K contraire : critique sous kéta

Christophe Foltzer | 4 octobre 2018 - MAJ : 06/01/2020 17:48
Christophe Foltzer | 4 octobre 2018 - MAJ : 06/01/2020 17:48

Cela fait plusieurs années que nous le pressentons et que nous l'écrivons, une nouvelle génération d'auteurs et de réalisateurs prend peu à peu ses marques dans le cinéma français. Et quand on voit K Contraire, on se dit que c'est probablement la meilleure nouvelle depuis longtemps. Et assurément l'un des gros chocs du dernier Festival International du Film de Saint-Jean-De-Luz.

Dès le début, le premier film de Sarah Marx annonce la couleur : authenticité et réalisme seront les maitres mots de K Contraire. Pourtant, qu'on ne s'y trompe pas, ces deux qualificatifs ne signifient pas pour autant que le film sera à l'image de nombreuses oeuvres françaises dites auteuristes, naturalistes et dont le traitement fait au final plus office de cache-misère que de véritable note d'intention.

Non, ici, rien de tout cela. Sarah Marx connait son sujet et l'univers qu'elle dépeint et cela se sent. En l'occurrence, il s'agit ici de la sortie de prison du jeune Ulysse, après 6 mois passés en cellule, et qui se retrouve dans le monde "libre" avec l'obligation de prendre en charge sa mère malade, tout autant qu'à construire sa propre réinsertion sociale. Dans une société qui tire la langue, pour jouer sur tous les fronts, le calcul est simple : se lancer dans le trafic de kétamine avec, pour couverture, un food-truck s'installant dans une rave-party.

 

photo Sandrine BonnaireSandrine Bonnaire, juste parfaite

 

Partant de ce postulat somme-toute assez classique, K Contraire ne tarde cependant pas à montrer son vrai visage. Le film ne sera qu'un prétexte pour nous parler de dépendance, d'enfermement (volontaire ou non) et des différentes manières qu'a l'humain pour se piéger dans ses propres schémas plutôt que d'affronter la réalité.

Un piège qui fonctionne à plusieurs niveaux, tel un entrelac qui confinerait à l'inter-dépendance névrotique avec, au centre de tout, l'argent pour seul catalyseur. En effet, chaque personnage que rencontre Ulysse résonne avec sa propre problématique mais Sarah Marx a la grande intelligence de ne jamais souligner son propos, de ne jamais le laisser envahir l'histoire qu'elle doit raconter, de toujours rester dans le domaine du subtil pour prendre son spectateur à revers.

 

photo L'EnkasSandor Funtek, renversant

 

Et cela fonctionne particulièrement bien. Il faut dire aussi que le film est très bien rythmé, très bien mis en scène et surtout excellemment interprété. On pense évidemment à Sandrine Bonnaire, touchante toute autant qu'inquiétante dans ce rôle de mère dépressive qui lutte à son niveau, tour-à-tour pleine de candeur puis désespérément sombre. Là encore, une interprétation toute en subtilité qui représente pourtant le coeur du film (dans son rapport à son fils).

Mais la grande révélation, c'est bien sûr Sandor Funtek dans le rôle du jeune Ulysse. Un rôle percutant, extrêmement complexe et profond, cristallisant tous les enjeux et tout le propos du film, qui repose entièrement sur les épaules du comédien. Sandor Funtek explose littéralement l'écran dans une composition à plusieurs niveaux, toute en nuances et, là encore, d'une grande subtilité. Se dévouant corps et âme à son personnage, il s'inscrit immédiatement comme l'un des grands comédiens de la jeune génération actuelle et, assurément, un nom à retenir.

 

photo L'Enkas

 

Si le film brille par son traitement, sa forme, son fond et son interprétation, on ne peut pas garder sous silence l'écriture de ses dialogues. Co-écrit avec Ekoué Labitey et Hamé Bourokba (du groupe La Rumeur), K Contraire impressionne par la véracité de ses répliques. Là où la plupart des films français singent le parlé de la rue pour faire croire qu'ils savent ce qu'ils racontent (ce qui ne fonctionne jamais), K Contraire nous plonge dans cet univers avec une aisance et un naturel confondants. Tout sonne juste et tout sonne vrai (encore une fois ce souci du réel) sans pour autant verser dans le naturalisme de circonstance.

Qu'il s'agisse de ses thématiques ou de son emballage, Sarah Marx peut être très, très fière de son premier essai dans le monde du long-métrage. K Contraire est un film prenant, intelligent, profond, subtil, émouvant et touchant. C'est une petite perle et nous espérons vraiment que vous pourrez le voir également le plus vite possible.

 

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