L'épisode culte : Buffy contre les vampires en musique dans Que le spectacle commence

Geoffrey Crété | 20 juillet 2016
Geoffrey Crété | 20 juillet 2016

Parce qu'il n'y a pas que le cinéma dans la vie d'un cinéphile, nouveau rendez-vous nostalgique sur Ecran Large : l'épisode culte, qui reviendra sur un morceau de choix d'une série remarquable. 

Dans les épisodes incontournables de Buffy contre les vampires, il y a Un silence de mort et Que le spectacle commence. Un épisode muet et une comédie musicale, aux antipodes l'un de l'autre, qui témoignent clairement de l'ambition formidable de Joss Whedon, créateur et showrunner de la série culte.

L'idée de transformer le décor de Sunnydale en scène de comédie musicale était dans les rêves de Joss Whedon depuis les débuts de la série, mais il lui aura fallu attendre la renommée et le succès (la cinquième saison a permis à Sarah Michelle Gellar d'être nommée aux Golden Globes) pour pouvoir convaincre la chaîne. Avoir entendu les acteurs chanter lors d'une soirée lui a confirmé que le Scooby Gang était capable de relever le défi. Ainsi est né le mémorable septième épisode de la sixième saison de Buffy contre les vampires.

 

Photo saison 6

 

VAMPIRE SINGER 

En marge de la production normale de la cinquième saison, Joss Whedon passe plusieurs mois à façonner Que le spectacle commence (Once More With Feeling). Scénariste, réalisateur, mais également maître de la musique qu'il écrit et compose en collaboration avec l'habituel Christopher Beck, le futur réalisateur d'Avengers assure le service à tous les niveaux.

Les acteurs sont coachés pendant plusieurs mois, en parallèle du tournage des épisodes. Hormis Alyson Hannigan qui supplie Whedon d'avoir le moins de chant possible et Michelle Trachtenberg qui suggère un numéro de ballet qu'elle saura mieux maîtriser, le casting s'entraîne. Sarah Michelle Gellar racontait à la BBC que l'idée d'une doublure vocale a été évoquée, mais vite oubliée : "J'ai en gros commencé à pleurer et dit, 'Tu veux dire que quelqu'un d'autre va jouer ce moment dramatique très important de la saison ?'. Au final, ça a été une expérience incroyable et je suis heureuse de l'avoir eue. Et je ne veux plus jamais le faire".

Que le spectacle commence dure huit minutes de plus que l'épisode classique, avec une production évidemment plus complexe et lourde que la normale. C'est le seul à avoir été filmé pour le format 16/9, contre lequel Whedon s'est battu malgré la tendance des chaînes à l'utiliser pour vendre un produit plus cinématographique - il s'opposera publiquement contre la remasterisation de la série en 16/9, qui a dénaturé la mise en scène prévue pour le 4/3. Adam Shankman, réalisateur de Hairspray et Rock Forever, signe les chorégraphies.

 

Photo Joss Whedon, Once more with feeling

James Marsters et Sarah Michelle Gellar avec Joss Whedon

 

WALK THROUGH THE FIRE

Arrivée à sa sixième saison, Buffy contre les vampires a négocié un virage très sombre. Morte à la fin de la saison 5 pour sauver le monde et sa soeur Dawn, l'héroïne a été résuscitée par Willow afin de reprendre une ville plongée dans le chaos. Mais Buffy n'a pas simplement été ramenée à la vie : elle a été extirpée d'une dimension proche du paradis, pour revenir dans une réalité semblable à l'enfer. Une croix qu'elle décide de porter seule, pour épargner ses amis, qui estiment que son apathie est due au traumatisme de la résurrection. 

Il fallait bien un épisode extraordinaire pour encadrer cette grande révélation. Car encore une fois, le fantastique n'est pas un simple gimmick : c'est une loupe qui permet de mettre à jour la vérité et révéler la nature des relations entre les héros. En l'occurrence, cette sinistre comédie musicale orchestrée par un diablotin jazzy poussera chacun à chanter son désarroi et danser sa peine jusqu'à prendre feu, payant ainsi le prix fort de ses émotions reniées.

 

Photo Que le spectacle commence

 

A ce stade, Buffy (série et personnage) est adulte. Loin de l'étudiante, c'est une femme chargée d'élever sa petite soeur depuis la mort de leur mère, qui semble perdue dès qu'elle affronte les vrais monstres : l'argent, le travail, sa vie sentimentale et sexuelle, ses responsabilités vis-à-vis de Dawn. Emportée dans une spirale noire sous le regard de ses proches inattentifs, elle aura besoin d'une scène de théâtre et d'un démon pour exposer au grand jour ses émotions. Autour d'elle, chaque membre du Scooby Gang est dans sa propre impasse : la cleptomanie de Dawn ne lui donne aucunement l'attention qu'elle cherche ("Does anybody even notice ? Does anybody even care ?"), Anya et Alex refusent d'assumer leur peur de l'engagement face au mariage, la magie s'interpose silencieusement entre Tara et Willow, et Giles décide de quitter Sunnydale et abandonner sa protégée.

 

 

"THEY GOT THE MUSTARD OUT"

Clairement transporté par le défi, Joss Whedon s'en donne à coeur joie au niveau de la mise en scène. Tara s'envole dans un plan qui suggère l'orgasme féminin en contournant toute censure, et le réalisateur s'amuse avec l'avant et l'arrière-plan dans une irrésistible scène sur le trottoir, où le discours classique des héros est noyé dans les scènettes autour d'eux. Comme une suite de vignettes, les numéros musicaux offrent une variété de style : comédie romantique old school avec Alex et Anya, parenthèse rock avec les lapins d'Anya, ou encore ballet muet avec Dawn. Avec une nouvelle fois la difficulté de communiquer au coeur de l'épisode, comme dans Un silence de mort : après la chanson de Giles où il évoque ses angoisses et projets, Buffy se retourne vers lui avec un "Did you say something ?".

 

 

L'humour fonctionne à merveille sur cette scène musicale, Whedon pliant le genre à l'univers de Buffy - et non le contraire. L'épisode s'ouvre ainsi sans explication, avant que les personnages avouent qu'eux-mêmes ne comprennent pas pourquoi ils chantent. Joss Whedon ne donne pas simplement au spectateur l'impression de regarder une comédie musicale : ce sont les personnages eux-mêmes qui ont l'impression de la vivre, poussés comme des pantins par une force étrange et perverse (autant Joss Whedon que le démon), qui les pousse à chanter et danser leurs émotions. Le démon n'a d'ailleurs rien de bien menaçant et s'enfuiera dans une pirouette humoristique en découvrant qu'il devrait logiquement épouser Alex, qui l'a appelé par accident.

Cette distance parcourt tout l'épisode, de Buffy qui plante un pieu dans le coeur d'un vampire en chantant "Nothing seems to penetrate my heart", au bel étalon libéré qu'elle ignore avec un "Whatever" mémorable. Sans oublier cet excellent décrochage autour de "They got the mustard out", qui témoigne encore une fois d'un sens du timing admirable.

 

 

SOMETHING TO SING ABOUT

Bien sûr, la chose flirte parfois avec le mauvais goût. La participation de Buffy à la chanson I've Got a Theory et Under Your Spell de Tara sont tout sauf agréables à l'oreille, et même le second degré général ne pourra sauver de quelques paroles mièvres.

Que le spectacle commence n'en demeure pas moins l'un des grands moments de Buffy contre les vampires, qui démontre encore une fois le talent de Joss Whedon et sa capacité fantastique à immerger dans un univers sans cesse plus grand, plus fou et plus étonnant. Il illustre également la force inattendue des dernières saisons de la série, qui n'a pas hésité à se redéfinir et grandir avec ses personnages, plutôt que s'enfermer dans une boucle. La chanson Something to Sing About de Buffy, où elle avoue à ses amis la terrible vérité, reste ainsi l'un des moments les plus déchirants de la série culte, et la preuve indéniable que Buffy contre les vampire est une oeuvre grandiose.

 

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Photo saison 6, Que le spectacle commence

 

 

commentaires

TomTom
27/03/2019 à 21:47

Alors là, Buffy se regarde en VO et exclusivement en VO!
Et en plus ils ont traduit les chansons je suppose?

Lolo Pecho
19/07/2016 à 18:24

Le problème c'est que ces crétins de M6 ont diffusé l'épisode en VF.

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