Festival International du Film de Saint-Jean-De-Luz : Tel Aviv on fire, Chien de garde, bilan du jour 4

Christophe Foltzer | 5 octobre 2018 - MAJ : 05/10/2018 19:35
Christophe Foltzer | 5 octobre 2018 - MAJ : 05/10/2018 19:35

Le moment tant redouté arrive : la fin de la compétition. Bientôt la remise des prix, la fin du festival, le retour à Paris. Raison de plus pour bien savourer les deux derniers films présentés.

Disons les choses comme elles sont, car c'est une évidence : la compétition de cette année se classe parmi les meilleures de toute l'histoire du festival. Des premiers et seconds films de haut vol qui nous rassurent sur l'avenir du cinéma. Et après un troisième jour extrêmement fort, la journée d'aujourd'hui s'est terminée par un gros uppercut.

 

photo FIF Saint Jean de Luz

 

TEL AVIV ON FIRE

Faire rire du conflit israelo-palestinien peut sembler impossible tant le sujet est grave, douloureux et complexe, mais c'est pourtant ce qu'est parvenu à faire Sameh Zoabi avec Tel Aviv on fire, son second film après Téléphone arabe en 2010. Ici, nous suivons les (més)aventures de Salam, palestinien vivant à Jérusalem qui se retrouve assistant sur le soap-opera produit par son oncle, Tel Aviv on fire, qui raconte la romance d'une espionne palestinienne et d'un général israëlien pendant la Guerre des Six Jours. A la suite d'un concours de circonstances, le voilà propulsé scénariste des scènes en hébreu. Il se voit alors arrêté par Assi, le responsable d'un checkpoint qui tente de transformer le feuilleton de l'intérieur.

Dès le départ, le ton est donné : ni parodique, ni vulgaire, le film versera dans le subtil. Comme les meilleures comédies italiennes qui semblent l'inspirer, Tel Aviv on fire se transforme rapidement en portrait acide d'une société en conflit avant tout avec elle-même, se nourrissant d'une illusion tellement ancrée qu'elle en vient à ne plus savoir s'écouter. Qu'il s'agisse du côté palestinien ou du côté israëlien, ce sont avant tout les défauts humains qui sont pointés du doigt, mais surtout ce qui anime les hommes et les femmes de part et d'autre du checkpoint.

Divisés mais, au fond, semblables dans leurs aspirations de vie, ils voient progressivement leurs préceptes politiques voler en éclats à mesure que le soap-opera s'inspire du quotidien. Magnifiquement réalisé, superbement interprété et d'une gigantesque intelligence, Tel Aviv on fire est une grande barre de rire grinçant, un pur joyau de cinéma et probablement un film destiné à devenir culte par le traitement de son sujet. Bref, c'est un incontournable.

 

photo Tel Aviv On Fire

 

CHIEN DE GARDE

Chaque édition du festival nous met K.O. avec au moins un film. Cette année, ce sera avec plusieurs métrages (Marche ou crève, Monsieur, Tel Aviv on fire, L’Enkas, pour les plus évidents). Mais rien ne nous préparait au choc de Chien de garde, premier film de la réalisatrice québecoise Sophie Dupuis.

Comme souvent, le point de départ semble classique et cousu de fil blanc : JP se démène comme il peut entre sa famille toxique (sa mère alcoolique et son frère Vincent, totalement ingérable), sa petite amie qu'il héberge, son oncle qui l'entraine dans ses trafics, et sa volonté de s'en sortir. En plein Verdun, quartier populaire de Montréal, JP va remettre son environnement en question, avec les conséquences terribles que cela annonce.

 

photo chien de garde

 

Ne tournons pas autour du pot : ce film est magnifique, sur tous les plans. Qu'il s'agisse de sa mise en scène, inspirée, énergique et étouffante ; de son sound-design intradiégétique renversant ; et de l'incroyable prestation de ses comédiens (Jean-Simon Leduc et Théodore Pellerin y sont phénoménaux) : Chien de garde est un pure merveille, un diamant noir comme on en voit peu en début de carrière.

Tout y est maitrisé, cohérent, profond, intelligent, juste. Si l'on pourra juste lui reprocher quelques scènes finales un peu excessives dans leur propos, nous voilà bien embêtés parce que nous n'avons pas grand chose d'autre à dire sur le film tant il nous marque, nous impacte, nous émeut, nous bouscule. Sombre, violent, malsain par endroits, oppressant tout du long, il recèle néanmoins quelques bulles de respiration indispensables pour tenir le coup. Mais le voyage en vaut clairement la peine. Nous n'irons pas plus loin, si ce n'est que nous précisons quand même que le film sort le 14 novembre prochain et que c'est un devoir de se précipiter à sa rencontre à ce moment-là.

 

Après une journée comme celle-là, le Festival a donc décidé de nous quitter sur la plus haute des marches. Et, pour une fois, nous n'aimerions pas être à la place du jury parce que la compétition est tellement serrée cette année que les délibérations doivent être bien tendues. A suivre.

 

photo FIF Saint Jean de Luz

commentaires

Claude Barzotti
06/10/2018 à 18:29

Les articles de Christophe Foltzer sur Saint-Jean-de-Luz sont tellement drôles chaque année. Tous les films sont des chefs d’œuvre en puissance, rien n’est à jeter et quelques semaines ou mois après, tout le monde voit les films et se remémore ses articles :)

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