Bande-originale : Chronique d'un scandale

Erwan Desbois | 26 février 2007
Erwan Desbois | 26 février 2007

Philip Glass est un cas à part dans le monde de la musique de film. Cette activité ne représente en effet pas son « métier » principal – il a par exemple composé plus d'opéras. Ce rapport différent à la création de bandes-originales se ressent dans ses contributions au cinéma, qui sont à chaque fois moins un accompagnement fidèle d'un film que l'addition à celui-ci de l'univers musical très particulier créé par Glass. La touche de ce dernier consiste en la mise en place d'une ambiance complexe et ambitieuse, qui regroupe des instruments nombreux et variés sans qu'aucun ne soit jamais employé de manière neutre. Les basculements et oppositions entre aigus et graves, rythmes rapides et plus posés, refrains obsédants et percées brutales sont ainsi permanents au sein de thèmes construits comme des pièces d'orfèvrerie.

Dernièrement, ce mélange unique et captivant rehaussait déjà singulièrement l'intérêt de L'illusionniste. On le retrouve dans Chronique d'un scandale, avec d'autant plus d'intérêt que ce genre de drame réaliste n'est habituellement pas accompagné par une bande-originale dotée d'un tel tempérament. Après coup, le pari se révèle être une idée de génie puisqu'il permet aux émotions mouvantes et ambiguës que le film développe (pas toujours très bien) de trouver dans la musique un prolongement idéal. Dès « First day of school », les violons et violoncelles placent une inquiétante chape de plomb au-dessus des personnages, tandis que flûtes et hautbois semblent déjà annoncer avec impertinence les pulsions irrépressibles qui feront déchoir les deux héroïnes.

Les variations permanentes – et sans cesse renouvelées – de ton et d'intensité créent un monde semblant issu d'un conte fantastique, à la Alice au pays des merveilles. On est en permanence écartelé entre la tourmente sans fin des violons et la sensualité latente et lascive qui s'échappe de certains thèmes. Ce mélange de menace et de séduction parcourt l'ensemble du disque, avec des instants particulièrement puissants comme « Sheba & Steven », « Invitation » ou la confrontation finale « Barbara's house ». Mais le plus beau morceau est sans conteste le dernier, « I knew her », qui n'offre aucune résolution des différents conflits et en exacerbe au contraire les motifs sonores, emprisonnant ainsi jusqu'au bout les personnages, le récit et notre perception dans cet univers de désirs coupables.

Tracklisting :
1. First Day of School
2. The History
3. Invitation
4. The Harts
5. Discovery
6. Confession
7. Stalking
8. Courage
9. Sheba & Steven
10. The Promise
11. Good Girl
12. Sheba's Longing
13. Someone In Your Garden
14. A Life Lived Together
15. Someone Has Died
16. Betrayal
17. It's Your Choice
18. Barbara's House
19. Going Home
20. I Knew Her

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