Compte rendu du vendredi 10 septembre

Par Laurent Pécha
11 septembre 2004
MAJ : 13 août 2018
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Comme tous les jours précédents, la journée de vendredi devait nous permettre de découvrir deux films (les derniers) de la compétition. Si, effectivement, on a pu assister à la projection de Heights et de We don’t live here anymore, seul ce dernier a été présenté dans le cadre de la compétition. Comme nous l’a expliqué son réalisateur, Heights n’est pas totalement finalisé. Mais comme le festival rendait hommage aujourd’hui à Glenn Close, et que l’actrice interprète l’un des personnages principaux du film, il fut quand même décidé de projeter Heights.

Pour cet hommage, Barbet Schroeder avait fait le déplacement, et c’est dans un français hésitant et pas parfaitement limpide que tous deux s’exprimèrent au cours de la soirée. Celle-ci s’est poursuivie avec la projection du Mystère Von Bullow dans une copie indigne de l’événement, mais qui n’empêcha nullement le public d’offrir une standing ovation à l’actrice restée dans la salle pendant la projection (fait assez rare pour être signalé).

Pour les plus courageux, la soirée s’achevait au choix avec la diffusion de La Guerre des étoiles version 1997, dans une copie honnête mais pas exceptionnelle, ou bien d’Apocalypse now : Redux dans l’immense salle du CID, dans une copie splendide à la bande-son détonante – le projectionniste ayant visiblement décidé de nous en mettre plein les oreilles. Ce dont on ne se plaindra pas tant la vision de ce chef-d’œuvre de Coppola prend une tout autre dimension sur écran géant, sans parler de la scène anthologique de l’attaque wagnérienne.

24 heures à New York
On ne se plaindra pas non plus de la décision de projeter finalement Heights, puisque cette première œuvre de Chris Terrio, ancien assistant de James Ivory (que l’on retrouve au financement du film via sa société de production, Merchant Ivory Productions), possède des qualités indéniables, même si elles ne sont pas vraiment nouvelles. En effet, l’histoire (pendant 24 heures à New York, la vie et le destin de plusieurs personnes vont se lier intimement) et la manière de la raconter font clairement référence à Altman et son Short Cuts. Et si Chris Terrio n’a pas (encore) le talent d’un Paul Thomas Anderson (Magnolia) pour marcher sur les traces du réalisateur de The Player, sa capacité à maîtriser les paramètres d’un récit en mosaïque (dont la première difficulté est de nous intéresser à tous les personnages et leurs péripéties) s’avère bien réelle.
Malgré certaines intentions de mise en scène peu concluantes (le split-screen est employé de manière purement gadget), un final un peu trop vite emballé qui laisse quelques rôles sur la touche (Glenn Close, remarquable comme l’ensemble de la distribution, méritait une sortie plus marquante), Chris Terrio parvient à imposer avec Heights une vision touchante, à défaut d’être mémorable, des difficultés d’aimer et de la peur de s’engager.
L.P.

Infidèles
Neuvième et donc dernier film de la compétition, We don’t live here anymore conclut de manière remarquable une sélection qui, cette année, aura été de qualité.
Pour son deuxième film, John Curran s’attaque à un sujet guère original : la crise dans le couple et la tentation de l’adultère. Mais il lui apporte une telle véracité et sensibilité qu’on assiste à une représentation, plus vraie que nature et troublante à bien des égards, des difficultés de la vie de couple, à mille lieues du thriller sur le même thème d’Alan J. Pakula, Jeux d’adultes. Si le réalisateur nous plonge très vite dans le vif du sujet, en montrant d’emblée que les deux couples à l’écran ont déjà une vie intime fragilisée (l’adultère entre l’un des deux hommes et la femme de son ami préexiste au récit), il va par la suite prendre son temps pour scruter méticuleusement l’aggravation des blessures sentimentales causées par l’adultère, mais aussi le sentiment de culpabilité, et plus simplement les ravages du temps qui passe.
Interprété par un excellent quatuor de comédiens (Mark Ruffalo, Laura Dern, Peter – Six Feet Under – Krause et Naomi Watts) capables de retranscrire avec un naturel confondant toutes les palettes d’émotions que leurs personnages éprouvent (à ce jeu, c’est Laura Dern qui s’avère la plus touchante), We don’t live here anymore sonne constamment juste, et ce jusque dans son final amer.
L.P.

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