Top science-fiction n°7 : L'Homme qui rétrécit

Florent Kretz | 10 décembre 2009
Florent Kretz | 10 décembre 2009

Pour lancer le compte à rebours avant l'évènement Avatar qui sortira sur nos écrans le 16 décembre prochain, la rédaction d'Ecran Large a remis le bleu de chauffe et a recommencé à se plonger dans une classement impossible.

Après vous avoir proposé notre classement des 31 meilleurs films d'horreur dans l'histoire du cinéma, nous avons opté pour l'univers de la science-fiction et ainsi d'élire ce qui sont pour nous les 31 meilleurs films du genre. La règle de ne pas avoir plus d'un film par cinéaste ne s'applique pas ici (c'était au dessus de nos forces pour certains réalisateurs).

La seule règle que l'on a décidé d'appliquer (et qui sera critiquable comme beaucoup de règles) : un film qui était déjà dans notre classement de l'horreur ne pouvait pas réapparaître dans ce nouveau classement.  14 membres de la rédaction ont donc été invités à envoyer leur liste de leurs 70 films préférés.

A partir de ces listes, on n'a gardé que les films cités plusieurs fois par chacun d'entre nous. On a alors resoumis la liste finale à un vote pour obtenir le classement final que nous allons vous faire découvrir quotidiennement jusqu'au 16 décembre 2009 qui révèlera le numéro 1 de la rédaction.

Un éclairage par jour durant 31 jours sur des incontournables du cinéma de science-fiction.  Et en guest star pour commenter nos choix, on retrouve Vincenzo Natali, le réalisateur de Cube, Cypher, Nothing et du très attendu Splice, étant un parfait ambassadeur du futur de la science-fiction au cinéma.

 

7 - L'Homme qui rétrécit (1957) de Jack Arnold

Luc Besson : "C'est un classement de journalistes !... Je vous remercie de ne pas avoir mis le 5e élément... Heureusement que c'est pas le même pour les spectateurs !"

Florent Kretz :

Jack Arnold ! Son nom est synonyme de « génie »...

Patrick Antona :

Au delà de SFX toujours efficaces, le film, respectueux du matériau d'origine de Matheson, anticipe de 10 ans le questionnement de la place de l'homme dans l'Univers à l'identique de Kubrick dans "2001″.

Jean-Noël Nicolau :

L'Homme, immense par son esprit, mais minuscule au sein de l'univers. Un conte philosophique parmi les plus marquants du 7e art.

Laurent Pécha :

Une certaine idée de la perfection narrative. Littéralement indémodable !

 

 

 

Les choses sont ainsi faites: bien que l'art de la narration n'a de cesse de se réinventer, malgré les révolutions technologiques ainsi que les innovations dans la manière de concevoir les films, certaines œuvres restent impérissables et surpassent toujours toutes les prouesses possibles. Car parfois tout se joue à pas grand-chose, un grain de sable s'imposant alors comme une montagne face aux rouages pourtant implacables et parfaitement huilés d'une grosse machine. L'Homme qui rétrécit ne fait proportionnellement pas le poids en terme d'ambition, de prétention et de moyen comparé aux mastodontes qui se feront par la suite. Mais à l'instar de son héros qui dans un ultime élan de courage se fera émissaire de nouveaux univers, la collaboration du génial Jack Arnold avec le romancier Richard Matheson s'impose comme une œuvre à la portée artistique, mystique, universelle (...) bien supérieure à la moyenne. Et encore aujourd'hui, en dépit de son demi siècle, L'Homme qui rétrécit fait figure de géant face aux éphémères délires contemporains.

 

 

 

Peu d'œuvres peuvent ou pourront prétendre à la même jeunesse éternelle que L'homme qui rétrécit. Tant d'appelés mais si peu d'élus. Car outre le fait d'avoir connu ou pas le succès en salles, c'est le poids du temps qui finit par faire la différence: comment le film résiste dans son fond, dans ses thématiques explorées... Comment vieillit sa forme, ses choix de mise en scène... Et bien évidement comment il s'est établi dans le cœur du public... Beaucoup de facteurs qui jouent ou pas en la faveur d'un métrage. Celui de Jack Arnold incarne a lui seul une époque, un style, des rêves, une façon de faire. En fait, L'Homme qui rétrécit semble apparaitre comme un microcosme de ce qui se faisait de mieux dans les années 50, courant durant lequel l'expression « série B » n'était en rien un affront, pendant lequel les studios ne fonctionnaient pas avec les mêmes stratégies de travail. Une ère bien différente de la notre, complètement ambivalente et qui nous offrira tant de bijoux, permettant l'émancipation de certains auteurs alors même que des évènements troubles et honteux avaient été accomplis quelques temps avant. C'est donc dans un parfum de guerre froide que sera réalisé L'Homme qui rétrécit, le trauma posé par le maccarthisme ajoutant un peu plus à la paranoïa ambiante. D'ailleurs le film fleure bon les thématiques de l'époque s'interrogeant autant sur la menace que représente l'inconnu (ici, la brume mystérieuse irradiant le héros), la nature humaine (la réaction chapitrée en trois étapes de la victime), la place de l'homme dans l'environnement...

 

 

 

Beaucoup de pistes à découvrir et propices aux différents niveaux de lectures, chaque spectateur pouvant s'approprier le métrage à sa guise amenant les axes à sa portée ou les évinçant volontairement. D'autant plus que c'est cette indéniable faculté qui fait de L'homme qui rétrécit un indéfectible miroir: tout comme certains autres (citons au hasard 2001, l'odyssée de l'espace ou Blade Runner), le film de Jack Arnold débouche sur un paysage dont seuls l'imagination et l'intellect du spectateur apportent des frontières. Plongeant lentement mais surement dans le centre nerveux de l'âme, de la philosophie et des entrailles de la métaphysique, le film s'offre le luxe, en plus, de se considérer jusqu'au bout tel un divertissement: faisant tour à tour réfléchir et frissonner, l'intrigue peut se targuer d'être un malin enchevêtrement de rebondissements aussi bien héroïques que méchamment pensés et forts en sens. Basé sur un roman du célèbre Richard Matheson, tout juste auréolé du succès de ses recueils de nouvelles et de son roman Je suis une légende, le film en reprend l'essence parfaite et se veut fidèle aux écrits du maitre. Et pour cause, il l'adapte lui-même en 1957, collaborant ainsi avec l'époustouflant Jack Arnold. Celui-ci, pape de la série B de l'époque, possède déjà quelques chefs d'œuvre à son palmarès que ce soit Le Météore de la nuit, L'étrange créature du lac noir dans lequel il dévoile une improbable poésie raffinée ou Tarantula, film catastrophe aux extraordinaires effets spéciaux.

 

 

 

A cette époque, Arnold travaille sur la série des Science fiction theater pour laquelle il réalise quelques épisodes. Matheson voit, lui, l'occasion dans le rachat des droits de son livre par la Universal de passer à autre chose: les deux collaborons main dans la main pour emmener la transposition vers des sentiers peu communs. Si Matheson se faisait témoin d'une époque et posait quelques jugements de valeurs ici et là, Arnold amènera sa magie, son art et sa vision humaniste des choses. Foncièrement bon et optimiste, le réalisateur poussera l'interminable et fatal calvaire de Scott Carey, condamné à rétrécir indéfiniment, vers de nouvelles contrées: l'individu dépassera la tragédie pour se faire homme du futur. Car tout est une façon de voire les choses selon Jack Arnold. Là où le personnage était de plus en plus petit, le quotidien devenant un supplice avec à un univers bien trop grand pour lui, peut-être l'homme était-il bien trop imposant pour les cosmos à sa portée mais, hélas, jusqu'alors invisibles. Des notions qui soudain confèrent une aura inimitable au métrage les valeurs d'espace, de temps, d'action, de sentiment (...) n'ayant plus de raison d'être. Une gloire et une passion remportées par le bonhomme au prix de bien des sacrifices. Aussi, le film se découpera en trois parties décrivant en fait l'évolution du gaillard. Interprété par Grant Williams (déjà collaborateur de Jack Arnold sur Faux monnayeurs), Scott Carey devra souffrir pour assumer son pouvoir.

 

 

 

 

Irradié par une brume atomique, tétanisé par la terreur nucléaire, Carey va tout d'abords rejeter totalement l'handicape qui le frappe: reclus chez lui en compagnie de sa femme Louise, il va être contraint d'abandonner sa vie sociale. Dans un second temps, encore plus petit, il va se fuir lui-même en entretenant une relation avec Clarice une jeune freak de petite taille. Enfin, dans un tiers sidérant l'opposant à l'ensemble de sa vie (plus petit qu'un clou, il devra tenter de survivre avec les restes abandonnés dans sa cave), il s'accrochera pour survivre et exister. Avant bien entendu cette conclusion aussi bouleversante que fascinante et rédigée par Arnold lui-même, l'homme-lumière offrant au spectateur un dernier monologue sublime et plein de promesse... Une aventure qui tient autant de sa force narrative et idéologique que de la maestria du maitre qui filme dans un noir et blanc parfait et classieux quelques uns des effets les plus prestigieux que l'on a fait. Si la mélancolie de la condamnation et le malheur de la perte des siens sont dramatiquement bouleversants ou si le périple (qui s'allonge fatalement de jour en jour) est absolument cauchemardesque narrativement, la richesse des effets et les prouesses développées pour le film sont sensationnelles.  Quand Jack Arnold réitérera quelques unes des manœuvres les plus efficaces développées sur Tarentula. comme l'attaque du chat (ici interprété par la star féline Orangey, compagne de Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé), le réalisateur prônera littéralement la démesure pour offrir un spectacle crédible et sublime à la fois.

 

 

 

 

Truffé de trucs et d'artifices géniaux, le film ne baisse sa garde devant aucun obstacle: travail sur la profondeur de champs, illusions d'optiques, disproportions des accessoires et des costumes, création de plus de quatorze décors géants, projections d'éléments et maquettes gigantesques... Même les gouttes d'eau sont remplacées par quelques ballons de baudruche remplis et taille king size. Absolument abracadabrant et titanesque dans sa manière de concevoir le cinéma et les trucages, Jack Arnold et son équipe signe un chef d'œuvre instantané. Si bien même que, Orson Welles, dans les studios pour le tournage de La Soif du mal, proposera ses services pour enregistrer la voix off de la bande-annonce. Et le public? Tandis que la Universal proposait en projections tests le film monté avec une fin typiquement hollywoodienne et radicalement différentes des intentions des deux auteurs, ce sont les spectateurs eux même qui réclamaient qu'on leur remonte la conclusion originelle. Le succès sera tel que, quelques temps plus tard, Matheson rédigera un nouveau volet baptisé Fantastic shrinking girl mais la Universal ne le fera jamais réaliser... Et c'est tant mieux car L'Homme qui rétrécit, en tant que monstre sacré et monument mythique, se mérite amplement à lui-même.

 

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