Cannes 2016 : Rencontre avec Cédric Kahn pour L'économie du couple de Joachim Lafosse

Créé : 15 mai 2016 - Chris Huby
Cannes 2016
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On l'a dit et on le repète, L'économie du couple nous a totalement conquis, ne serait-ce que pour son incroyable duo d'acteurs. Et comme nous ne sommes pas les seuls à avoir aimé le film à Cannes, il a fallu se battre pour rencontrer Cédric Kahn. Heureusement, l'homme étant ce qu'il est, il a fait fi des conventions et nous a accordé quelques instants. Et on l'en remercie beaucoup.

 

EcranLarge : Comment abordez-vous un rôle aussi complexe ?

Cédric Kahn : : Je me laisse faire. Il y a un scénario, un metteur en scène, une partenaire, des enfants aussi… Tout ça fait que je ne suis pas tout seul. En plus, je ne suis pas comédien professionnel, donc on a beaucoup travaillé le texte, beaucoup répétés avec Joachim en amont. De toute façon, un film pareil ça se prépare, dans ses moindres détails, c’est une entrée progressive dans un rôle… Mais après, il y a une chose : le cinéma, c’est l’art de l’instant et pour qu’une telle chose se passe, il faut être là le jour où ça tourne, c’est le jour où on fait cette scène qu’elle doit exister et à aucun autre moment, ce qui fait que la préparation a aussi ses limites.

 

EL : Comment pourriez-vous décrire votre personnage en quelques mots ?

CK : Je pense que sa psychologie découle de sa situation. C’est quelqu’un qui vit un désamour, ce qui est extrêmement douloureux de part et d’autre, c’est le point de départ du film. Et puis il y a la situation financière et sociale du personnage. Et finalement, il vit une forme d’indignité, il n’a pas les moyens de reconstruire sa vie. Moi ce que je crois, c’est que les conflits sur l’argent, la possession, les biens ne sont qu’un prétexte pour essayer de sauver ce qui est encore sauvable. En tout cas c’est comme ça que je me le suis construit.

Photo Cédric Kahn

Crédits Photo : Moland Fengkov

 

EL : On parle beaucoup d’humiliation par rapport à votre personnage et donc de manipulation de votre côté…

CK : Qui est humilié ? Elle ? C’est complètement réversible, parce qu’on pourrait dire aussi que le fait d’être traité comme un pauvre et d’être chassé de ce qu’il considère comme son foyer et sa famille, c’est une forme de maltraitance. Si je m’extériorise du film et que je compare avec des situations que je connais, je pense qu’il y a humiliation et manipulation des deux côtés. C’est le propre même d’une rupture. Je refuse de dire qu’il y aurait la victime et le bourreau, l’humilié et l’humiliant, ce serait une lecture presque naïve de la situation. Une rupture, comme l’amour, c’est une danse qui se joue à deux et chacun est tour à tour le bourreau et la victime.

 

EL : Mais votre personnage est peut-être plus visible, plus blessé. Il y a notamment la scène avec les amis où on voit vraiment son caractère éclaté.

CK : Ce que je pense de mon personnage, c’est qu’il vit une forme d’indignation et qu’il essaye de retrouver sa dignité soit à travers la violence, ou la colère, la manipulation, dans une forme de dialectique. Il essaye de retrouver une forme d’honneur en voulant prendre le dessus intellectuellement ou politiquement, mais pour moi, il se débat plus qu’autre chose.

Photo 3 Cédric Kahn

Crédits Photo : Moland Fengkov

 

EL : En tant que metteur en scène, comment on passe de l’autre côté de la caméra ?

CK : De même que je me donne totalement à un film quand j’en réalise un, là je me donne totalement à mon personnage. C’est juste une question de périmètre et de territoire. A partir du moment où le territoire de mon implication est défini, c’est quasiment le même travail. A part le fait qu’il faut que je joue aussi avec ce que je suis et pas seulement avec ce que je pense, mais au final, je raconte toujours une histoire.

 

On remercie donc énormément Cédric Kahn pour nous avoir trouvé un petit moment dans son agenda cannois surchargé et pour son accueil chaleureux.

 

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