On a vu The Great Yokai War – Guardians, le film de monstres taré de Takashi Miike

Mathieu Jaborska | 8 novembre 2021
Mathieu Jaborska | 8 novembre 2021

Lorsqu'Ecran Large écume les festivals, c'est pour y dénicher des objets introuvables ailleurs, à l'image du dernier film de Takashi Miike, le très fatiguant The Great Yokai War – Guardians, présenté en compétition lors des Utopiales de Nantes.

 

AfficheQu'est-ce qui peut mal se passer ?

 

De quoi ça parle ? Les Yokai, monstres japonais, existent et vivent parmi nous, invisibles. Lorsqu'un conglomérat de fossiles se forme pour retourner à la mer, il menace Tokyo, mais aussi un portail d'invocation craint par cette faune discrète. Heureusement, la catastrophe peut être stoppée par un insupportable chiard.

C'était comment ? Auteur légendaire derrière des chefs-d'oeuvre ultra-violents comme Audition, Ichi the Killer ou les deux premiers Dead or Alive, Takashi Miike réalise presque autant de films que nous écrivons d'articles sur Marvel. Parmi eux, on retrouve encore de sacrés morceaux, comme le délirant First Love, mais aussi beaucoup de blockbusters trop colorés pour être honnêtes, souvent des adaptations de manga (comme Terra Formars et Jojo's Bizarre Adventure) qui ne s'exportent généralement que dans les festivals. Et son dernier essai (du moins, le dernier qu'on a eu la chance de voir) appartient plutôt à la deuxième catégorie.

 

photoNinja Kids

 

The Great Yokai War - Guardians, c'est le Cabal Cut pour les mioches, la scène du marché d'Hellboy 2 pour les aveugles et la cantina du folklore japonais. Miike s'empare d'une histoire pour enfant écrite par Yûsuke Watanabe (les live-action L'Attaque des titans), traitée par-dessus la jambe, afin d'y caser le maximum de monstres difformes en tous genres, quitte à outrepasser largement les limites imposées par sa cible (il faut voir le gamin balancer un bébé difforme au sol). Il pioche allégrement dans la mythologie locale, invoquant Kappa et Kumiho, ou même dans la culture populaire en général, puisqu'il extirpe Daimajin à sa trilogie des années 1960 pour l'envoyer se friter contre un "Yokaiju".

Le défilé de monstres serait donc assez jouissif s'il n'était pas aussi bancal. Outre la qualité toute relative de certains effets, le nombre de personnages alourdit considérablement un récit pourtant extrêmement niais. Et cela n'empêche même pas l'ensemble de souffrir d'un gigantesque ventre mou, où le jeune héros passe mécaniquement par toutes les étapes du récit initiatique contractuel, le tout dans des décors de grottes anonymes, dont la triste photographie bleue a motivé la sieste de bien des festivaliers.

 

photoLa monstrueuse parade

 

Pour qui ne ronfle pas après plus d'une heure de métrage, le climax donne à lui seul un intérêt à la séance. Il s'enfonce dans les arcanes du non-sensique avec en ligne de mire un dilemme : il voudrait faire s'affronter son bestiaire dans une méga orgie de caoutchouc et de CGI douteux, mais il est censé enseigner aux gosses que la violence, c'est pas ouf. En résulte un faux crescendo absurde, culminant avec une chanson rythmée par les percussions ventrales d'une armée de blaireaux-ratons laveurs et l'invocation sortie de nulle part d'une divinité lumineuse, qui s'exclame : "Mais qu'est-ce qui se passe ?" en choeur avec le public. 

En ça, il est un digne représentant du tokosatsu contemporain. Quoi de plus logique, puisqu'il s'inscrit officiellement dans son héritage ? Guardians est une continuation de The Great Yokai War, déjà réalisé par Miike (bien qu'il ne s'agisse pas d'une suite directe). Sorti en 2005, ce premier opus était lui-même un remake de la trilogie produite par la Daiei à la fin des années 1960. Rien ne se perd, tout se recycle, même les monstres.

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commentaires
CuchulainBzh
08/11/2021 à 11:17

Le premier Yokai était déjà bien foutraque comme beaucoup de films de Miike. Le meilleur reste pour moi, le superbe Bird People in China, suivi par Audition, 13 Assassins et Hara Kiri.

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