David Fincher : 8 films, 8 scènes

Florent Kretz | 12 octobre 2010
Florent Kretz | 12 octobre 2010
Ce mercredi déboule sur les écrans le fameux The social network, nouveau film très attendu de David Fincher, metteur en scène dont la maestria n’est plus à prouver mais qui va tout de même, avec son dernier rejeton, filer du fil à retordre à tous ceux qui mettraient en doute son évident talent. Pourtant, force est de constater que, malgré une filmographie sans aucun faux pas, le réalisateur aura tout de même révélé quelques petites fioritures stylistiques et thématiques que certains jugeront tels des éclats de maitrise et d’autres comme les stigmates d’une mise en image ultra stylisée et désincarnée. Retour sur ses huit films au travers de huit séquences relevant autant du génie que du symptôme du clipeur publiciste.

 

ALIEN 3 (1992)

Premier long pour Fincher qui reprend les rennes d’une franchise pour le moins lucrative, laissant du coup derrière lui une longue carrière de clipeur (près d’une quarantaine de clips pour des artistes tels que Madonna, Billy Idol, Sting ou Aerosmith…). Une première expérience qui lui laisse un goût amer puisque totalement libre sur le tournage, il se heurte à la Fox lors de la postproduction et voit bientôt son film remonté. Fincher jure qu’on ne l’y reprendra plus et désavoue totalement le métrage dans sa version cinéma et dans sa fausse version director’s cut. Pourtant, s’il on met un peu de côté ces conflits internes, Alien 3 possède un nombre d’atouts non négligeables. Prenant la suite peu commode de succéder à Ridley Scott et à James Cameron, Fincher parvient tout de même à glisser dans la série quelques thématiques qui guideront sa filmographie: attaché à une photographie léchée, à un découpage minutieux et propre à ses expériences précédentes, il insuffle dans la franchise les notions de sexualité, un certain nihilisme et un symbolisme biblique qui le suivra par la suite. Course poursuite désespérée ou longue pénitence, Alien 3 prend les atours d’une œuvre sombre, sourde mais adolescente dans laquelle Fincher expie quelques démons et autres tics pour boucler enfin son métrage par une séquence ambiguë, douloureuse et résolument adulte. Une scène finale que nous ne spoilerons pas mais habitée par d’évidents relents christiques qui annonçaient déjà les futures préoccupations du monsieur.

 

SE7EN (1995)

Enfin unique maître à bord, Fincher créé l’évènement avec Se7en, polar noir dans la veine du Silence des agneaux, que le réalisateur dépasse finalement assez facilement. Dirigeant un duo de flics que tout oppose mais évidemment complémentaires, Fincher assoie Brad Pitt, déjà repéré dans Légendes d’automne et dans Entretien avec un vampire, comme star à suivre et rappelle le talent de Morgan Freeman, et ce dans une intrigue sans concession et rondement mené. Profitant des rebondissements de son intrigue pour varier sa mise en scène et dévoiler ses talents, il fait preuve d’un perfectionnisme délirant. Il délaisse Alex Thomson pour Darius Khondji et lui confie une photographie minutieuse et moderne en accord avec les décors sombres et pluvieux de son intrigue. Fincher livre avec Se7en l’un des très grands films des années 90, œuvre puissante à la maturité saisissante comme en témoigne cette époustouflante poursuite dans les couloirs d’un hôtel.

 

 

THE GAME (1997)

Sans doute trop attendu au tournant après son tonitruant Se7en, David Fincher pense certainement voir dans le script de The Game une prolongation logique de son travail. Film mineur narrant les aventures d’un milliardaire cynique en proie à un jeu de piste machiavélique, Fincher semble s’essouffler et, malgré une maitrise irréprochable de son sujet et de sa narration, dévoile pour la première fois sa passion pour une certaine froideur. Avec en guise de personnage principal un Michael Douglas parfait en ordure rebutante au possible, The Game souffre de son approche austère et constitue un spectacle techniquement parfait mais malheureusement sec et déshumanisé. Les puristes rappelleront évidement que la reconquête de soi et de son humanité constitue justement le sujet du film mais The Game reste malgré tout bien fade et s’apparente plus à une succession de rebondissements (sans pour autant qu’un brille plus que les autres) qu’à un réel chef d’œuvre.

 

 

FIGHT CLUB (1999)

Retrouvant la pertinence et la sensibilité perdues, Fincher signe ensuite Fight Club, adaptation du bouquin de Chuck Palahniuk, qui devient quasiment instantanément un film générationnel doublé d’un uppercut mémorable dans le conformisme du cinéma de la fin des années 90. Colossale leçon de mise en scène (au propre comme au figuré), Fight Club s’inscrit sur les rétines des spectateurs et marque les retrouvailles du réalisateur avec son acteur Brad Pitt tout en offrant à Edward Norton le second grand rôle de sa carrière après American history X. Drame psychologique nihiliste doublé d’une critique acerbe et fun de la société de consommation, Fight Club incarne bientôt le second coup de maître de Fincher même si le réalisateur se fourvoie quelques mois plus tard en participant avec son compère Pitt dans quelques publicités de grandes marques, désamorçant ainsi tout le propos de son film anar. Reste malgré tout deux heures de folie durant lesquelles le réalisateur fait preuve d’autant de démonstrations techniques que de rappel de son talent de conteur prodige. A ce titre, on préférera la «nsobriété » de la séquence finale qui dépassera de bien loin toutes les images subliminales du métrage. Comme quoi un simple travelling, un champ-contrechamp, des dialogues qui tapent et une musique qui déchire (en l’occurrence les Pixies) suffisent pour faire d’une scène une séquence culte !

 

 

PANIC ROOM (2002)

Comme à l’accoutumée, le film suivant est une petite déception. Fincher semble évoluer au rythme d’un excellent film sur deux (l‘information se vérifiera par la suite). Comme pour The Game après Se7en, le réalisateur choisit avec Panic room un sujet ni révolutionnaire ni pour autant mauvais mais propice à toutes les expérimentations possibles. Imprégnant à nouveau les murs de son unique décors de la froideur d’Atan, il confie le rôle principal à une Jodie Foster certes concernée mais à la rigidité voulue déconcertante. Entre deux rebondissements, le réalisateur teste sa mise en scène, explore les techniques appuyant un peu plus son statut de metteur en scène pointilleux lorsqu’il délaisse tout regard sensible. Une caractéristique qui marquera ces œuvres à venir et qui prend tout son sens dès le générique de Panic Room. Sous couvert d’un hommage évident à Hitchcock, cette succession de plans splendides est certes parfaite mais donne largement le ton des événements à venir…

 

ZODIAC (2007)

Nouveau coup de maître puisque Fincher semble prendre enfin en compte certains de ses manques et en fait des armes. Relatant l’enquête fleuve d’un journaliste et d’un dessinateur autour des meurtres commis par le Zodiac dans les années 60 et 70, le réalisateur met son manque apparent de sensibilité au service de son intrigue et décide d’occulter toute empathie pour l’ensemble des protagonistes. D’une objectivité captivante, il propose au spectateur d’être lui-même juge des événements et se refuse à toute dramatisation de l’histoire. Hormis un final tétanisant dans lequel il parvient sérieusement à faire grimper le trouillomètre, Fincher se refuse à toute complaisance et se résout à une sobriété remarquable. Grâce à ce procédé, chaque nouveau meurtre, chaque nouvelle piste prennent des proportions considérables à condition qu’on se laisse prendre au jeu. Rebutant pour certains, chef d’œuvre absolu pour d’autres, Zodiac renoue avec la tradition des polars à la Friedkin et permet enfin à Fincher de se réclamer du même calibre que les maîtres du genre.

 

 

 

 

L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON (2007)

Avec un casting somptueux (Brad Pitt et Cate Blanchett en tête), l‘équipe et les moyens conséquents, L’étrange histoire de Benjamin Button a tout pour plaire mais souffre de la même malédiction du « un sur deux ». Adapté d’une nouvelle de quelques pages et étiré en un film de près de 166 minutes, le nouveau film de Fincher s’apparente plus à une bête de course avec les Oscars en ligne de mire qu’à un réel bon film. Certes irréprochable techniquement (il remportera trois des dix statuettes convoitées) et porté par une musique sublime d’Alexandre Desplat, le film ne parvient jamais à faire vibrer faute à un trop plein technique et à un script guimauve mais totalement désincarné. A l’image de la séquence que nous vous proposons (la fameuse séquence du destin) et qui tend plus vers le Grey’s anatomy que vers la subtilité, L’étrange histoire de Benjamin Button est parfait mais indigeste et constitue le gros jouet de Fincher…

 

 

THE SOCIAL NETWORK (2010)

S’oubliant et s’interdisant toute démonstration, Fincher signe avec The social network son film le plus maitrisé, le plus sobre mais aussi le moins personnel. Et par la même occasion, il pose quelques questions et porte un double regard sur les choses. En scrutant l’ascension du génial et sans scrupule Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, il dresse le portrait tétanisant d’un être certes prodigieux mais radicalement insensible. Un peu à la propre image du réalisateur Fincher, extraordinaire faiseur mais de plus en plus impuissant en terme de sensibilité ?

 

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