Festival International du film de Saint-Jean de Luz : jour 2

Christophe Foltzer | 8 octobre 2014
Christophe Foltzer | 8 octobre 2014
Cette deuxième journée dans les allées de Saint-Jean-De-Luz a réservé quelques beaux moments de cinéma et confirme (si besoin était) la grande qualité de la sélection de cette année.

Commençons par '71 de Yann Demange, français expatrié en Angleterre, qui réalise un excellent film sur le conflit entre catholiques et protestants dans le Belfast des années 70. En suivant le calvaire d'une jeune recrue anglaise qui se retrouve isolée et prise au piège en plein territoire ennemi, Demange propose un film protéiforme, d'une très grande subtilité, à la croisée du survival, du film de guerre, du film noir et du drame. Ne cédant jamais à la facilité, il évite le manichéisme qui aurait pu pointer le bout de son nez et montre en 1h39 passionnantes à quel point l'humain est un être complexe et ambigu, surtout lorsqu'il est placé dans une situation extrême. D'une réalisation impressionnante pour un premier film, le métrage bénéficie d'un casting extraordinaire comme le cinéma anglais sait si bien nous en offrir et installe d'ores et déjà Yann Demange dans la catégorie des metteurs en scène à suivre de très, très près. '71 demeure pour l'instant le coup de coeur de la rédaction et soyez assurés que nous y reviendrons très bientôt.

On change radicalement d'ambiance avec Jesse & Zibby, que certains connaissent peut-être sous son titre original de Liberal Arts. Deuxième film de Josh Radnor, Ted Mosby dans How I met your mother, le film nous propose une jolie histoire mélancolique sur les errements d'un mid-trentenaire à la recherche de lui-même et qui tombe amoureux d'une de ses étudiantes de 19 ans. Il est intéressant de voir comment Radnor se sert de son expérience et de son personnage de How I met pour le redéfinir en direct, se le réapproprier et finalement s'en libérer. Elizabeth Olsen est quant à elle très convaincante dans son rôle de jeune femme piégée entre deux âges et ses propres désirs et, si le film n'est pas exempt de défauts (un brin trop sage avec un sujet pareil), il demeure réussi.



Dernier film de la journée, Los Tontos y los Estupidos de Roberto Caston opte pour la carte du bizarre et de l'expérimental. Si le film raconte une histoire de destins croisés somme toute assez classique (mais réussie), sa forme est quant à elle plus surprenante. Filmé comme une répétition, une lecture, le film propose un étonnant questionnement sur le rapport au réel et à la véracité des sentiments, tout autant que sur le rapport au cinéma lui-même.
Le film peut certes dérouter avec ses ruptures de ton, ses pauses déjeuner des comédiens (tout ce qui ne concerne pas directement le film répété est muet et en noir et blanc) et sa facture forcément particulière (tout est filmé dans un studio, sans aucun décor, avec des comédiens qui jouent le film, scénario devant eux) mais il faut reconnaître que l'expérience fonctionne plutôt bien (notamment grâce à un travail sonore qu'on imagine titanesque) même si l'on peut déplorer que l'approche formelle fasse plus souvent l'impression d'un habile artifice que d'une véritable raison d'être. Mais au vue des difficultés qu'a connu le réalisateur pour monter le film (5 ans de mésaventures et plusieurs menaces d'annulation, l'approche choisie étant la seule capable de sauver le projet), on ne peut que le féliciter d'être arrivé au bout de son entreprise et de proposer au final un objet filmique étrange et par moments envoûtant, une expérience imparfaite, certes, mais très intéressante par bien des aspects.

C'est tout pour aujourd'hui, on se retrouve demain pour de nouveaux films, et notamment Le dernier coup de marteau d'Alix Delaporte, l'un des métrages les plus attendus de la compétition.
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