Batman : Death Metal - critique qui se déchaîne

Arnold Petit | 2 décembre 2020 - MAJ : 03/12/2020 11:30
Arnold Petit | 2 décembre 2020 - MAJ : 03/12/2020 11:30

Après Batman : Last Knight on Earth (dont vous pouvez retrouver notre critique ici), Scott Snyder et Greg Capullo sont à nouveau réunis et retournent dans le monde de Batman : Metal avec Batman : Death Metal, une suite dont le premier tome est disponible chez Urban Comics depuis le 27 novembre et qui va encore plus loin, à tous les niveaux.

POUR L'AMOUR DE BATMAN

Scott Snyder voue une adoration à Batman et l'exprimait déjà à ses débuts chez DC. Même après s'être emparé du personnage et avoir marqué sa mythologie de façon durable dans Batman pendant des années, il n'a jamais pu le quitter, revenant toujours au Manoir Wayne comme s'il était à la maison.

Après All-Star Batman, il s'est à nouveau entouré de Greg Capullo pour exprimer toute cette dévotion envers le Chevalier Noir à travers un récit : Batman : Metal. Une histoire dans laquelle Batman est au centre de tout, littéralement, avec un nouvel ennemi, le Batman Qui Rit, d'autres versions alternatives du héros inspirées de la Justice League, les Chevaliers Noirs, et un dieu chauve-souris, Barbatos.

 

photoL'histoire du Batman Qui Rit

 

Alors que cette ode à Batman rencontrait un succès notable, le scénariste envisageait déjà une suite, qui s'est progressivement mise en place avec Le Batman Qui Rit, Justice League : New Justice, Le Batman Qui Rit : Les infectés, puis Justice League : Doom War. À la fin de Batman : Metal, les héros de la Justice League ouvraient une brèche dans le Mur Source, libérant ainsi Perpetua, la mère du multivers. Cette entité céleste qui se nourrit des crises qu'a connu l'univers de DC s'est ensuite alliée à Lex Luthor et Le Batman Qui Rit pour détruire le multivers et la Terre s'est ainsi retrouvée plongé dans les ténèbres, dominée par le Batman Qui Rit et son armée de Batmen.

C'est dans ce monde maudit, cauchemardesque, refaçonné à l'image de Batman, que se déroule Batman : Death Metal. Superman est retenu prisonnier dans le Soleil pour l'alimenter, Aquaman règne sur les mers avec Bathomet, une sorte de croisement entre Batman et Cthulhu, et Wonder Woman est la gardienne d'un Enfer bâti sur les cendres de Themyscira sous la direction d'un Batmage. Alors que Batman organise la résistance comme il peut face au Batman Qui Rit, l'Amazone échafaude un plan aux côtés de Swamp Thing (ou ce qu'il en reste) pour le faire tomber et essayer de ramener le multivers tel qu'il était.

 

photoQuand l'univers de DC rencontre les psychotropes

 

JOYEUX BORDEL

Rien de révolutionnaire en soi, Batman : Death Metal marche sur les traces des autres crises de l'univers de DC et se rattache d'ailleurs inévitablement à elles pour établir ses enjeux, de Crisis on Infinite Earths (auquel on a consacré un dossier ici) en passant par Heure Zéro, Infinite Crisis et Final Crisis jusqu'à Doomsday Clock (dont vous pouvez lire notre critique ici). Cette suite ne s'adresse donc pas à une personne qui vient de découvrir l'univers de DC ou au lecteur occasionnel et ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu’une histoire fait carrément office de résumé ou que certains personnages rappellent comment on en est arrivé là dans les premières pages.

Comme un enfant avec ses jouets, Scott Snyder délivre un récit débordant d'imagination, de générosité et d'ambition, mais qui devient vite lourd, démesuré et chaotique. Néanmoins, il l'assume avec une telle décomplexion et un tel humour que cet univers aussi étrange qu'absurde s'avère assez jouissif, voire même carrément génial par moment. Au milieu de cette atmosphère sombre et désespérée, le scénariste s’amuse avec ses personnages et recrée ce qui s'apparente à une épopée de dark fantasy, à base de magie, de château maléfique, de créatures bizarres et de métal.

 

photoJusticier, héros, puis finalement... dinosaure

 

Chaque élément, chaque concept est poussé à l'extrême et frôle parfois l'excès, mais heureusement, Greg Capullo se charge de camoufler les défauts du scénario de Scott Snyder, comme souvent. Tout le plaisir qu'ont pu prendre les deux hommes autour de ce projet transparaît dans les dessins de l'artiste, qui réalise un travail admirable pour composer cette immense fresque cosmico-épique, avec des costumes, des affrontements et des itérations de Batman toutes plus dingues les unes que les autres.

Des dessins avec une esthétique qui entremêle post-apocalyptique, super-héros et heavy metal pour illustrer les idées complètement folles qui jalonnent le récit, comme des zombies, des dragons Jokers, des Paradémons croisés avec Robin, une Tronçonneuse de la Vérité, ou encore un dino-Batman baptisé Batmanasaurus Rex.

 

photoDu Batman partout, pour tous les goûts

 

C'EST LA FIN

Face au succès de Batman : Death Metal aux États-Unis, la publication a été rallongée et tout un tas de récits annexes sont venus se greffer à la trame principale au fur et à mesure. Même si certains d’entre eux n'ont que peu ou pas d'intérêt et que l'ensemble ne tient pas forcément en termes de cohérence, il faut quand même saluer la réunion de talents autour de cet événement qui restera dans les mémoires malgré tous ses défauts : Doug Mahnke, Garth Ennis, Francesco Francavilla, Chip Zdarsky, Daniel Warren Johnson, Joëlle Jones, Tony S. Daniel, Peter Tomasi, James Tynion IV, Dan Panosian, Eduardo Risso...

Des noms prestigieux de scénaristes et d'artistes qui ont chacun participé à leur façon à cette expérience démesurée avec leur propre style et leur patte graphique.

 

photoBathomet face à Aquaman

 

Conçue comme un pur divertissement, l'intrigue ne perd pas de temps et multiplie les rebondissements et retournements de situation tambour battant. Un rythme effréné, qui dégage une certaine énergie frénétique, mais ne permet pas d'apprécier pleinement tout ce qui se passe, surtout quand les dialogues assommants viennent couper une narration déjà divisée en plusieurs sous-intrigues et autres récits annexes.

Ce premier tome plein de promesses sert surtout à poser les bases de ce qui va devenir un immense affrontement et manque de profondeur ou d'impact émotionnel. Les scènes et les actions s'enchaînent sans ménagement et ne s'intéressent quasiment pas aux personnages ou à ce qu'ils sont devenus dans ce monde horrifique aux accents lovecraftiens, qui est en fait une énième déclaration d'amour du scénariste à l'univers de DC, avec toutes les références que ça implique.

 

photoDernier défouloir avant la fin du monde

 

Alors qu’il s’apprête à prendre ses distances avec Batman et les super-héros de DC, Scott Snyder donne la preuve ultime qu’il s’est bel et bien approprié l’univers de DC et Batman : Death Metal sonne presque comme un dernier délire avant de se consacrer à d’autres projets indépendants. Du death metal, il a bien conservé la brutalité et le tempo soutenu. Malheureusement, il a aussi oublié que derrière chaque morceau se cache aussi une composition soigneuse et une certaine subtilité qui permet de différencier la musique du vacarme assourdissant.

 

photo

Résumé

Batman : Death Metal en fait trop, tout le temps, mais l’assume sans complexe et s'amuse avec l'univers de DC. Ce déluge d’idées aussi surprenantes que ridicules procure un certain plaisir à peine coupable, dont on se délecte essentiellement pour les dessins hallucinants et hallucinés de Greg Capullo.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

commentaires

crimo
03/12/2020 à 10:21

Tout a fair d accord, snyder est la pire chose qui soit arrivé a batman ... (voir même dc)...tristesse

Numberz
02/12/2020 à 22:29

Scott snyder est la pire chose qui soit arrivé à DC en comics. Quoique toute l'équipe créative depuis une dizaine ou quinzaine d'années... Le virage new52 a été fatal

votre commentaire