Malignant : le nanar WTF de James Wan amuse beaucoup les critiques américains

Raphaël Iggui | 14 septembre 2021 - MAJ : 14/09/2021 11:25
Raphaël Iggui | 14 septembre 2021 - MAJ : 14/09/2021 11:25

Les Américains ne savent pas s'ils doivent prendre Malignant, le nanar de James Wan, au sérieux et ils adorent ça.

Sorti le 10 septembre 2021 aux États-Unis, Malignant a suscité une petite indifférence générale de la part du public américain avec un famélique 5,5 millions de dollars récoltés. Un score que le réalisateur n'avait pas connu depuis Death Sentence en 2007, la transformation de Kevin Bacon de l'Américain de classe moyenne sans histoire à vigilante violent n'ayant récolté que 4,2 millions de dollars pour son premier week-end d'exploitation. 

Un bilan sur trois jours qui reste encore à confirmer, mais qui se comprend aisément. Évidemment, les restrictions sanitaires liées à la pandémie font toujours leur petit effet, direct et indirect. Par exemple, le film est sorti en simultané sur HBO Max, lui soustrayant déjà une partie de ses potentielles entrées puisqu'il était sur les plateformes de téléchargement illégal quelques heures après sa sortie officielle. Enfin, on peut sans doute blâmer une promotion inexistante, les premières bandes-annonces étant sorties moins d'un mois avant son arrivée en salles, des deux côtés de l'Atlantique.

 

 

 

Et d'ailleurs, le bilan au box-office est tout aussi tiède du côté français avec 69 000 entrées en première semaine. En revanche, l'accueil critique et spectateur est bien différent du côté américain. Là où certains aspects du film sont décriés pour leur côté absurde et over the top chez la critique et les spectateurs hexagonaux, ces mêmes aspects sont célébrés outre-Atlantique... pour les mêmes raisons. Malignant jouit d'une note de 74% sur Rotten Tomatoes basée sur une moyenne de 77 critiques.

Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les colonnes de médias installés, nombreuses sont les critiques qui soulignent le côté abracadabrantesque du scénario, et notamment son twist de fin, qui donnerait à Malignant, un charme unique. Un parti pris visiblement assumé par James Wan, certains détails du film s'inspirant volontairement d'un certain cinéma Bis. 

 

photo, Maddie HassonL'Absurdistan, terre de contraste

 

Même au sein de la rédaction, cet épouvantable ovni d'épouvante divise, avec trois notes qui vont de 0,5 à 3/5. Bien qu'on s'accorde globalement sur la qualité du film, on n’est pas tous d'accord sur comment appréhender tout le côté Z du long-métrage. L'existence même de Malignant à une ère d'über franchises tous azimuts et de frilosité polaire de la part des studios, relève de l'anomalie pure et simple.

C'est sans doute l'aspect un peu bâtard de Malignant qui lui confère toute sa singularité et qui lui donne déjà un statut de "c'est tellement con que c'est bon" avant même de gagner de possibles galons de bizarrerie un peu culte avec les années (l'avenir nous le dira). Un statut qui ne fait évidemment pas l'unanimité, notamment du côté de la presse américaine. Du coup, on s'est permis de vous faire un petit pot pourri de quelques critiques américaines

 

photo, Annabelle Wallis"Dis bonjour aux critiques, Annabelle"

 

"Malignant ne passe même pas l'examen du visionnage, mais une fois tous ses mystères éventés, vous comprenez vite que ça n'a jamais été l'intention du film. C'est un festival horrifique absurdement divertissant avec une affection prononcée pour l'absurde, et Dieu - ou diable - merci pour ça." The Wrap 

"L'absence de vrais moments de terreur sera sans doute un crève-coeur pour certains. Effectivement, la bizarrerie qui contamine l'ensemble du long-métrage risque d'énerver d'emblée bon nombre de spectateurs. Mais il y aura aussi ceux qui se délecteront de l'audace de Malignant et on vous garantit que ceux-là en auront pour leur argent. Ça ne peut clairement pas prétendre à rivaliser avec les meilleurs films de James Wan, mais mon dieu, qu'est-ce qu'on s'amuse." Slashfilm 

 

photo, Annabelle WallisUn visage qui transpire le fun

 

"Il est dur de dire si un film aussi taré "fonctionne" ou pas, mais il est impossible de ne pas admirer l'aspect artisanal et le mauvais goût extravagant qui donnent au film cet aspect "ça passe ou ça casse."" Variety 

"Baigné dans un rouge tout droit sorti de Suspiria, Malignant est jalonné de passages horrifiques marquants, mais finit par succomber à une histoire qui se repose plus sur la forme que sur le fond." Screen Rant

"Bien qu'il soit visuellement travaillé, Malignant ne parvient pas à passer au-dessus de la crise d'identité au coeur même de l'oeuvre." IGN

"Un mélodrame beaucoup trop sérieux sur une femme hantée par son passé. Malignant a les fesses entre plusieurs chaises, entre le slasher, l'histoire de fantômes ou de possession, sans jamais faire de choix. Le résultat est un mélange d'archétypes issus du cinéma de genre qui manque d'un point de vue clairement défini, même en termes stylistiques." Indiewire 

 

photo, Annabelle WallisQuand t'as mal au dos à force d'avoir les fesses entre plusieurs chaises

 

"Le gore est d'excellente qualité, et le film prend un virage salvateur sur les 25 dernières minutes, mais ça ne suffit pas à sauver l'ensemble, qui est décidément mauvais, peu importe ce que pourront vous dire les amoureux des pieuvres-batteuses de votre entourage" The Playlist

"Le postulat de base est clairement malin et original - le genre avec une révélation au troisième acte qu'il ne vaut mieux pas spoiler. Mais le chemin pour y arriver est à la fois bizarre et envoûtant, avec trop de moments qui semblent sortir tout droit de Les Experts ou FBI : Portés disparusbien mieux filmés, mais avec des dialogues bien plus médiocres. Ça vous pousse surtout à vous demander ce que Wan est parti foutre sur ce film."  San Francisco Chronicle

 

Photo, Annabelle WallisLa Warner Bros dans la salle de montage

 

À l'image de la rédaction d'Ecran Large, les critiques américaines sont profondément divisées sur les mêmes points. Une réaction que Wan avait anticipée, puisque ce dernier expliquait que le film et son retournement de situation lors du troisième acte serait : soit accepté pour le côté ultra-délirant, soit rejeté en bloc pour la même raison

On espère juste qu'Aquaman 2 sera un peu moins nanardesque, quoiqu'on pourrait arguer que Jason Momoa en lycra qui tchatche des dauphins, c'est déjà un peu nanardesque en soi.

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commentaires
Sky marschal
15/09/2021 à 19:13

La malédiction de la dame blanche ou La nonne étaient bien plus risibles à mon avis, mais bon...

Dahm
15/09/2021 à 16:52

J'ai vachement aimé sa vidéo. Très bien exposé et argumenté et ça me donne envie de le voir au vu de sa critique constructive. Pour une fois qu'un chroniqueur ou journaliste du cinéma parle aussi bien je vais pas me priver

Tim Lepus
14/09/2021 à 18:15

Cette insistance à qualifier de nanar, à vouloir comme écrire l'histoire en temps réel, chiffres en tête, pour faire de son point de vue une vérité, me rappelle l'argument exposé notamment par Chloé Delaporte face à Jean-Baptiste Thoret dans l'émission de Frédéric Taddeï en juillet dernier : avec ces discours conservateurs, des réalisateurs comme Hitchcock, Leone... n'auraient pas été réhabilités. Ce discours sur-élitiste qui m'avait tant frappé dans l'introduction de "L'écran postmoderne" de Laurent Jullier : si "on" n'arrive pas à trouver un sens à un film, c'est la faute du film.
Se focaliser, se bloquer sur l'absurde, l'extravagant, prétendre professer le bon et le mauvais goût, est-ce que ça n'est pas davantage une impasse, voire un échec intellectuel ?
Je pense que le bout-à-bout de ces critiques permet pourtant une perspective éclairante sur 'Malignant' : la crise d'identité d'une femme hantée, non pas par son passé mais par une culture des archétypes...

Blade
14/09/2021 à 16:30

Faut rentrer dans le delire ... et une foi que tu acceptes le coté "Z" et hybride du film .. c est assez jouissif je trouve

Cytral
14/09/2021 à 14:04

C'est vraiment très très con mais perso j'ai passé un bon moment devant.

D'ailleurs, vous devriez arrêter de l'appeler nanar, un nanard c'est quand c'est involontaire. Là on parle quand même de James Wan qui a poussé tous les potards au max et a décidé de se faire plaisir.

Extrait d'interview de J.W. :
Je voulais également revenir vers mes films plus indépendants, comme Saw ou Dead Silence, et d'autant plus que je me trouvais entre les tournage d'Aquaman 1 et 2. C’était donc, pour moi, une chance de me lâcher en tant que réalisateur de film d’horreur pur. Car cette histoire se prête à une version plus viscérale et plus gore de l’horreur. Ce n’est pas un film PG-13 mais bien une version classée R pour les fans de mes premiers films.

Keedz
14/09/2021 à 12:49

J'ai bien aimé ce spin off du professeur quirrell du premier harry potter

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