Legion Saison 3 : critique d'un voyage à travers le temps sous acides

Arnold Petit | 23 août 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Arnold Petit | 23 août 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Legion vient de signer sa troisième et ultime saison. La série s’achève dans une aventure à travers le temps où tout le monde trouve sa place et son rôle. Noah Hawley avait surpris les téléspectateurs avec son adaptation du personnage de Bill Sienkiewicz, très loin des capes et collants qui font le succès de Marvel. Avec une réalisation remarquable et une volonté de traiter le genre du super-héros de façon inédite et ambitieuse, le père de Fargo a accouché d’un petit bijou télévisuel qui avait pris tout le monde à contre-pied en faisant de son héros et personnage principal le grand méchant de l’histoire à la fin de la saison 2.

ATTENTION SPOILERS !

ARE YOU EXPERIENCED ?

Après avoir embrassé sa véritable nature, David (Dan Stevens) avait échappé au piège tendu par la Division 3, en embarquant sa fidèle Lenny (Aubrey Plaza) au passage. Cette fois, le mutant mégalomaniaque, désormais leader d’une secte hippie, souhaite revenir dans le passé afin de tuer Farouk (Navid Negahban).

Syd (Rachel Keller) et la Division 3 sont à sa recherche pour l’éliminer et réussissent, deux fois, mais Switch (Lauren Tsai), la nouvelle du casting qui se balade dans le temps, ramène David, qui utilise toute l’étendue de ses pouvoirs pour à nouveau prendre la poudre d’escampette et entamer sa quête.

 

photo, Dan StevensSwitch, la petite nouvelle incarnée par Lauren Tsai

 

Les deux premières saisons avaient déjà montré des qualités techniques à travers des scènes visuellement surprenantes et déjantées. Cette troisième saison ne déroge pas à la règle et se permet d’aller encore plus loin. Andrew Stanton (l’homme derrière une dizaine de Pixar) ou John Cameron (producteur et réalisateur sur la série Fargo), pour ne citer qu’eux, sont libres derrière la caméra et la direction artistique s’en donne de nouveau à cœur joie, avec un travail sur le son toujours aussi impeccable.

Dès les premières secondes, le téléspectateur entame sur une musique de Superorganism sa plongée dans le terrier du lapin blanc aux côtés de Switch, qui part rejoindre David et Lenny dans leur maison où des tuyaux bleus déversent du bonheur liquide que les partisans mansonniens fument par le biais d’un énorme cochon.

Entre un battle de rap dans le Plan Astral, un dirigeable spatial sorti de l’imaginaire d’Hergé, des démons mangeurs de temps, des reproductions d’Alice au Pays des merveilles ou des costumes style seventies, Legion redouble de créativité et se veut toujours plus ambitieuse. Dans cette volonté, la série alterne également les effets de style, en passant par exemple du genre horrifique à une scène muette « entre l’espace et le temps » pour un trip visuel qui frôle l'absurdité, mais avec une maîtrise assez exaspérante.

 

photo, Aubrey PlazaAubrey Plaza, l'unique

 

WHERE IS MY MIND ?

Le voyage temporel est d’une manière globale l’occasion pour les personnages d’évoluer, de regarder vers le passé afin d’envisager l’avenir sous un nouveau jour. Un bond dans le passé permet d’introduire le personnage de Charles Xavier (Harry Lloyd), le père de David, pour comprendre comment le Roi des Ombres s’est installé dans l’esprit de son fils.

Après avoir traversé le couloir du temps, David découvre comment sa mère, Gabrielle (Stephanie Corneliussen vue dans Mr. Robot), ancienne patiente d’un hôpital psychiatrique, a souffert de l’abandon d’un mari parti rencontrer ses semblables, entre autres, un certain Farouk. Cette séquence permet de découvrir un autre mal à l’origine du comportement de David et de comprendre que le vieux démon a seulement exacerbé la folie déjà présente en lui.

Certains protagonistes bénéficient enfin d’un vrai traitement émotionnel. Le personnage de Lenny, qui grosso modo était jusqu’ici la cinglée qui accompagnait David, s’accomplit à travers son désespoir de mère quand elle vit en quelques secondes toute la vie d’une fille qu’elle ne voulait pas, avant de se donner la mort. D’une même façon, Syd se confronte à elle-même plus jeune lors d’une conversation autour de l’amour.

 

photo, Rachel Keller Syd a de très beaux moments dans cette saison 3

 

Malgré ce traitement des personnages plus poussé, Legion retombe vite dans ses travers et souffre, comme dans les deux premières saisons, d’une baisse de régime dans la narration. L’intrigue progresse de manière saccadée et se retrouve parfois étirée à outrance. Le sixième épisode autour de la deuxième enfance de Syd aurait pu être traité dans une séquence d’une vingtaine de minutes et incarne typiquement le genre de ruptures qui nuisent au développement du scénario.

La série se cache derrière son impeccabilité visuelle au détriment de l’action et le spectateur se retrouve alors telle une âme en peine qui tente désespérément de comprendre ce qu’il a sous les yeux. Switch, pourtant brillamment introduite lors du premier épisode, ne s’avère être qu’un ressort scénaristique pour faire avancer l’histoire, jusqu’à sauver tout le monde lors du dénouement qui, comme le reste, se révèle aussi beau que déroutant.

 

photo, Harry Lloyd, Dan StevensTel père, tel fils

 

WHAT A WONDERFUL WORLD

« Ceci est la fin. Le commencement. La fin. Nous ne pouvons connaître le sens de tout cela. C’est à l’histoire de décider. Nous ne pouvons que jouer notre rôle tel qu’il est écrit. »

D’entrée de jeu, l’épisode final donne le ton et fait clairement comprendre que la notion de temps, comme tout le reste dans Legion, est très relative. Ainsi, après avoir au préalable massacré la moitié du casting, le fils retrouve son père dans le passé pour un ultime affrontement contre Farouk. Le démon a été rejoint dans le même temps par sa version du futur, qui souhaite sauver David, son fils spirituel qu’il a accompagné depuis toujours, tel un père de substitution.

Alors que Charles Xavier et le vieux Farouk parlent de l’avenir, la série réalise un nouveau tour de force en utilisant Mother de Pink Floyd à sa propre fin. Le morceau fait directement écho à l’histoire entre David et sa propre mère, qui rassure son fils à travers les paroles de la chanson. Apaisé, aimé, le mutant se défait de l’étreinte de Farouk et commence à étrangler ce mal qui le ronge depuis toujours. Mais son père apparaît pour le convaincre de renoncer à sa vengeance et s’excuse de l’avoir abandonné tandis que le vieux Farouk montre à sa version juvénile les raisons de son choix. Conscients du mal qu’ils vont causer, ils concluent un pacte de non-agression permettant ainsi au monde de redémarrer.

 

photo, Navid NegahbanNavid Negahban alias Farouk

 
La série interroge également sur les notions de Bien et de Mal, d’identité, de libre arbitre et surprend jusqu’au bout. Pas de combat épique, pas de pouvoirs psychiques, pas de véritable fin, seulement de l’espoir et une belle leçon d’empathie. Après sa deuxième enfance, Syd sauve le nourrisson de Gabrielle en sachant qui il pourrait devenir et combat malgré tout les Mangeurs de Temps avec Kerry (Amber Midthunder) pour le sauver. Charles Xavier retourne auprès de sa femme et de son fils et choisit de devenir professeur (tiens, tiens, comme c’est bizarre...) tandis que Switch devient un « être en quatre dimensions » qui lance le reset du monde.

David a fait la paix avec Farouk sans savoir s’il tiendra parole pour autant et s’excuse ensuite auprès de Syd devant son propre berceau qui accueille un bébé à l’avenir incertain. Happy Jack de The Who retentit, comme lors du pilote de la série. La fin et le début se rejoignent, Legion ne fait plus qu’un.

La saison 3 de Legion est disponible en intégralité sur OCS.

 

photo, Legion saison 3, Legion saison 3

Résumé

Derrière son aspect de coquille vide à l’esthétisme irréprochable, Legion laissera quand même une empreinte dans le paysage télévisuel ne serait-ce que pour son traitement peu conventionnel (sous LSD) des super-héros. On reprochera, malgré tout, certaines longueurs et digressions dans le scénario, que la beauté visuelle ne parvient pas à camoufler.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(0.0)

Votre note ?

commentaires
Gripsou
24/08/2019 à 00:54

J'ai adoré la saison 1 mais la 2 je sais pas, j'y arrive pas, j'ai décroché des les premiers épisodes, je crois que cette série est trop exigeante avec son public, des fois j'ai envie d’être guidé et pas d'essayer de comprendre en permanence de quelle pièce du puzzle si puzzle il y a, il s'agit.

dams50
23/08/2019 à 21:25

1/3 de Jodorowsky, vraiment ?
Dans ce cas, il faut vite que je me regarde El Topo et La Montagne Sacrée.

Légion : une bonne leçon de créativité libre et sans complexes, et un bonheur à la voir (et entendre !). Putain que ça fait du bien !

Dadou
23/08/2019 à 13:54

J’adore legion ! 1/3 de fellini, 1/3 d.Alejandro Jodorowsky , 1/3 de Terry gilliam et une pincée de stanley Kubrick, passez le tout au shaker et vous avez légion ! Une série comme nulle autre et très bien faite !

votre commentaire