Jean Rochefort est mort, le seigneur Mortez s'en est allé, bordel de merde

Jacques-Henry Poucave | 9 octobre 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Jacques-Henry Poucave | 9 octobre 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Jean Rochefort est mort. L’acteur s’est éteint dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 octobre, ainsi que l’a annoncé à sa famille.

L’acteur, disparu à 87 ans, nous lègue une collection de rôles souvent inoubliables, parfois éclipsés par sa propre stature, son aura de dandy gauche et gourmant. Il comptait parmi les derniers représentants de la légendaire « bande du Conservatoire » (avec Jean-paul Belmondo, Jean-Pierre Mariel, Claude Rich, Bruno Cremer, Pierre Vernier, Michel Beaune), qui aura joyeusement dynamité les codes de l’interprétation théâtrale telle que le promouvait alors l’institution vénérable de la Comédie Française.

Il se fera remarquer en jouant consécutivement dans plusieurs adaptations du dramaturge Harold Pinter, dont le théâtre moderne et inquiet sied parfaitement à cette silhouette faussement empêtrée que forge déjà l’artiste.

 

Photo Mari de la coiffeuse (Le)

Le Mari de la Coiffeuse

 

Initialement rebuté par le cinéma, où il n’effectue que des seconds rôles, persuadé que sa diction comme son physique le condamneront à d’obscurs seconds rôles, Jean Rochefort va progressivement s’y tailler une place à part, passant par La Symphonie pour un massacre de Jacques Deray, Le Diable par la Queue de Philippe de Broca et évidemment Le Grand blond avec une chaussure noire d’Yves Robert. C’est ce dernier qui lui offrira en 1976, avec Un Eléphant ça trompe énormément, le rôle qui définira son aura, sa carrière et sa perception par le grand public.

Toujours sur le fil du rasoir, entre énergie comique borderline et veine tragique aux arêtes pathétiques, il devient ce grand échalas lettré, passionné d’équitation, capable de réconcilier l’humour à la papa, la veine absurde Gotlibienne et la malice adolescente.

 

 

 

Son absence manquera cruellement au cinéma français, bien en mal de légendes. Mais le vide qu’il laisse est l’occasion de se pencher sur une filmographie riches d’innombrables pépites oubliées, ou éclipsées par ses plus grands succès.

Il est urgent de revoir le bancal mais frappadingue Les WC étaient fermés de l’intérieur, nécessaire d’halluciner devant la folie poétique et anarcho-rabelaisienne d’un Calmos, ou encore Tandem, sans doute un des meilleurs films de Patrice Leconte, où l’artiste sublime chacune des facettes que nous lui connaissons. De même son auréole de doux aristo du 7ème Art aura également fait passer un peu vite sur Akoibon, sa fascinante collaboration avec Edouard Baer.

Gageons qu’il nous reste encore bien des merveilles à retrouver dans la phénoménale et foisonnante carrière de ce prince du cinéma français.

 

Photo , Jean RochefortTandem

Photo Courage fuyons

Courage Fuyons

Photo Crabe Tambour (Le)

Le Crabe Tambour

Photo Les Bœuf-carottes

Les Boeufs Carottes

 

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commentaires
Kean
10/10/2017 à 11:11

Et pour ceux qui serait passer a coté (au dela des deux chef d’oeuvres intemporels que sont Un elephant... et Nous irons tous au paradis), je vous supplie de vous jeter sur l’incroyablement boulversant Tandem, son role le plus fort a mon gout..
Quelle tristesse.

Matt
09/10/2017 à 15:49

Jean Rochefort c'était la classe incarné, un grand monsieur qui a interprété de nombreux personnages inoubliables. Mention spéciale pour moi pour son rôle de policier compréhensif dans L'Horloger de Saint-Paul et en noble cultivé à la mémoire défaillante dans Ridicule. Bon et aussi en raconteur d'histoire qu'on aurait tous voulu avoir comme grand père lorsqu'il présentait l'émission Disney à la TV. Perte immense....

Dirty Harry
09/10/2017 à 15:49

Il restera mon "Cavaleur" favori. Et merde le séducteur Albert dans "Calmos" cette dinguerie...De l'enfance où il me racontait Winnie l'Ourson mieux que n'importe quel conteur, à la vie d'adulte où son flegme, son ironie, ses cabotineries, son verbe haut et sa malice m'enchantait, Jean Rochefort a été un pilier du cinema français (et avec le POUVOIR DE LA MOUSTACHE). Puisse t il partager le champagne avec Philippe Noiret...RIP.

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