Gros plan sur Oblivion Song : le nouveau comics du papa de Walking Dead

Christophe Foltzer | 27 mai 2019 - MAJ : 27/05/2019 13:43
Christophe Foltzer | 27 mai 2019 - MAJ : 27/05/2019 13:43

Si Robert Kirkman s'est imposé à la vitesse de l'éclair avec la parution des premiers volumes de Walking Dead (et le succès que l'on sait), on aurait tort de penser que, depuis, il ne fait que capitaliser sur ce titre prestigieux. Non, l'homme a d'autres histoires à raconter et avec Oblivion Song, il nous en offre une nouvelle sacrément passionnante.

 

photo Oblivion SongLe calme avant la tempête...

 

LA DIMENSION DU DRAME

Robert Kirkman n'a pas son pareil pour nous plonger directement et de manière brutale dans ses univers torturés et apocalyptiques. Et Oblivion Song n'échappe pas à la tradition en nous faisant parcourir les ruines d'une ville désolée, recouverte d'une étrange végétation et de créatures grostesques et assoiffées de sang.

Un couple rachitique tente d'échapper à un mystérieux sniper, celui-ci leur tire dessus, ils s'évanouissent pour se retrouver dans une ville moderne et actuelle telle que nous en connaissons tous. L'homme ne se révèle pas un chasseur, mais un sauveur. Le décor est planté, le lecteur est accroché et le mystère, prêt à être dévoilé.

 

photo Oblivion SongLa tempête

 

Car Oblivion Song, sous ses allures de récit post-apocalyptique qui aurait tendance à profiter de la vague Walking Dead, montre rapidement son vrai visage et conforte le lecteur que, non, au fond, il n'en est rien. En réalité, ce titre propose une histoire très différente et bien plus dramatique dans sa structure et ses thématiques.

Oblivion Song est un récit d'une terrible actualité par les thèmes qu'il aborde et il ne s'en cache pas. Loin du récit de survie attendu, il renverse totalement la proposition en quelques pages pour nous dévoiler un plan qui pourrait jouer en effet miroir de Walking Dead. Là où le titre de zombies nous parle avant tout de survie et d'une société à reconstruire (mais dans quel but ?), Oblivion Song nous parle davantage, et avant tout, de réparation et de culpabilité.

 

photo Oblivion SongUn cauchemar fascinant de beauté

 

LA TRANSFERANCE

Le comics se pose alors comme un récit profondément ancré dans la culture américaine de ces 20 dernières années dont il en proposerait une synthèse politique, philosophique et sociale. L'incident survenu 10 ans auparavant et qui a fait disparaitre un pan entier de Philadelphie fait évidemment écho au 11 Septembre 2001. Traumatisme profond d'une nation qui se pensait intouchable, déclencheur d'une perte de repères dont nous ne faisons que mesurer le début des conséquences aujourd'hui, le drame fait pareil écho dans la vie de nos protagonistes, partagés entre tristesse, soulagement d'avoir été épargnés et culpabilité.

C'est d'ailleurs l'une des grandes qualités de l'histoire de Oblivion Song : s'attacher avant tout aux conséquences humaines d'un tel événement, et voir comment nos personnages parviennent à vivre avec ce poids sur la conscience. Le héros, Nathan Cole, en est l'exemple frappant, dans sa quête obsessionnelle de ramener le plus possible de survivants piégés de l'autre côté, à la merci de créatures volontiers lovecraftiennes.

 

photo Oblivion SongUn gouvernement peu conciliant

 

Mais Oblivion Song nous parle aussi de réintégration sociale, de société qui se disloque, du regard des autres lorsque l'on a été victime d'un drame terrible et de douloureuse reconstruction. Si, bien entendu, l'aventure est riche en action et en retournements de situation, le récit n'oublie jamais qu'il parle avant tout d'hommes et de femmes confrontés à l'horreur et qui tentent par tous les moyens de s'en remettre.

En partant de là, Kirkman établit un parallèle très troublant avec l'état d'esprit actuel des sociétés occidentales, de l'ombre qui plane au-dessus de nos têtes telle une épée de Damoclès tragique. Mais aussi de cette idée qu'à partir du moment où l'on cherche à comprendre la vérité, on comprend qu'on ne peut exclusivement se poser en simples victimes. Bien sûr, il ne s'agit pas là d'accuser qui que ce soit, mais plutôt de dénoncer un système à bout de souffle.

 

photo oblivion songEt si tout était à refaire ?

 

Si plusieurs éléments de l'histoire renvoient également à la politique de Donald Trump, Oblivion Song se permet également une grosse audace : remettre en question la validité de nos modes de vie.

Entre cette dimension horrible et notre monde, laquelle relève réellement du cauchemar ? N'est-il pas mieux de vivre dans cet univers grotesque qui, paradoxalement, par sa dangerosité, nous redonne un but et nous soude les uns aux autres. Le tout remettant à l'ordre du jour la notion de communauté dans ce qu'elle a de plus positif pour l'être humain.

Bien évidemment, tout ceci est une part importante de l'histoire et du conflit de nos héros, mais le message ne se veut jamais moralisateur, asséné à coup de bien-pensance et d'arguments faciles. La question reste posée et c'est au lecteur de faire son choix. Sachant qu'au final, tout n'est peut-être qu'illusion. Brillant.

 

photo Oblivion SongUn drame qui laisse de profondes blessures en chacun de nous

 

CONVERGENCE DYNAMIQUE

Sur un plan strictement formel, Oblivion Song est un très bel objet. Avec un dessin tantôt dépouillé, tantôt minutieux, il nous plonge sans mal dans un univers spécifique et garantit la mise en place d'une ambiance qui hante le lecteur bien après avoir refermé l'un des deux tomes édité.

Le trait de Lorenzo De Felici est hyper efficace et son découpage, violemment cinématographique. On peut regretter un manque de lisibilité dans l'enchainement de certaines planches (notamment dans la gestion géographique de l'action), le résultat est totalement en phase avec l'histoire proposée : simple en apparence mais étudiée dans le fond.

La dimension parallèle se révèle fascinante et passionnante dans son architecture et donne clairement envie d'en savoir plus. D'autant que De Felici maitrise à la perfection les moments plus calmes, contemplatifs, respirations indispensables pour nous imprégner des enjeux de chacun.

 

photo Oblivion SongEcosystème monstrueux et responsabilité humaine

 

Notons aussi l'excellent travail de la coloriste Annalisa Leoni, qui nous propose un traitement crépusculaire de premier choix, des ambiances ouatées et ambigües où traine une profonde mélancolie. Maniant avec autant de talent les instants lumieux, comme les parties les plus sombres, elle est indéniablement l'un des gros atouts de cette saga. Son travail sur les couleurs rappellera par instants la première édition (colorisée donc) d'Akira, aux Etats-Unis et en France au début des années 90.

Si Oblivion Song surprend et déjoue constamment nos attentes, on ne pourra pas s'empêcher de se sentir frustré à l'issue des deux tomes. Parce que l'histoire semble précipitée sur certains points et que d'autres aspects beaucoup plus passionnants semblent mis un peu de côté après une installation intrigante. Heureusement, les ultimes planches balaient ces inquiétudes et relancent l'action avec un petit teasing super efficace qui nous fait attendre le volume 3 avec la plus grande des impatiences.

 

photo Oblivion SongEpuisés, mais contents

 

Bref, Oblivion Song, c'est du tout bon pour qui aime les récits de science-fiction, les drames humains, l'horreur organique et la réflexion sur le monde. On ne peut que vous recommander chaudement d'y jeter un oeil pour constater que, oui, Robert Kirkman n'est pas l'homme d'un seul univers.

Oblivion Song est édité par Delcourt dans sa collection Contrebandes. Le premier volume est sorti le 7 mars 2018 et le second tome est disponible depuis le 22 mai 2019.

Ceci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat Ecran Large ?

 

photo Oblivion Song

 

photo Oblivion Song

commentaires

Momo
28/05/2019 à 21:03

Invincible : j'adore ;)
Prochain en juin je crois
Oblivion Song : très sympa pour avoir lu le 1er tome

Nico
27/05/2019 à 17:23

Tout ça donne méchamment envie!

Neolytic
27/05/2019 à 14:24

Tellement bon Invincible !!

Ratatak
27/05/2019 à 13:57

Qui a lu "Invincible" par ici ?

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