Hellphone : interview du réalisateur James Huth

Julien Dury | 30 mars 2007
Julien Dury | 30 mars 2007

Après Jennifer Decker, c'est désormais au tour de James Huth de venir défendre Hellphone en nos pages. Avenant, le cinéaste semble capable de disserter sur tous les sujets. Pour cause de dictaphone non encore branché ou de digressions trop flagrantes, on devra donc se contenter d'évoquer : - les mots rassurants adressés à votre serviteur angoissé à l'idée de passer la vingtaine et selon lesquels il faut attendre trente ans pour qu'un déclic ait lieu dans l'esprit du mâle, - les excuses qui veulent que les gens du spectacle sont trop superstitieux pour parler de leurs projets, - la description des sujets de conversation lors des repas partagés par ces mêmes gens. Le reste est à lire ci-dessous.

 

Alors pas trop stressé ? Qu'est-ce que tu fais demain à 14 heures ? [L'interview étant bien sûr menée la veille de la sortie du film]
Vraiment ? Il se passe quelque chose demain ? Moi, je serai du côté du Guatemala, j'ai vu qu'il y avait une petite presqu'ile retirée… Non, évidemment, c'est le flip absolu ; ce qui est normal, on n'a qu'à pas faire de cinéma. On bosse comme des fous en essayant de faire le meilleur film possible, de proposer quelque chose de différent. Donc, on croise les doigts pour que les gens aient envie de le voir et surtout qu'ils aiment.

…

C'était une volonté de mélanger les genres, entre teen-movie et film gore ?
Surtout, de faire un film particulier. C'est sûr que dans mes comédies, j'aime construire ce genre d'univers sur le fil du rasoir et qui prennent un peu à des domaines différents. Cela dit, je ne me revendique d'aucun de ces deux genres dans Hellphone. C'est plus une comédie d'aventures fantastiques jouée par des jeunes qu'un typique teen-movie. Dès que ça commence à faire peur, c'est rattrapé par la comédie et il n'y a pas de gratuité dans les images. La seule goutte de sang du film a la forme de la cicatrice d'Harry Potter et elle est faite par un cure-dent. J'ai plutôt été inspiré par toutes les comédies américaines des années 1980 : Gremlins, 1941, Retour vers le futur, voire Outsiders pour le côté bande de jeunes.

 

 

Ne reparlons pas de La Marque jaune puisque le projet est six pieds sous terre, mais ton passage aux États-Unis a-t-il pu t'influencer niveau réalisation ?
J'ai eu la chance d'y aller pas mal quand j'étais plus jeune, mais j'ai déjà beaucoup pris au Ciné-Club et au Cinéma de Minuit qui passaient beaucoup de films américains. Bien sûr, la culture du divertissement, de l'entertainment, du plaisir pur à aller au cinéma, c'est très anglo-saxon. Il y a cette jubilation dans Hellphone, cette complicité avec le spectateur dans le plaisir de se charger en énergie durant une heure et demie. Se dire « je n'ai pensé à rien d'autre » à la fin et ressortir bourré de bonnes ondes.

 

Justement, avec La Marque jaune, il y avait un côté étonnant. Tu es connu pour mettre systématiquement de l'humour dans tes films alors que Blake et Mortimer, c'est une blague toutes les cinquante pages… Était-ce la tentation de réaliser une œuvre entièrement sérieuse ?
Oui, ce qui m'intéresse en tant que réalisateur, c'est de trouver le format le plus adapté au thème que j'ai envie de développer. Parfois c'est la comédie et c'est vrai que ça donne souvent chez moi un mélange un peu barré mais sinon, j'ai plein d'autres genres qui m'intéressent. Blake et Mortimer, on est plus dans le récit d'aventures. Je suis assez fan du cinéma expressionniste allemand avec Fritz Lang, ou des films d'Alfred Hitchcock et on est plus dans cet univers avec La Marque jaune. On y retrouve encore l'hypnose pour faire le lien avec Hellphone… C'est le mélange des genres qui me passionne, pas la vanne pour la vanne.

 

 

Côté ambiance, était-ce un choix comme un autre de prendre les morceaux d'AC/DC pour assurer la bande-son de Hellphone ?
Non, pas du tout ! Je voulais travailler l'intemporalité et il y avait ce rapport à l'adolescence. Mes souvenirs, ce sont les concerts d'AC/DC et The Clash. Je cherchais du rock pour accompagner la musique orchestrale de Bruno Coulais. On voulait trouver une bande de jeunes français de l'âge des héros pour assurer l'atmosphère musicale du film et Sonja Shillito nous a ramené cette incroyable équipe des Elderberries. Ils ont entre dix-sept et vingt ans, ressemblent à la fois à AC/DC et Led Zep mais pourtant ce sont déjà les Elder… Ils ont sortis leur album il y a quelques jours, ils passent d'ailleurs en concert le deux avril au Nouveau Casino, et ils sont vraiment bons !

 

Je pose la question à tous ceux que je rencontre, plutôt Bon Scott ou Brian Johnson ?
Tu veux vraiment connaître mon âge ! Oui, hum, moi c'est… Allez, je vais dire plutôt Angus Young.

 

C'est la réponse centriste, à la François Bayrou…
(Rires) Tu viens juste de me tuer !

 

On dit que tu vas tourner un Lucky Luke avec Jean Dujardin…
Huuuuum, c'est l'un des projets auxquels on travaille. Ce serait merveilleux de le faire, mais quand on est réalisateur, on ne sait jamais ce qui sera tourné ou pas et il reste encore plein d'étapes à franchir. C'est encore trop tôt pour savoir si ça sera définitivement concrétisé… J'ai plusieurs projets dans des genres différents mais je ne sais pas lesquels se mettront en place. 

Propos recueillis par Julien Dury.
Photos de James Huth et Jennifer Decker.

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