Plan Cœur Saison 2 : critique qui n'est pas là pour être aimée

Simon Riaux | 17 octobre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 17 octobre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

À l’issue d’une première saison qui ferait passer la misère sexuelle Houellebecquienne pour un grand feu d’artifice sensuel, Plan Cœur a choisi de ne pas perdre de temps, puisqu’il aura fallu moins d’un an à la rom-com de Netflix pour emballer une seconde saison. Un timing d’autant plus serré que Noémie Saglio, réalisatrice et co-créatrice de la chose, a eu le temps de mettre en scène un long-métrage dans l’intervalle. Mais il en va parfois de la production de fiction comme de la friction de muqueuses : la rapidité d'exécution n'est pas gage de réussite.

PLAN CON

La première saison de Plan Cœur n’avait rien d’une éclatante réussite, mais avait au moins le mérite d’essuyer les plâtres sur Netflix d’un genre peu visité par le cinéma français, emmené par un casting vif et globalement très solide. Nous retrouvons donc notre galerie de personnages plus ou moins demeurés, plus ou moins veules et mal intentionnés, toujours désireux de répandre leurs gamètes tiédis aux quatre coins de la capitale.

On se souvient qu’il y a 11 mois de cela, le show donnait la désagréable impression d’étirer un synopsis de film à l’extrême afin de le faire passer pour une série. Le problème s’est aggravé, puisque les nouveaux épisodes reposent sur un prétexte singulièrement ridicule. Elsa (Zita Hanrot) n’est pas partie à Buenos Aires, elle a préféré rester quatre mois à Paris avec Julio, escort boy que ses meilleures amies lui ont refourgué pour entretenir son intérieur. Tombés follement amoureux, tous deux vivent des semaines en apesanteur.

 

photoTrois bonnes copines

 

Mais, pour une raison mystérieuse, qui ne sera jamais abordée, explicitée, ou traitée par le scénario (qui ne croule pourtant pas sous les enjeux), Elsa a dissimulé à son entourage qu’elle était restée à Paris, et n’a dit à personne qu’elle filait le parfait amour avec Julio, lequel veut désormais se lancer dans la chanson. Cette deuxième saison débute donc alors qu’elle doit feindre son retour, et faire face à ses deux potes (Sabrina Ouazani et Joséphine Drai) , toujours en lutte contre le principe d’intelligence collective. Ces dernières, pour une raison elle aussi mystérieuse, se mettent donc en tête de réconcilier Elsa avec son ex, passablement toxique et obsessionnel.

Difficile, avec un semblable point de départ, de conserver un semblant d’empathie pour des protagonistes dont les motivations sont totalement obscures. Un souci constant, tant les divers rebondissements que nous réservent le scénario paraissent motivés non pas par l’évolution des situations ou des personnages, mais par des impulsions artificielles, qui servent à meubler et ne suivent jamais un semblant de développement logique.

 

photoQuand tu découvres tes répliques

 

FLAN COEUR

L’intrigue a-t-elle sacrifié la cohérence à l’humour ? Même pas. Son tissu absurde de sous-intrigues creuses est encore souligné par une absence de tempo comique qui provoque rapidement un sentiment de malaise envahissant. Les gags tombent à plat, jamais la caméra ne parvient à embrasser une situation, l’équilibre fragile entre embarras et euphorie grand-guignol est sans cesse rompu, conférant à chaque rupture de ton des airs d’auto-humiliation désolants.

 Le même néant préside à la mise en scène, qui enchaîne séquences grisâtres sur scènes atones, ne jouant jamais de l'espace, de la lumière, ou de la dynamique de groupe. Cette mollesse plastique laisse donc libre cours au cerveau du spectateur pour dénouer les fils du massacre.

 

photoUn très bel arbre

 

Les clichés qui entravaient la première saison s’en voient logiquement surmultipliés, gangrénant les dernières parcelles d’humanité des personnages. Jeune mère au bord de la crise de nerfs, copine grande-gueule, vieux mécène bobo-chelou, héroïne qui ferait passer Bridget Jones pour un modèle de tempérance… rien ne nous sera épargné. Signe de la construction frelatée de la narration, aucun évènement n’a jamais de conséquences véritables.

Un couple se sépare, pour se rabibocher pépouze quelques minutes plus tard, un ex passe de complice indispensable à lourdaud traité avec une cruauté inhumaine, et il en va ainsi de chaque situation, tant et si bien que la saison 2 s’achève… précisément là où elle avait commencé.

 

photoNouveau look pour une nouvelle vie

 

Pour autant, le ratage est parfois si violemment surréaliste, qu’il pousse Plan Cœur dans les derniers recoins humainement tolérables de l’absurdité nanarde. Quand un personnage secondaire doit assumer un quiproquo à base de chatte et d’abricot, qu’un autre tente de gâter nos derniers neurones en rejouant Mrs Doubtfire (pourquoi ? Parce que !), des perspectives inexplorées de gêne cosmique s’ouvrent aux spectateurs.

Les plus courageux pourront alors dégoter quelques pépites, qui renardent sévèrement du goulot, entre une séance SM via assistant vocal ou encore un portrait de Tatie Danielle qui débarque comme un poil pubien dans le champagne. Et si ces quelques passages amènent le show dans une dimension curieuse, voire fascinante en cas d’alcoolisation massive, il faut tirer le chapeau aux comédiens, qui seuls rendent possibles ces quelques pauses hallucinogènes. Tous investis, ils n’abandonnent jamais leurs personnages, et offrent à l’ensemble un sursaut de vie suspendue, un peu comme si l’orchestre du Titanic s’était efforcé de rejouer le best-of de Patrick Sébastien jusqu’aux ultimes instants du naufrage.

 

photo

Résumé

Si Plan Cœur saison 2 doit faire date, ce sera dans les proportions mythologiques de son échec. Drôle comme un pneumothorax et fin comme un pâté de couenne, ce récit sidère par la vacuité absolue de ses personnages, de son intrigue et de leur mise en image.

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commentaires
Eff
20/04/2020 à 22:05

Cette critique reflète juste l'avis d'une personne qui n'a pas su se faire à l'idée de ne pas avoir été le public visé et qui frustré d'avoir continué à regardé jusqu'à la saison 2 prend sa revanche en écrivant une critique désagréable et surtout injustifiée. Cette série est pourtant bien menée, vous n'avez juste pas cherché à la comprendre. Ce n'est pas une série de suspense ou d'intrique, elle n'est pas là pour vous mettre sur le qui vive ou vous donner des frissons dans le dos. Ne cherchez pas a adapté vos envies à toutes les series, certaines series ne sont pas faites pour vous et je suis désolé de vous l'apprendre. Quoiqu'il en soit Plan coeur c'est une série qui se prend pas la tête qui cherche a refleter le quotidien des "vrais gens", qui a mis en oeuvre des personnages dans lesquels on peut se reconnaitre, qui narre la vie parisienne, entre potes, amour, enguelade, passion, soirée, etc. C'est un concentré de joie de vivre et d'émotions dans ; une serie dans laquelle beaucoup de gens peuvent se reconnaitre, et rigoler car il y a énormement de moments drôles, désole que vous ne partagiez pas cette humour et plutôt que de perdre votre temps à ecrire un avis si grincant, chercher une série qui vous convient ;)

Marie
19/10/2019 à 20:39

Je ne vais pas l'exprimer avec autant de verve, cependant j'avoue avoir été très déçue par cette saison 2 où tous les personnages ont changé de personnalité et d'attitude. Ils sont allés trop vite dans leur évolution pour passer de la bonne copine qui subit à une mythomane finie, du prostitué aisé au travailleur trompé, de la rebelle grande gueule à la chef d'entreprise qui a cassé avec le meilleur pote de son frère...(trop d'ellipses d'ailleurs qui empêchent le spectateur d'attacher les wagons). C'est surtout ça la "gênance" pour moi. Je n'ai pas réussi à dépasser le troisième épisode devant l'ampleur de ma frustration. J'ai besoin en effet d'un minimum de plausibilité, là c'est tellement improbable que ça frise la SF le truc.
La saison 1, sans être exceptionnelle, était passée crème pourtant.

Dazdil
19/10/2019 à 15:30

Très facile de se lancer dans une critique hyper léchée, psychologique, où l'on sort son plus beau champs lexicale et sa syntaxe, alors que cette saison et série n'ont aucun autre but que de divertir fraîchement, sans prise de tête, avec des émotions que tout le monde peut, a, ou aura ressenti dans sa vie. Franchement, ce genre de critique c'est pour des films d'auteurs et non pas ce genre de séries ou de films.

Lise
18/10/2019 à 21:51

C'est sûr qu'un zozo sûrement fan de The Walking Dead ne peut que sortir des débilités de ce genre concernant une série comme Plan Cœur... On ne peut pas plaire à tout le monde et c'est ainsi ;)

Angra
18/10/2019 à 18:11

Je n'ai pas écrit que c'était naze mais que l'on pouvait la regarder sans prise de tête. Par contre je n'ai jamais vu Bridget Jones ni Titanic car ces films ne m'attire pas. Sans rancune.

Simon Riaux - Rédaction
18/10/2019 à 17:55

@Angra

Donc en gros... vous avez trouvé ça naze, mais nous on peut pas le dire parce qu'on est critiques ?

Ah et les oeuvres référencées dans le papier sont Bridget Jones et Titanic. Désolé pour le côté pédant élitiste hein.

Angra
18/10/2019 à 17:51

Certe ce n'est pas une serie trés bien fichue mais on peux la regarder sans se prendre la tête . Par contre cette critique est d'un pédant. Le mec a dû jouir en l'écrivant et en se disant qu'il est génial. Les critiques français me fatiguent. Si le film ou la série ne parle pas de la vie d'une quinquagénaire larguée par son mari, au bord du burn out, mére d'un homo et d'une fille paumée .........alors s'est forcément nul ou mal fait ......évidemment en faisant référence à des films que vont voir 3 spectateurs.

Simon Riaux - Rédaction
18/10/2019 à 12:38

@MINOUCHE

On ne cherche rien de profond dans Plan Coeur.

Mais un truc correctement écrit, filmé et interprété ce serait un début.

MINOUCHE
18/10/2019 à 12:15

arrêtez de chercher une analyse profonde...effectivement plan cœur je pense n'est pas là pour intellectualiser la vie mais elle détend, cette série se regarde comme ça simplement pour passer un bon moment que moi j'ai aimé...alors peut-être que mon QI s'avère bas certes...

Simon Riaux - Rédaction
17/10/2019 à 17:43

@Bob

Je fais aussi les mariages et les ouvertures de supermarché, surtout s'ils sont éco-progressistes woke.

De rien.

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