Cannes 2022 : on a vu Elvis, le biopic sous coke du King

Alexandre Janowiak | 26 mai 2022 - MAJ : 26/05/2022 13:09
Alexandre Janowiak | 26 mai 2022 - MAJ : 26/05/2022 13:09

Après une année 2021 exceptionnelle en juillet, Cannes retrouve le mois de mai pour son édition 2022 et sa sélection riche d'une centaine de films plus ou moins attendus. Après son ouverture zombiesque avec Coupez !, le festival bat donc son plein et dévoile un peu plus ses joyaux (ou non) chaque jour. L'heure pour nous de vous livrer notre avis à chaud sur Elvisle biopic fiévreux et mélancolique du King réalisé par Baz Luhrmann.

 

 

De quoi ça parle ? Est-ce qu'on doit vraiment préciser ce que raconte le biopic d'Elvis Presley ? Si oui, ça raconte sa vie, son oeuvre, son influence et ses multiples succès et déroutes.

C’était comment ? Baz Luhrmann n'était pas revenu au cinéma depuis 2013 et un certain Gatsby le magnifique présenté en ouverture... du Festival de Cannes. Le cinéaste australien débarque donc sur des terres qu'il connaît bien pour son grand retour au 7e art avec Elvis, quatrième film qu'il dévoile sous le soleil azuréen. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que son biopic du King a enflammé la Croisette.

A peine le film commencé, Luhrmann explose l'écran d'un festival visuel grandiloquent, où les splits screens se succèdent les uns aux autres, où les mouvements de caméra tourbillonnants envahissent l'écran, où le montage déchaîné présage d'ores et déjà d'un biopic enflammé. Bref, en quelques secondes, Baz Luhrmann montre qu'il n'a pas perdu son style aussi baroque qu'allumé, aussi euphorique qu'une soirée sous coke, aussi démesurée que la vie du roi du rock'n roll.

 

Elvis : Photo Austin ButlerL'euphorie euphorique

 

Elvis déroule donc son programme furieux dans une première heure surexcitée et épuisante, où les délires visuels aussi grotesques que spectaculaires de Baz Lurhman n'ont d'égal que la folie musicale accompagnant (non-stop) chaque séquence. Cette première partie est d'ailleurs le moyen de découvrir Austin Butler dans la peau du King. Si le choix a troublé de nombreux fans de la star américaine, le comédien convainc en seulement quelques minutes et prouve son immense talent, parvenant à ressusciter l'icône dans un mimétisme déconcertant de vérité, de ses débuts à sa mort.

Autant dire que si Elvis est loin d'être parfait, il jouit entièrement de la dévotion d'Austin Butler à son rôle. Le comédien élève chaque séquence de concert grâce à son sex-appeal et son charisme, magnifiant un peu plus le dynamisme conféré par la mise en scène de Luhrmann. Puis, soudainement, Elvis prend une autre tournure dans sa deuxième partie. Alors que la carrière d'Elvis Presley est déjà bien entamée et que son succès est de plus en plus retentissant, Baz Luhrmann ralentit la cadence, atténue la démesure esthétique et plonge dans une réflexion beaucoup plus mélancolique et politique.

 

Elvis : Photo Austin ButlerAustin Butler en Elvis, ou la naissance d'un grand acteur

 

Évidemment, Elvis n'a rien de bien surprenant en tant que biopic, suivant une narration quasi-entièrement chronologique pour raconter la vie d'Elvis Presley. Et d'ailleurs, sans le style caractéristique de Baz Lurhmann, Elvis aurait pu tristement ressembler à un biopic classique avec tous les clichés inhérents du genre (succès et déchéance, unes de journaux, images d'archives, panneau de fin...). Cela dit, cette deuxième partie est sans doute la plus passionnante du long-métrage.

Parce qu'avec Elvis, Baz Lurhmann raconte surtout tout un pan de l'Amérique des années 50-70. Il dépeint en particulier l'influence majeure du King sur la culture et une certaine libération des moeurs aux États-Unis, sans surprise. Mais plus encore, le long-métrage raconte les différentes manipulations politiques pour empêcher cette vague "d'africanisation" du peuple américain, tout autant que la naissance du merchandising et du spectacle business. Elvis décrit avec habileté les bouleversements sociétaux et économiques de l'époque (et parfois toujours actuels, notamment avec les fausses polémiques sur un soi-disant "envahisseur wokiste").

 

Elvis : Photo Tom HanksLe malin et vicieux Colonel Parker aka Tom Hanks

 

Dès lors, Elvis gagne en profondeur. D'autant plus qu'il n'oublie pas dans le même temps d'explorer son Elvis, vedette planétaire d'un côté, prisonnier d'une cage dorée dont il ne peut se départir de l'autre, le monde ne remarquant rien de (ou ne souhaitant pas remarquer) la déchéance physique de son icône.

Une plus grande profondeur, jonglant entre l'exubérance du spectacle et la mélancolie d'un artiste abattu, qui perd en revanche en ampleur. Il faut d'ailleurs être honnête en disant qu'avec 2h39 au compteur (oui 2h39 !!!), Elvis est beaucoup trop long, voire semble carrément interminable à bien des égards (la folie des débuts s'éteignant au même rythme que son héros). Rien qui n'empêche Elvis d'être plutôt une jolie réussite, signant un retour électrisant de l'Australien au cinéma, mais forcément, à trop nous surmener au démarrage, difficile de ne pas finir complètement épuisé à l'arrivée.

Et ça sort quand ? Le film sort le 22 juin au cinéma.

Tout savoir sur Elvis

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
Neji .
27/05/2022 à 02:06

Perso ce que j'aime dans les biopic c'est la déchéance de l'idole , de la vedette, essayer de capter l'essence même du concept des montagnes russes dans la gloire pour finir en crash pathétique .
En espérant que c'est pas juste une Aude à sa gloire de plus .
Et son producteur également qui était un sacré filou...

warriors
26/05/2022 à 22:43

vivement le 22 juin

EJ
26/05/2022 à 17:47

Spoilers - Le problème qu’il y a eu avec Gatsby est que Baz Luhrmann a, pour ce long métrage, totalement banalisé son style de mise en scène (qui faisait de ses sa trilogie du rideaux rouge des films mémorables) et de narration. Et j’ai peur que ce ne soit pareil avec Elvis.
Ses films sont pratiquement tout le temps composés d’une première partie haute en couleurs et d’une seconde beaucoup plus tragique. Et dans Gatsby, on dirait vraiment un copier-coller de Moulin Rouge sur plusieurs aspects (choix de plans, éléments de l’histoire).

Romeo + Juliet ainsi que Moulin Rouge restent à mes yeux des chez-d’œuvres de Baz Luhrmann. J’ai tout de même très hâte de voir Elvis !

JR
26/05/2022 à 16:38

Ah, question, le film finit il sur la déchéance d'Elvis ou le laisse t il être le King (question compliqué qui risque le spoiler)?

votre commentaire