Pris au Piège : rencontre avec Alex de la Iglesia

Créé : 2 septembre 2017 - Jacques-Henry Poucave
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Qui est Alex de la Iglesia ? Réalisateur à l’univers contrasté, kaléidoscopique, navigant toujours entre les genres, nous revenions il y a peu sur ses œuvres, toujours tiraillées entre le rire et l’horreur, entre la férocité et la désolation. Et à écouter l’homme, c’est un bac à sable mental étonnant qui se dessine, un monde où surnagent une curiosité et une mélancolie peu commune.

 

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SOURIRE AMER

Bien sûr, la parodie ne paraît jamais bien loin, lorsque le réalisateur lâche la bride à ses personnages, et hybride les genres. Mais là où certains auteurs s’inscrivent dans une démarche parfaitement consciente, de la Iglesia constate sa propension à marier des systèmes à priori incompatibles, plus qu’il ne le choisit consciemment.

C’est justement ce qu’il expliquait au micro d’Ecran Large : Je ne sais pas. À l'origine, je veux toujours faire un film d'un genre très particulier, avec Le Crime Farpait par exemple, j'ai entamé l'écriture convaincu que je m'attelais à un pur polar, un pur film criminel. Et puis tout se tord entre mes mains, et ça donne ce que vous connaissez.

Loin d’être une pirouette de cinéaste peu disert, il suffit de jeter un regard à ses yeux, à la mine faussement défaite de l’artiste pour comprendre qu’il est encore aujourd’hui le premier surpris par la vie autonome qui s’empare de chacun de ses projets.

 

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"Je suis fidèle à mes peurs et pour moi c'est une obligation de raconter ça, je suis fidèle à moi-même. Je ne devrais peut-être pas raconter une histoire comme ça, mais je sens que je dois le faire. Ce n'est pas un acte d'orgueil, c'est plutôt un acte d'humilité, qui réclame que je me dénude, que je me dévoile, c'est la seule condition pour bien raconter."

 

MORTELLES MUJERES

Si les femmes tiennent souvent un rôle prépondérant dans les films d’Alex de la Iglesia, leur place semble moins évidente de prime abord dans Pris au Piège. Et c’est aussi ce qui constitue une des singularités du film, qui parvient à leur accorder une place fondamentale dans le scénario et dans les relations entre les différents protagonistes, quand bien même il s’extrait de la logique de pure fascination qui présidait à des œuvres telles que Les Sorcières de Zugarramurdi ou Balada Triste.

 

Affiche officielle

 

C’est d’ailleurs quand il nous parlait de ses nécromanciennes que le réalisateur touchait du doigt une des règles des dimensions qu’il explore, à savoir les rapports heurtés entre masculin et féminin.

« Les femmes contrôlent le présent, tandis que les hommes sont coincés dans leurs erreurs du passé et craignent donc le futur. Ils sont pris au piège. C'est une vision personnelle et misanthropique. C'est la vision de quelqu'un, le personnage principal, qui n'adapte pas sa perception à la réalité, d'un personnage un peu malade qui ne trouve pas sa place dans notre monde, qui ne parvient plus à contrôler son univers. Comme il ne peut pas dominer son existence, la meilleure chose à faire, l'unique solution pour l'Homme, c'est de se laisser aller, de s'adapter aux règles des sorcières. »

 

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FOLIE DOUCE

Discuter avec de la Iglesia, c’est côtoyer une folie (pas si) douce, qui affleure toujours. Et peut parfois mordre.

« J'ai un rapport particulier à la schizophrénie. Je me suis toujours senti un peu fou, j'ai un frère schizophrène et ma famille a un taux de neurasthénie assez élevé. Maintenant je me sens perdu. C'est foutu pour moi, je ne peux plus garder le contrôle. J'ai toujours souhaité faire des films normaux, qui suivent un chemin, une typologie, un genre. Je n'y suis jamais arrivé et il ne faut plus que j'essaie de le cacher, je dois l'assumer.

C'est compliqué, je ne fais pas un cinéma d'art et d'essai, de prestige. Rien à voir avec Haneke ou Lars Von Trier. Je suis dans une posture spéciale. J'aime le cinéma commercial ET je le déteste. Je me retrouve donc dans un étrange no man's land un peu compliqué. Mais c'est le moment de l'assumer. »

 

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