher les décisions de son père tyrannique Logan Roy (effrayant Brian Cox) pour s'éviter une peine bien plus dure. Dans cette saison 2, le patriarche reprend donc les commandes de sa compagnie après s'être remis de son coma, et malgré sa santé chancelante, bien décidé à ne pas confier les rênes de son empire à quelqu'un qui n'aura pas son sens du pouvoir.

 

Photo Sarah Snook, Brian CoxUn cadeau empoisonné ?

 

S'amusant de la situation comme un tyran prend plaisir à tuer ses ennemis, Logan Roy met donc sur le devant de la scène sa fille Shiv (charismatique Sarah Snook) à qui il promet le poste si convoité. S'installe alors encore une fois une partie d'échecs aux niveaux multiples et où chaque erreur pourra conduire à la destruction de l'un ou l'autre des partis. Et pour pousser encore plus dans leurs retranchements ses enfants, Logan fait également rentrer dans la course à sa succession une businesswoman chevronnée éloignée du cercle familial : Rhea Jarrell (meilleur rôle d'Holly Hunter depuis bien longtemps).

De quoi augmenter les tensions entre chaque membre des Roy et, une fois de plus, faire exploser les gonds de certains d'entre eux. En effet, l'un des points les plus passionnants de Succession est sans aucun doute la relation et les différences qu'entretiennent Logan et ses enfants. Lui a construit son empire seul quand ses enfants baignent dans le luxe depuis leur naissance, et cette différence fondamentale embrase inévitablement les points de vue et surtout la manière de gérer les problèmes.

Car au-delà de cette question de la succession, cette saison 2 de HBO se concentre autour de deux problématiques majeures : une OPA (Offre publique d'achat) hostile et un scandale sexuel dans une de leurs filiales. Deux difficultés dont certains vont avoir du mal à se relever quand d'autres seront tout simplement jetés en pâtures pour payer les pots cassés.

 

Photo Brian Cox, Holly HunterHolly Hunter entre dans l'arène

 

BEING A KILLER

Avec sa richesse scénaristique et son écriture minutieuse, Succession confirme assurément son statut de très grande série du moment avec cette deuxième saison. Alors que Game of Thrones a conclu sa guerre pour le règne de Westeros au mois de mai dernier, nul doute qu'une nouvelle guerre pour le trône a pris sa succession.

Ici, le trône de fer est devenu le poste de PDG de Waystar Royco et la guerre pour le pouvoir se joue désormais dans les rues de New York, les buildings de Manhattan ou les luxueux yachts, le tout en costume Valentino et en robe Gucci. Les meurtres et tortures physiques se sont transformés en licenciements injustifiés, abus de pouvoir ou carrément meurtres médiatiques.

En revanche, une chose perdure : c'est finalement celui qui saura devenir un vrai tueur, incapable de ressentir une once de regret, déterminé à anéantir quiconque et même ses plus proches alliés qui pourra accéder au pouvoir. En cela, les plus attentifs auront sans doute vu venir ce coup de théâtre final lors d'une dernière embrassade devenue baiser de Judas dans les ultimes instants de cette saison 2.

 

Photo Jeremy Strong, Hiam AbbassBaiser sincère ou future trahison ? Le doute plane en permanence (et non, cette photo n'est pas un spoil)

 

Alors que cette course au pouvoir se jouait dans un univers épique et spectaculaire dans la série fantasy de HBO, Succession jouit d'une ambiance moderne qui rend ses enjeux d'autant plus fracassants. Ancré dans l'ère de la gouvernance Trump aux États-Unis et s'inspirant largement de l'empire Murdoch, le récit de Succession s'appuie inévitablement sur des thématiques actuelles du scandale #MeToo aux fameuses fake news, des dissimulations politiques aux affaires de corruption ou de chantages médiatiques.

Derrière ces apparats de luxe et d'opulence se cachent des coulisses sombres où les apparences prennent (ou plutôt doivent prendre) toujours le dessus sur le reste. Ainsi, derrière les visages soyeux des membres de la famille Roy sont dissimulés des personnalités aux traits marqués par la bataille permanente du pouvoir.

Le cynisme de Tom (Matthew MacFadyen) camoufle un homme malheureux dans son couple, l'assurance de Shiv masque ses multiples incertitudes professionnelles et personnelles, la crânerie de Roman Roy (déjantée Kieran Culkin) travestit sa couardise, quand la candeur de Greg (hilarant Nicholas Braun) abrite un être plus rusé qu'il n'y paraît et la langueur de Kendall refoule un homme au bord de l'explosion.

 

Photo Nicholas Braun, Matthew MacFadyenLe duo Greg-Tom offre une belle dose d'humour noir à la série

 

Ces apparences, la mise en scène de Mark MylodAndrij ParekhShari Springer BermanRobert PulciniMatt Shakman ou de Becky Martin (passée par Veep) les sonde à l'aide de gros plans et d'une caméra mouvante, passant rapidement d'un visage à l'autre pour analyser et capter les rictus, sourires, raideurs de chaque personnage. Et si la caméra épaule pourra en rebuter plus d'un, le dispositif est tellement maîtrisé qu'il devient une marque de fabrique et un élément narratif pertinent, tout comme elle l'est dans les deux derniers films d'Adam McKay (producteur de la série).

La narration justement, jouant sur de courtes ellipses, ne laisse également pas de temps mort aux personnages, obligés d'affronter en permanence des adversaires commerciaux, des journalistes avides de polémiques, des proches manipulateurs et l'arrivée de controverses inattendues et contrariantes. Les longues discussions en familles aux dialogues ciselés et répliques cinglantes autour d'un diner, d'un bureau ou d'une réception, régentent ce rythme lent et pourtant ardent, faits de surprises et de basculements.

Enfin, l'ensemble est magnifié par la musique de Nicholas Britell. Après ses sublimes partitions pour Moonlight et Si Beale Street pouvait parler, il confirme qu'il est un des compositeurs les plus talentueux de sa génération notamment avec le thème principal de Succession. Sa composition capte excellemment les tensions et revirements de situations (qui enrichissent continuellement l'intrigue principale) et réussit surtout à provoquer une certaine compassion à l'égard des battus ou persécutés de cette famille où chaque sourire cache une hypocrisie sans nom. Une force tant il est difficile de trouver une once d'âme au sein de cette famille arrogante et cupide.

Les saisons 1 et 2 de Succession sont disponibles en intégralité sur OCS en France

 

Affiche US

Résumé

Succession est définitivement l'une des séries les plus captivantes de ces dernières années. Entre tragédie grecque, comédie noire et drame psychologique, cette affolante saison 2 confirme également le talent indéniable de son casting impressionnant.

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commentaires
captp
04/11/2019 à 15:25

Une très grande série servie par un jeu d'acteur phénoménal. (Brian Cox énorme de charisme et Jeremy Strong en homme brisé par le poids du père )
des personnages nuancés et souvent malheureux ,un rythme soutenu qui fait que rien ne traine en longueur et une intrigue sur le pouvoir très réaliste contrairement à house of card qui partait en toupie des la fin de la 1er saison.
L'une des toute meilleures série actuelle .

TDD
02/11/2019 à 23:23

GOT, la série la plus surcotée de la décennie tellement c'est le néant. Merci de me faire éviter une autre soupe du même acabit.

Hank Hulé
02/11/2019 à 15:36

La meilleure série en ce moment. Et quelle zique !

KibuK
02/11/2019 à 15:30

D'accord avec antw1fischer.
J'ajoute que la vulgarité de ces gens riches a très bien été retranscrite par les scénaristes. Cette vulgarité et cette brutalité dans les échanges, entre eux ou envers les gens "moyens" met mal à l'aise et montre frontalement le fossé entre gens riches (les vrais), ceux qui pensent pouvoir avoir une part de gateaux et les gens "du bas".

antw1fisher
02/11/2019 à 13:32

Clairement ce qu'il s'est fait de mieux cette année cette série. Les frissons dès le générique, les joutes verbales (on peut faire un bottin avec tous les one liners balancés par épisode), ces personnages qu'on adore détester, insupportables mais profondément attachants, la réal, le casting impressionnant... Un sans faute.

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