Isao Takahata, le réalisateur du Tombeau des Lucioles et de la Princesse Kaguya, est décédé

Christophe Foltzer | 6 avril 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 6 avril 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Si nous savons bien que personne n'est immortel, il y a des gens que l'on ne veut pas voir disparaitre. Et tout en haut de la liste, il y avait Isao Takahata...

C'est donc avec tristesse et douleur que nous avons appris dans le courant de la nuit que Isao Takahata était décédé le 5 avril au Japon, à l'âge honorable de 82 ans. Co-fondateur du studio Ghibli avec Hayao Miyazaki, il était aussi le réalisateur de plusieurs films et documentaires, tout autant que l'auteur de nombreux essais. Si les circonstances de sa disparition n'ont pas encore été établies officiellement, il semblait souffrir de difficultés respiratoires depuis 2 ans, ce qu'un porte-parole de Ghibli a confirmé à l'AFP :

"C'est vrai, mais nous ne pouvons faire plus de commentaires car nous sommes en train de demander certaines précisions à ce sujet."

 

Photo TakahataIsao Takahata

 

Résumer l'immense carrière de Takahata en un court article serait vain et stupide. Précisons cependant que Maître Takahata était ce que l'on pourrait qualifier d'opposé-complémentaire à Hayao Miyazaki depuis plus de 50 ans et leurs débuts à Toei Animation. Ils fondent ensemble le studio Ghibli en 1985 (avec Toshio Suzuki) avec lequel ils révolutionnent le monde de l'animation japonaise et mondiale.

Bien qu'il ne dessine, ni n'anime pas, il deviendra quand même réalisateur de films d'animation, épaulé par Miyazaki (qui fut aussi parfois son rival intime) et mettra en scène ses premiers films avant la création de leur studio avec notamment Kié la Petite Peste et le magnifique Goshu le violoncelliste. Mais c'est en 1988 qu'il se fait un nom sur la scène internationale, avec le tétanisant Tombeau des Lucioles. Récit magnifique et tragique d'un frère et d'une soeur survivant au bombardement de leur ville, basé sur un roman et sur les souvenirs personnels du réalisateur, Le Tombeau des lucioles bouleverse le monde entier d'une part par sa qualité artistique incroyable et par sa dureté. Pour plaisanter, on dit souvent d'ailleurs que l'on conseille le film à tout le monde, qu'on l'a tous en DVD ou en Blu-Ray mais qu'on ne le regardera plus jamais tant il est bouleversant.

 

Le Tombeau des Lucioles

 

S'il partage la vision de son acolyte par bien des aspects, Takahata a toujours eu une approche plus mélancolique et moins grand public. Souvenirs goutte à goutte, en est un bel exemple, puisqu'il ne raconte rien d'autre que le retour d'une jeune femme dans sa ville natale alors qu'elle est à un carrefour de son existence. Magnifique encore une fois, le film surprend par son rythme lent, son refus du spectaculaire, son côté tranche de vie et montre que le Maître comprend l'animation et sait en jouer pour représenter le réel. Changement de style avec Pompoko, peut-être son film le plus grand public, justement, contant la bataille de ratons laveurs transformistes contre la civilisation qui détruit leur environnement. Là encore, la bonne humeur et la folie de l'ensemble ne cachent qu'à moitié une profonde mélancolie et une réflexion sur le temps qui passe, le parcours d'un homme, ses racines et sa place dans le temps qui détruit tout ce dont il est issu.

Un nouveau chef-d'oeuvre qui est sorti au même moment que Mon voisin Totoro. Et ce n'est pas anodin puisque Takahata, comme Miyazaki, sont très engagés dans leur lutte pour l'environnement et très au fait des transformations violentes du Japon d'après guerre. Homme de lettres, Takahata est aussi l'auteur de plusieurs essais sur les estampes ainsi que le réalisateur de plusieurs documentaires sur le Japon.

 

pompokoPompoko

 

Le gros pari arrive en 1999 avec Mes Voisins les Yamada. Adaptation d'un comic-strip culte au Japon, Takahata engloutit un budget supérieur à celui de Princesse Mononoké en livrant un objet filmique atypique et en apparence simpliste dans sa confection. Il n'en est évidemment rien et, encore une fois, il s'intéresse de près à la société japonaise, la place de la famille, de l'envionnement et du coeur dans son pays. Un gigantesque carton et un nouveau chef-d'oeuvre.

On ne peut conclure cet article sans citer l'extraordinaire Conte le Princesse Kaguya, sorti en 2013, magnifique adaptation d'une légende japonaise, au parti-pris esthétique radical puisqu'il ressemble à une gigantesque estampe animée et somme de toutes ses thématiques. Chef-d'oeuvre ultime, il lui vaut une nomination aux Oscars.

 

Le conte de la princesse Kaguya

 

Mais la vie et le temps font leur oeuvre et aujourd'hui, Isao Takahata n'est plus. Il laissera derrière lui une oeuvre riche et dense tout autant que passionnante. Et, pour tout vous dire, on sent qu'on ne pourra jamais parler de lui au passé. C'est la marque des plus grands.

Merci pour tout Maître. Et bon voyage.

 

Photo Takahata

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commentaires
dams50
06/04/2018 à 23:22

"Maître Takahata était ce que l'on pourrait qualifier d'opposé-complémentaire à Hayao Miyazaki depuis plus de 50 ans et leurs débuts à Toei Animation"
Heidi, Conan le fils du futur, Sherlock Holmes ... nous autres de la génération 80, on a été gâtés très tôt par ces deux là.

Et oui Sky Captain, tu as bien résumé le bonhomme. Un humaniste. J'ai beaucoup aimé "Omoide Poro Poro" pour ça. Tout comme "Kaguya hime no monogatari".

A voir et revoir quand l'inspiration nous manque ...

malabar
06/04/2018 à 20:15

C'est avec des commentaires comme ici que l'on peut voir qu'une œuvre peut toucher les gens dans leurs existences. J'ai jamais vu Le tombeau des lucioles et franchement, ça ne m’intéresse pas mais vos commentaires et l'article lui rendent bien hommage.

Le rol’
06/04/2018 à 16:40

@Alyon
Exactement!
Au mot près.
"Un film qu’on voit mais qu’on ne revoit pas"
Le tombeau des lucioles est un des deux films que je ne pourrai jamais revoir.
J’ai essayé, tenu 15 minutes, impossible.
Ce film est d’une puissance evocatrice rarement vu sur un ecran.
Aussi puissant qu’un Requiem pour un massacre, par exemple, alors que c’est un film d’animation 2D..
Merci maestro...

Alyon
06/04/2018 à 15:33

Le tombeau des Lucioles le film que l'on voit mais ne revoit pas ... bouleversant à un point !
Et la scène de la fuite de la princesse Kaguya un pur chef d'oeuvre de l'animation ...
Merci pour toutes ces émotions et ces souvenirs !

Fil
06/04/2018 à 15:13

Profond respect de ce Maître. Un immense merci à cet immense réalisateur.

lemon
06/04/2018 à 12:04

"...on l'a tous en DVD ou en Blu-Ray mais qu'on ne le regardera plus jamais tant il est bouleversant." Tellement vrai, j'ai un super coffret collector que je n'ai jamais regarder, j'avais vu le film avant de l'acheter...

Sky Captain
06/04/2018 à 11:20

Un grand monsieur, capable de multiplier les genres, les styles, les tonalités. Des Yamada au Tombeau des Lucioles, une variété incroyable de nuances avec toujours un point commun : l'humanisme.

kukuma
06/04/2018 à 11:05

Adieu Sensei et merci pour m'avoir fait tant réver !! Bon voyage et repose en paix !

Prof. Broom
06/04/2018 à 09:43

Un immense réalisateur qui s'en va...

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