Comment élever un super-héros Saison 1 : sous-Heroes, sous-Stranger Things, mais super-bof pour Netflix

Geoffrey Crété | 11 octobre 2019 - MAJ : 11/10/2019 11:00
Geoffrey Crété | 11 octobre 2019 - MAJ : 11/10/2019 11:00

Dans la course au prochain super-héros, Netflix a trouvé dans les comics Raising Dion de Dennis Liu le prétexte à une nouvelle série, menée par Ja’Siah Young et Alisha Wainwright, au titre français hautement subtil : Comment élever un super-héros. Et cette histoire de gamin qui se découvre des pouvoirs extraordinaires, et affronte une menace incroyable sous le regard de sa mère, n'a pas grand chose de remarquable.

X-LITTLE MAN

Que la série fasse référence à Star Wars, mais en parlant de Kylo Ren, est peut-être le meilleur signal envoyé aux spectateurs. Comment élever un super-héros s'adresse à un public qui jure plus par Marvel et Rey que leurs sources d'inspiration. Encore un doute ? Un personnage a le générique de Stranger Things en sonnerie, et beaucoup de gens l'appellent au fil des épisodes. C'est sans nul doute ce rapport très frais à la pop culture qui explique le mieux le sentiment de familiarité soporifique face à cette paresseuse adaptation des comics de Dennis Liu, centrée sur un enfant doté de pouvoirs extraordinaires.

Midnight Special de Jeff Nichols, la série Heroes (Dion n'est pas le seul à avoir des capacités folles) ou même The Gifted (dérivée de X-Men) : ce Raising Dion explore des terrains bien connus, et illustre à la perfection les problèmes et limite de la surabondance des super-héros. La magie a depuis longtemps disparu face à ces scènes où un personnage fait voler des objets dans sa cuisine, où une agence gouvernementale poursuit d'innocents gens exceptionnels, et où des menaces surnaturelles pointent le bout de leur nez dans le décor.

Comment élever un super-héros a un titre de recette de cuisine, et c'est justifié : tout ça est du réchauffé, du formulatique.

 

 

L'ÈRE D'ÉTRON

Ce n'est plus une surprise à l'ère des séries Netflix notamment, mais le premier problème de Comment élever un super-héros est son rythme. Il faudra attendre 5 ou 6 épisodes (c'est-à-dire plus de la moitié de la saison de 9 épisodes) pour que quelque chose se passe véritablement et que l'histoire décolle. Avant ça, il faudra se contenter de céréales et Twix qui volent, d'un môme bousculé, et de quelques images du grand méchant bonhomme des éclairs.

Pas que ce soit problématique qu'une histoire prenne son temps et installe tranquillement ses enjeux, bien au contraire. Mais ici, ça a tout d'une mauvaise formule, où la narration est dictée non pas par le désir de creuser les personnages et leurs relations (ils sont tous stéréotypés au possible), mais par celui de rentrer dans le format de 9 épisodes. Avec l'impression que tout le monde ralentit au maximum les choses pour du remplissage.

 

photo, Comment élever un super-héros Saison 1Ces petites boules pour patienter, merci

 

La menace électrique supposée follement dangereuse a droit à une scène dans l'épisode 4 pour faire patienter, tandis que de gros flashbacks remplissent l'épisode 5. Arrivé à l'épisode 8, c'est-à-dire l'avant-dernier, la situation gentille-maman-qui-protège-le-fiston-magique est encore en place, à peine secouée par l'incontournable arrivée de la société mystérieuse qui enquête sur ces phénomènes. Personne n'ose déranger l'ordre établi au-delà de quelques maigres péripéties, ce qui détruit tout esprit d'aventure et de magie.

Les bons sentiments sont en plus tartinés sur chaque épisode, alourdissant encore plus le programme basique des aventures de Dion. C'est un peu comme s'il y avait là une version moderne de la série Nickelodeon Les Incroyables Pouvoirs d'Alex, avec la même patine Disney, sauf que tout ça se prend bien trop au sérieux avec le deuil en toile de fond, la passion danse de maman, et la méchante compagnie Biona - qui n'aura au final qu'un rôle de troisième plan.

 

photo, Ja’Siah Young, Comment élever un super-héros Saison 1Je fais voler mes céréales pour te prouver que c'est bien une série de SF

 

L'AUBE DE L'INSOMNIE

Comment élever un super-héros ferait donc passer les pires moments de Stranger Things pour du grand art Spielbergien, mais le scénario maigrelet n'est pas le seul coupable. La direction artistique se révèle étonnamment pauvre, puisqu'en dehors de l'homme électrique au design réussi (de loin) et d'une aurore boréale montrée plusieurs fois (et qui rappelle bien Heroes Reborn), la série est bien chiche en effets et couleurs.

D'un côté, Dion est un joker ultime, dont l'étendue des pouvoirs est largement laissée dans le flou puisqu'il est capable de déplacer des objets, se téléporter, créer des boules d'énergie, et même redonner vie à des êtres vivants. De l'autre, la série n'utilise que très peu ce petit super-héros, et se contente de filmer des gens en train de parler ou chouiner dans des cuisines, des voitures ou au téléphone.

Et quand la série s'aventure dans le spectacle attendu pour le genre, c'est presque pire. D'une armée de fantômes dignes du Manoir hanté et Les 999 Fantômes à la petite Esperanza dont la tête flotte sur un vilain corps en CGI, en passant par l'ectoplasme de Michael B. Jordan, c'est souvent très laid. Et c'est à l'image de tout le reste, jusqu'au mixage qui réutilise le même son de cri d'oiseau dans quasiment chaque plan large de la forêt - l'ennui est tel que c'est possible de le remarquer.

 

photo, Ja’Siah YoungComment rater un super-héros

 

INFINITY BLABLA

Comment élever un super-héros rate même sa dernière ligne droite, la faute à un énorme et mauvais twist sorti d'un chapeau, puis justifié dans un flashback pour avoir un minimum de sens. Là encore, inutile d'espérer un climax en bonne et due forme, puisque le dernier épisode se perd en discussions et flashbacks, encore. L'intrigue traîne et tourne autour du pot, à tel point que la vraie crise qui aura mis 8 épisodes à arriver n'aura qu'une dizaine de minutes pour exister sous les projecteurs.

Ce sera alors un climax pas tant nul que nullement passionnant, puisque réglé en quatrième vitesse grâce à trois bouts de ficelle dans l'esprit des héros. La vaine et tristounette tentative de composer une équipe de petits héros autour unis face à une créature qui les domine depuis les nuages (toute ressemblance avec Stranger Things peut-elle être fortuite ?) est encore plus grotesque. Dion n'est pas spécialement attachant puisque réduit à une seule dimension, comme sa mère et ceux qui gravitent autour d'eux. Un défaut d'écriture qui explique à lui seul l'ennui qui règne.

Tout est bien qui finit trop bien dans le petit monde de Dion et ses proches. Tant pis si c'est parfaitement niais, mené en pilotage automatique, et dénué de toute saveur si ce n'est l'arrière-goût d'une vieille recette qui a pris la poussière en un temps record.

 

photo, Jason RitterPrier pour que la fin arrive vite

 

Que le personnage qui décroche son téléphone au son de Stranger Things propose de regarder X-Men, le remake de Godzilla ou une suite de La Planète des singes, rend la chose presque drôle. On pourrait presque se dire que tout le monde ici a conscience que Comment élever un super-héros n'est qu'un piètre recyclage des pires poncifs du genre.

Si c'est le cas, il aurait fallu soigner les symptômes plutôt que simplement les signaler. Trop tard : mort clinique. Et ce n'est pas le petit teasing sans intérêt en fin de saison qui donnera envie de réanimer tout ce petit monde, même avec ces gros éclairs magiques.

Comment éléver un super-héros est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 4 octobre 2019

 

Affiche

Résumé

On peut trouver des raisons de lancer Comment élever un super-héros, mais difficile d'en avoir pour continuer. Molle, moche, niaise, c'est une série-formule qui n'a rien à montrer ou dire de plus que les films ou séries de super-héros les plus moyens. Circulez, y'a rien à voir.

commentaires

Aurelia G
14/10/2019 à 01:30

Entièrement d’accord!
J’ajouterais un mauvais casting, Ja'Siah Young est loin d’avoir les compétences pour ce rôle.

Geoffrey Crété - Rédaction
13/10/2019 à 23:17

Chère Lili33240,

Merci de vous inquiéter de mon bien-être, je suis touché, mais soyez rassurée : je n'avais aucune attente particulière sur cette série, j'avais pris l'air, mangé un bon repas, bu un très bon thé, et j'ai jusque là vécu une vie pas trop désagréable.

Il est tout à fait possible de n'avoir que de très modestes attentes, avec l'esprit ouvert et prêt pour une bonne surprise, et trouver cette série médiocre.

Nul besoin de parler d'objectivité : je ne le suis pas plus que vous. Avoir un avis (très) différent ne signifie pas que l'un de nous a besoin de rigoler et sortir prendre l'air, ou être plus objectif, ou être considéré comme quelqu'un qui avait trop d'attente (ou dans le cas contraire, tellement peu que ça ne pouvait être qu'une bonne surprise). C'est un peu réducteur de croire qu'une critique négative = un auteur qui a besoin de sortir, rire, vivre. Le débat mérite mieux que ça non ?

Ravi si vous avez apprécié cette série en tout cas ;)

Lili33240
13/10/2019 à 22:48

C’est que l’auteur avait dû mettre énormément d’espoir dans une simple série Netflix et être drôlement déçu pour en pondre une critique aussi assassine. Je ne sais pas si s’est mon côté mère de famille pas objective dès qu’il s’agit d’enfants mignons et attachants mais j’ai préféré cette série à la saison 3 hystérique et inutile de Stranger Things.

Cher auteur, sortez, vivez, rigolez, vous verrez, cela vous aidera à ne pas mettre autant d’attente dans une série télé...

Sébastien
12/10/2019 à 22:11

Plus il y a de séries produites, moins elles sont de qualités.
Ne parlons même pas de I-Land, nullissime.
Bref, l'ère des séries soi-disant supérieures à bien des films a vécu. Il faut se faire une raison: la qualité et l'originalité ne seront jamais une norme.
Mais chacun fait son choix: la boulimie industrielle ou la séléction.

Emilie1501
12/10/2019 à 19:19

Et bien ici on a beaucoup aimé et on espère une saison 2! Molle moche et niaise je trouve votre critique très dure. Il en faut pour tous les goûts comme on dit.

seb
12/10/2019 à 13:20

pas mauvais du tout !

Jlm88
12/10/2019 à 12:29

Je vous trouve dur avec cette série je ne suis pas un grand fan de netflix mais j'avoue avoir apprécié cette série elle est à regarder en famille et ma fois on a passer d3 bon moments !!

M1pats
12/10/2019 à 12:25

Le probleme c est qu on comprend tout de suite que le pere est en fait l homme eclair.
Pareil quand l agence vient chercher l enfant, on sait de suite qu il sera libere juste apres (par l apparition de l homme eclair).
Mais ne lisez pas ceci si vous ne voulez pas etre spoile

Darkjam
12/10/2019 à 09:28

Molle, moche, niaise, vous êtes dur, j'ai vu la série c'est pas mauvais à ce point là !
Question de goût, je suis d'accord avec Mdr, ça change et un peu d innovation pour une fois pour ma part c'est pas désagréable, ni moche et ni molle !
C'est juste mon avis ! :-)

Geoffrey Crété - Rédaction
11/10/2019 à 16:15

@Nicolas G.

Oui oui, je parlais d'une scène précise où son corps "flotte", et là c'est des CGI.

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