Blockbusters : le plus mauvais été depuis 1997 !

Simon Riaux | 1 septembre 2014
Simon Riaux | 1 septembre 2014

La saison estivale des blockbusters s'achève et avec elle tombent les premiers chiffres concernant les U.S.A, patrie du film à gros budget conçu pour moissonner le box-office international. S'ils sont en apparence désastreux, témoignent-ils pour autant d'une situation réellement problématique pour les majors américaines ? Le marché américain constitue-t-il toujours la priorité des distributeurs et studios ? À quoi ressemblera donc l'année 2015 ?

Avec une baisse de fréquentation en chute libre (- 15% de différence avec 2013), l'été écoulé pourrait logiquement évoquer un carnage. D'autant plus que si à première vue cette saison s'est avérée la plus faible depuis 2006, il faut en réalité remonter à 1997 pour trouver une année aussi décevante une fois l'inflation ôtée de l'équation. Autre source d'inquiétude, aucun film n'est parvenu en 2014 à dépasser la symbolique barre des 300 millions de dollars sur le territoire américain, autre indicateur d'un possible essoufflement du public.

On aurait pourtant tort de ne voir là qu'un cataclysme annoncé et inévitable. En effet, nombreuses sont les productions à avoir tiré leur épingle du jeu. Les Ninja Turtles (166 millions), La Planète des Singes (189,3 millions), Godzilla (200 millions), X-Men : Days of future past (232 millions), Maléfique (237 millions), Transformers 4 (243 millions), Captain America 2 (260 millions) et bien sûr les Gardiens de la Galaxie (274, 6 millions) sont loin d'avoir démérités. Mais peut-être faut-il voir dans ces succès une autre source d'inquiétude que celles fournies par l'analyse financière du box-office. En effet, ces créations au succès indiscutable mais moindre qu'espéré sont toutes des suites. C'est bien simple, des dix plus gros succès de la saison, absolument aucun ne peut se targuer d'être une création originale.

 

Ainsi, la volonté affichée des cinéphiles de voir débarquer dans les salles de nouveaux récits, des histoires neuves semble battue en brèche par la loi de la masse, qui préfère courir en troupeau en direction des remakes, suites et reboots. On comprend mieux dès lors la propension hollywoodienne à la redite. Le constat est d'autant plus amer quand il s'avère qu'un métrage imparfait, mais résolument original, spectaculaire et porté par un casting de luxe a pu se planter dans les grandes largeurs. En effet, Edge of tomorrow n'aura rapporté que 99 millions de dollars, soit 29 de plus que le Hercule de Ratner (autrement moins couteux il faut le rappeler). Pleurons donc les créations, elles ne sont pas prêtes de faire leur retour en grâce.

Autre nuance d'importance. Comme dit plus haut, si les franchises assurent les plus gros succès du box-office (néanmoins inférieurs aux années précédentes), elles sont aussi responsables des plus cinglants échecs. The Expendables 3 et Sin City 2 resteront probablement comme les deux plus grosses gifles infligées par le public cet été, signe supplémentaire d'une possible lassitude du grand public face à la soupe numérique qu'on lui sert inlassablement. Difficile dans ces conditions de tirer une tendance claire de ce box-office sur le point de tirer la langue, n'en déplaise aux innombrables communiqués ventant les succès historiques des différents concurrents dans un canon de méthode Coué un tantinet inquiétant.

Et si 2014 devait être interprété comme un signe de trop plein ou de ralentissement substantiel du cinéma des franchises marketées à l'extrême, alors le hoquet observé cet année pourrait bien se transformer en indigestion totale dès 2015. Car si le public n'est plus prêt à accorder sa confiance et son porte-monnaie dans les « sagas » que lui sert Hollywood, cette dernière compte augmenter drastiquement la dose. Rien qu'en 2015 se bousculeront sur les écrans un nouveau Hunger Games, Kung Fu Panda, Star Wars, James Bond, Terminator, Jurassic Park, 4 Fantastiques, Avengers, Fast And furious, Mad Max, Tintin et un Die Hard pour la route. Tout cela sans compter sur une saison désormais quasiment constante, puisque l'embouteillage de Noël est appelé à devenir monstrueusement dense avec un autre Hunger Games, un Hobbit... Tandis que la traditionnelle saison des blockbusters redémarre à présent dès février et les principaux contenders des Oscars expédiés par le fond. Bref, si ce raz de marée de grandes « marques » cinématographiques venait à rencontrer un public déjà essoré, on n'imagine mal les conséquences que pourraient avoir une série d'échecs.

 

Et pourtant, les exécutifs hollywoodiens ont relativement peu de raisons de s'en faire, du moins dans l'immédiat. En effet, le marché américain (et par extension européen) a beau sembler bien incapable de digérer un tel assaut de blockbusters – désormais distribués quasiment toute l'année en flux tendus – il n'est déjà plus la cible prioritaire de l'industrie cinématographique. Ainsi, Transformers 4, qui semble avoir passablement lassé son public traditionnel ne doit d'avoir atteint le milliard de dollars de recettes qu'au marché russe et notamment au marché Chinois. Ce dernier ayant récemment relevé ses quotas de productions étrangères distribuées sur son territoire et entreprenant de construire massivement des salles de cinéma, on imagine combien l'Oncle Sam voit cette opportunité d'un œil gourmand.

Et pour le moment, tout désigne le marché Asiatique comme le ballon d'oxygène dont avait bien besoin Hollywood. C'est sans doute à l'aune de ces potentielles montagnes de billets verts qu'il faut appréhender la stérilisation invraisemblable du cinéma à grand spectacle et la surabondance de blockbusters aseptisés que nous réserve 2015. Cette partie du monde étant encore très loin d'avoir atteint la maturité de son marché, l'industrie américaine y voit temporairement un El Dorado, parions donc que les récents accords de co-production et distributions sont appelés à se démultiplier, tandis que les « incidents » diplomatiques comme la représentation d'un restaurant chinois dans Men in Black 3 ne sont plus près de se reproduire.

Ainsi, il semble évident que les blockbusters ont encore de beaux jours devant eux, avides d'en mettre plein les yeux à un public nouveau et affamé de cinéma. Pas sûr que cela constitue une bonne nouvelle pour le public européen comme américain, qui risque de se lasser beaucoup plus vite que prévu de productions désincarnées et préfabriquées, dont il ignore qu'il n'est déjà plus tout à fait la cible.


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